Pub Yes : le fabuleux destin d’Amélie Bensimon à la télévision israélienne
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"Israël, c'est fou fou fou !"

Pub Yes : le fabuleux destin d’Amélie Bensimon à la télévision israélienne

La compagnie israélienne caricature avec bienveillance les traits des juifs venant de l'Hexagone à travers des publicités mettant en scène une adorable petite française

Elena Plonka, alias Amélie Bensimon dans la première des publicités pour la chaîne Yes (Crédit: capture d'écran Yes/Youtube)
Elena Plonka, alias Amélie Bensimon dans la première des publicités pour la chaîne Yes (Crédit: capture d'écran Yes/Youtube)

Les juifs de France ont souvent fait les frais de l’humour israélien ces derniers temps. Leur cible favorite : les touristes français d’origine séfarade déambulant essentiellement à Tel Aviv et Netanya.

En 2016, le sketch de Shahar Hason avait déjà abordé ce thème de prédilection en ironisant sur la décomplexion des Juifs de France ayant adopté sans aucun problème la houtspa israélienne [culot insolent ou audacieux selon les cas] et s’épanouissant dans les rues de Tel Aviv : « Ici ils se sentent libres, ils sont fiers de leur judaïsme. Tu les vois marcher dans les rues de Tel Aviv, avec kippa, tsitsit, tefilin (…) et ils crient Shabbat Shalom ! Shabbat shalom ! Et on n’est que mardi ! ».

Le fournisseur de télévision par satellite israélien Yes a également puisé dans les penchants folkloriques que véhiculent les Juifs de France pour sa dernière campagne de publicité confiée à Sigal Abudy, Mel Caspi et Gidi Shamir, créateurs à l’agence Mccann basée à Tel Aviv.

On y croise une jeune française Amélie Bensimon, petite fille modèle très parisienne en vacances à Netanya dans la famille fantasque de son « tonton Maurice », apparemment franco-israélien.

Depuis Amélie Bensimon, de son vrai nom Elena Plonka, 11 ans et véritable petite Parisienne qui est entrée il y a quelques jours en classe de 6e a fait du chemin en Israël. Elle apparaît aujourd’hui dans Comme ci, comme ça le clip du tube de l’été israélien, interprété par le chanteur francophone Stéphane Legar.

Mais côté actrice Elena n’en est pas à son coup d’essai, loin de là : « Elena tourne actuellement dans Benedetta un film du talentueux cinéaste néerlandais Paul Verhoeven (Basic Instinct, Black book) confie Laurence Plonka sa maman au Times of Israël. Elle a aussi tourné dans Santa & Cie, Cigarettes et Chocolat chaud« .

Elena est venue pour la première fois en juin dernier en Israël, pour participer à l’émission de télé-réalité Ah Hagadol, équivalent israélien de Big Brother, où elle est venue apprendre la chorégraphie de Comme ci, comme ça aux participants.

« La série de publicités a été tournée en Roumanie, à Bucarest » précise sa maman, qui, en tant qu’ancienne hôtesse de l’air, connaissait déjà un peu Tel Aviv. Selon elle, Elena « a beaucoup aimé le pays et les gens, et la caricature des Français, pleine d’ironie, l’a beaucoup amusée ».

Du côté de la production, on explique que le choix de se servir des Français comme fil conducteur des clips vient du directeur de la création de la campagne, « Sigal Abudi, qui a vécu plusieurs années à Paris, » explique Mel Caspi de l’agence Mccann au Times of Israël en français.

Mel Caspi, Gidi Shamir et Sigal Abudy, concepteurs chez l’agence Mccann de la campagne de publicité pour la chaîne Yes (Crédit : Mccann courtesy)

C’est ce qui l’a convaincue de donner le rôle principal de la campagne à des Français pour une pub, puis finalement une série de trois clips autour des péripéties d’Amélie et de « tonton Moïse » à Netanya.

« Nous ne savions pas à l’avance le nombre d’épisodes que nous allions réaliser avec Amélie Bensimon et sa famille, mais nous avons aimé le concept et nous savions que nous l’utiliserions à nouveau si le premier mouvement était un succès, comme ça a été le cas ».

Selon Gidi Shamir, le succès est dû à « une combinaison faite de la douceur de la jeune fille au centre de la narration, qui raconte ses vacances avec sa sincérité et sa naïveté et de la culture israélienne » un brin plus brutal.

Selon lui, l’Israël dépeint à travers la publicité est à peine caricatural. Pour Shamir, Israël est comme ça, extravagant et naturel, la culture israélienne a toujours aimé dresser un tableau fidèle et ironique des difficultés de la vie quotidienne, qu’il s’agisse du poids de la fameuse taxe d’habitation (arnona) ou des attaques terroristes.

Les clips dépeignent selon lui des « idées très correctes, et pertinentes dans lesquelles se reconnaîtront les Israéliens, du moins beaucoup d’Israéliens ».

Cette campagne a-t-elle heurté la susceptibilité française ? « La grande majorité des réponses ont été très positives », assure Abudi. « Il est difficile de rater que la série entière a été écrite et filmée avec beaucoup d’amour et d’humour pour les personnages et la langue française ».

« Cette série de publicités, ajoute Mel Caspi, a d’abord rencontré un vrai succès populaire et gagné à plusieurs reprises la première place dans le classement du magazine Globes. En outre, la publicité a remporté en 2017 les prix Mako et Guy Pines ».

Il était fréquent d’entendre ces derniers mois des Israéliens s’écrier lorsqu’ils réalisaient que leur interlocuteur était francophone « Israël, c’est fou fou fou ! », expression répétée à l’envi par Amélie dans le premier clip.

L’agence Mccann a décidé de surfer sur la popularité de la campagne pour travailler à un clip musical avec le jeune chanteur Stéphane Legar. La chanson est rapidement devenue numéro un, si ce n’est le tube de l’été en Israël.

Le clip comptabilise déjà plus de 22 millions de vues sur la plate-forme YouTube, et ce en un peu plus de deux mois pour un pays qui compte à peine plus de 8,5 millions d’habitants.

La chanson reprend les mêmes axes qui ont fait le succès de la campagne de Yes : d’abord la liste des difficultés de la vie en Israël (des bouchons monstres du dimanche au rythme intense du travail, des bas salaires aux scandales politiques, de l’éducation à la précision toute orientale des Israéliens…) vues par un œil français.

On y retrouve toujours une expression française, une pour chaque clip (« Israël c’est fou », « merci tonton » ou « déjà vu »…) tout aussi rapidement adoptée par la rue israélienne qui y voit une bonne manière d’en résumer la vie quotidienne : « Comme ci, comme ça »…

Stéphane Legar et Amélie Bensimon, dans le clip « Comme ci, comme ça » (Crédit : Ohad Romano)
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