Propositions de sortie partielle du confinement pour remettre Israël au travail
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Propositions de sortie partielle du confinement pour remettre Israël au travail

Des scientifiques, des mathématiciens et des stratèges élaborent toutes sortes de plans pour combattre le virus et relancer l'économie ; le gouvernement est à l'écoute

La police des frontières israélienne, le visage masqué, lors d'une patrouille dans le centre de Jérusalem, vérifie que la population respecte les ordres du gouvernement sur le confinement partiel imposé par la crise du coronavirus, le 3 avril 2020 (Crédit : Nati Shohat/Flash90)
La police des frontières israélienne, le visage masqué, lors d'une patrouille dans le centre de Jérusalem, vérifie que la population respecte les ordres du gouvernement sur le confinement partiel imposé par la crise du coronavirus, le 3 avril 2020 (Crédit : Nati Shohat/Flash90)

Une équipe de scientifiques de l’université Bar-Ilan est convaincue qu’elle peut « tuer » le coronavirus en Israël en six semaines, et permettre entre-temps à tout le monde de retourner au travail et à l’école, semaine après semaine. Elle a présenté sa proposition au Conseil national de sécurité mardi.

Une autre équipe, de l’Institut Weizmann des sciences, propose un modèle de quatre jours de travail et de dix jours de repos – avec tout le monde, y compris les écoliers, de sortie pendant ces quatre jours, et tout le monde enfermé pendant les dix autres. Ce plan a été présenté au ministère de la Santé.

Et ce ne sont pas là les seules stratégies de sortie conçues par des experts issus d’un large éventail de domaines, des médecins aux scientifiques en passant par les militaires – des ex-militaires. Elles sont élaborées alors que les dirigeants israéliens commencent à parler avec un optimisme prudent d’un éventuel assouplissement des restrictions si – et seulement si – Pessah n’entraîne pas une nouvelle phase de contagion.

« Il y a une chance réaliste que, si les tendances se poursuivent, nous commencerons à sortir progressivement du confinement après Pessah », a annoncé lundi le Premier ministre Benjamin Netanyahu lors d’une allocution. « Cela dépend de vous. Cela dépend du respect des directives strictes… Ne soyez pas complaisants. » Pour sa part, Gabi Barbash, directeur général du centre médical Sourasky de Tel Aviv et l’un des meilleurs experts médicaux du pays, a laissé entendre mardi que le retour à la normale se fera en sept étapes, qui verront les écoles rester fermées jusqu’à la cinquième étape.

L’approche « rapide » de Bar-Ilan

Capture d’écran de Gabi Barbash, directeur-général de l’hôpital Sourasky de Tel Aviv, le 7 avril 2020. (Crédit : Douzième chaîne)

Une équipe interdisciplinaire de sept personnes de l’Université Bar-Ilan a présenté au Conseil mardi sa stratégie de sortie. L’équipe, qui comprend un virologiste, propose que la moitié de la population reste enfermée telle semaine, et que l’autre moitié retourne au travail et à l’école. Après chaque week-end, la seconde moitié de la population serait libérée, et la première moitié serait confinée chez elle, et ainsi de suite en alternant semaine après semaine.

Le mathématicien de Bar-Ilan Baruch Barzel estime que cette approche permettrait d’obtenir un résultat plus rapide que celui avancé par Gabi Barbash, du centre médical Sourasky à Tel Aviv, qui prévoit un déconfinement en sept étapes. Selon Barzel, si sa solution doit être associée à une hygiène vigilante et à une distanciation sociale, elle serait suffisamment efficace pour réussir même sans ces mesures.

« Même si nous vivons exactement comme il y a un mois [avant l’introduction des restrictions de « séjour à la maison »] mais par roulement hebdomadaire, et même si 15 % de la population enfreint complètement les règles, vous tuez quand même la maladie [en Israël] en six semaines », a déclaré Baruch Barzel au Times of Israël. Il a dit espérer que son modèle serait adopté par Israël, et par d’autres pays.

Quand Baruch Barzel parle de « tuer » le virus, a-t-il expliqué, il veut dire qu’il y aura une « diminution exponentielle du nombre de cas jusqu’à ce qu’il soit presque nul ».

Le coronavirus pourrait être un problème durable s’il y a des choses que nous ne comprenons pas, comme les mutations, mais ce n’est pas le cas pour l’instant

Les architectes de la stratégie de sortie reconnaissent les risques de vagues d’infection et de mutations virales ultérieures, mais ils ont tendance à être optimistes.

Uri Alon, biologiste systémique à l’Institut Weizmann des sciences, dont l’équipe a présenté au ministère de la Santé une proposition différente pour mettre fin à la crise, partage cet état d’esprit : « Le coronavirus pourrait être un problème durable s’il y a des choses que nous ne comprenons pas, comme les mutations, mais ce n’est pas le cas pour l’instant. »

« Il est possible qu’en gardant la distanciation sociale, en continuant à faire des tests et en ayant de bonnes stratégies, chaque personne en infectera moins qu’une autre, en moyenne. C’est l’équivalent pour le virus de ce qui arriverait à l’humanité si les gens avaient moins d’un enfant pendant des générations et des générations : nous pourrions disparaître », explique M. Alon.

D’autres conseillent la patience

Amos Yadlin, ancien chef des services de renseignements de l’armée israélienne, a averti qu’une « stratégie de sortie » rapide était nécessaire, et même qu’elle devait être mise en place avant la fin de Pessah.

Il a déclaré en début de semaine que « si nous attendons selon ce que disent les experts en santé, que les nouveaux cas ne devraient être que de 10 par jour et qu’alors seulement nous libérerons la population, nous nous condamnerons à l’autodestruction pendant des mois, de nombreux mois, jusqu’à la fin de l’année, et nous ne pouvons pas nous le permettre ». Amos Yadlin semblait faire référence au discours du directeur général du ministère de la santé, Moshe Bar Siman-Tov, mardi, sur la nécessité de réduire les nouveaux cas à des dizaines par jour avant une sortie progressive des restrictions actuelles.

Mais d’autres experts avertissent que, s’il est logique de commencer à planifier une stratégie de sortie, les Israéliens devraient temporiser. « Nous devons être plus patients et plus prudents », recommande Nadav Katz, de l’Institut de physique Racah de l’Université hébraïque de Jérusalem, qui fait partie d’un groupe de recherche ayant produit une analyse du coronavirus examinée par le gouvernement.

« Ce qui a pris plusieurs mois partout dans le monde prendra probablement des mois ici. Nous ne devrions pas perdre patience après trois ou quatre semaines parce que nous nous ennuyons », estime M. Katz.

Le Prof. Nadav Katz du Centre scientifique d’information quantique de l’Université hébraïque. (Autorisation : Yitz Woolf pour l’Université hébraïque)

Il insiste sur le fait que les projections comme celle de Bar-Ilan doivent être manipulées avec prudence. « Dans un modèle mathématique, tout semble parfait, mais la réalité est plus compliquée », souligne-t-il.

« Nous croyons fermement aux modifications basées sur des preuves et non sur un modèle. Nous avons aussi des modèles et des simulations, mais le plus important est de ne pas planifier trop loin à l’avance, car nous avons beaucoup d’inconnues », met en garde M. Katz.

Le modèle de roulement de M. Barzel repose en partie sur le fait que les lieux de travail et la sphère publique seront moins encombrés que la normale si la moitié de la population est obligée de rester chez elle à tout moment. Mais son principal objectif est d’exploiter les schémas d’infection du virus.

Il a adopté des recherches qui suggèrent qu’il faut environ cinq jours après l’infection pour que les gens développent des symptômes, et qu’au cinquième jour, ils sont au plus fort de la contagion. Selon lui, la majorité des personnes infectées se retrouveront en confinement lorsqu’elles atteindront ce stade du cycle du virus.

Il indique que dans son modèle, le timing est primordial. « C’est comme quand vous poussez votre enfant sur une balançoire », a-t-il expliqué. « Il ne faut pas seulement pousser avec la puissance, il faut pousser avec le bon timing. La synchronisation est la raison pour laquelle notre modèle fonctionne si bien. »

Il a fait valoir qu’il n’est pas nécessaire d’attendre que les nouveaux cas atteignent un pic avant de mettre en œuvre son modèle, et qu’il pourrait être institué immédiatement après Pessah – et que les responsables politiques pourraient l’essayer avec prudence. « Si je conseillais aux responsables politiques, je leur dirais de ne pas être aussi audacieux que le montrent mes modèles, mais dans le nord d’Israël, où les choses sont plus calmes, essayez le programme et essayez mon modèle là-bas. Une fois qu’on aura vu comment ça marche, il faudra l’évaluer. »

Essayer, puis réévaluer

Cette idée d’expérience sur une partie de la population revient souvent dans les discussions sur les stratégies de sortie.

Amos Yadlin. (Crédit : Gideon Markowicz/Flash90/File)

Amos Yadlin, et l’Institut d’études de sécurité nationale qu’il dirige, plaident pour un recul progressif des restrictions.

« Dans un premier temps, il faut libérer 200 000 personnes et voir quelle est la réaction », a déclaré M. Yadlin lors d’un point de presse dimanche. « Il y a une marge immense ici. Si nous en libérons trop, et que nos calculs sont trop optimistes, comme l’a fait Singapour, des cas réapparaissent, mais pas avec hystérie. »

Singapour, après avoir réduit ses restrictions, a été contrainte de les rétablir lorsque le nombre de malades a commencé à augmenter.

Selon M. Yadlin, « la différenciation est le mot d’ordre » et les gens devraient sortir du confinement selon la contribution de leur emploi au PIB et leur vulnérabilité en termes de santé. Un autre facteur, a-t-il dit, devrait être le taux d’infection dans certaines régions du pays – ce qu’il souhaite voir évalué par des tests approfondis.

« Il y a des endroits qui devraient être mis en quarantaine et des populations qui devraient rester chez elles, mais il y en a beaucoup qui devraient sortir », estime M. Yadlin.

Il a déclaré que les citoyens d’Israël « montrent très bien qu’ils sont disciplinés s’ils peuvent se fier à ce qu’on leur dit dans les médias et s’ils reçoivent des instructions fiables. Je suis sûr qu’ils peuvent revenir en arrière et relancer l’économie – en portant des masques et en se tenant à deux mètres les uns des autres. 70 % de l’économie peut revenir, et non pas les 15 % comme c’est le cas aujourd’hui, ce qui est inacceptable ».

L’espace économique

Uri Alon, de l’équipe Weizmann, pense qu’il est inutile de parler de pourcentages. Il pense que, dès qu’Israël disposera d’une période de cinq jours avec un nombre décroissant de nouveaux cas, « toute l’économie » pourrait être rouverte.

Il veut que tout le monde – sauf les personnes à haut risque – travaille pendant quatre jours, tout en respectant une hygiène stricte et la distanciation sociale, puis que toute la nation soit enfermée pendant dix jours, dont deux week-ends. Les écoles suivraient le même rythme, a-t-il proposé.

Les magasins fermés du centre commercial Dizengoff vide, à Tel Aviv, le 19 mars 2020. (Crédit : Avshalom Sassoni/Flash90)

Comme le modèle de Baruch Barzel, sa proposition repose sur le principe selon lequel si les gens attrapent le virus au travail ou à l’école, ils seront en quarantaine au moment où ils seront le plus contagieux.

Il estime que, comme les périodes d’enfermement sont plus longues et les périodes actives plus courtes dans le plan Weizmann que dans le modèle du mathématicien, il s’avérerait plus efficace.

Il explique au Times of Israël « qu’il est préférable de faire sortir les gens pendant quatre jours plutôt qu’une semaine, car cela donne moins de temps d’exposition au virus, et aussi, l’application est beaucoup plus facile si tout le monde a le même horaire. Et si tout le pays est censé être chez lui pendant cette période de dix jours, il est clair que si les gens sont dehors, ils ne respectent pas le confinement, alors que si la nation est en décalage, il est plus difficile de le dire et de le faire respecter ».

Uri Alon est convaincu que son modèle pourrait s’avérer être une bouée de sauvetage pour l’économie.

« Les personnes qui sont [actuellement] au chômage pourront, au moins, avoir un emploi à 40 % », fait-il remarquer. « Cela donne la possibilité d’éradiquer la pandémie et apporte un répit économique. »

Il affirme que si la routine des confinements de dix jours suivies de quatre jours de normalité est observée, cela permettrait de rétablir la confiance dans l’économie, « et la confiance est si importante pour la stabilité et la croissance économiques ».

« Si le monde entier faisait cela », soutient-il, « alors, à moins d’une mutation, le virus pourrait être éliminé ».

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