Publication du journal intime d’une survivante néerlandaise : L’histoire d’Anne Frank avec une « fin heureuse »
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Publication du journal intime d’une survivante néerlandaise : L’histoire d’Anne Frank avec une « fin heureuse »

Ce récit unique est l'un des seuls à s'intéresser à la vie religieuse en clandestinité, tandis que la famille vivait au quotidien aux côtés de ses sauveurs catholiques

Carry Ulreich, à droite, et sa sœur aînée, Rachel, dans une photographie prise pendant leur période dans la clandestinité à Rotterdam pendant l'occupation nazie (Crédit : Boekencentrum / Mozaïek / JTA)
Carry Ulreich, à droite, et sa sœur aînée, Rachel, dans une photographie prise pendant leur période dans la clandestinité à Rotterdam pendant l'occupation nazie (Crédit : Boekencentrum / Mozaïek / JTA)

AMSTERDAM (JTA) — Une survivante de l’Holocauste surnommée la “Anne Frank de Rotterdam” a publié son journal intime écrit pendant la guerre dans son pays natal des Pays-Bas, alors qu’elle vivait cachée dans la ville bombardée.

“La nuit, je rêve de la paix”, le journal écrit en néerlandais par Carry Ulreich, aujourd’hui âgée de 89 ans, est sorti en librairie la semaine dernière. Les médias nationaux ont porté un grand intérêt au livre, et ont comparé les ressemblances et les différences de l’histoire d’Ulreich avec celle d’Anne Frank, jeune juive d’Amsterdam assassinée, dont le carnet intime, rédigé alors qu’elle vivait dans la clandestinité à Amsterdam, est devenu l’un des ouvrages sur l’Holocauste les plus lus dans le monde.

Ulreich, qui est partie en Israël les années qui ont suivi la Seconde Guerre mondiale, avait deux fois et demi l’âge de Frank lorsque les nazis ont envahi les Pays-Bas en 1940, amenant un grand nombre des 1 400 000 Juifs du pays à devoir se plier à la vie clandestine. Contrairement à Frank, dont les écrits ont été décrits comme offrant une vision du monde universaliste, Ulreich offre un point de vue distinctement juif, décrivant sa profonde connexion émotionnelle à la prière et aux traditions du judaïsme.

Tandis que Frank et un grand nombre de ses proches ont figuré parmi les 104 000 juifs néerlandais assassinés durant le génocide, Ulreich a survécu, a eu trois enfants, 20 petits enfants et plus de 60 arrières-petits-enfants. Elle a emmené avec elle son journal intime en Israël – rédigé sur plusieurs cahiers jaunis – mais elle ne l’a relu qu’il y a deux ans, se décidant à le publier. Dans une interview accordée au journal néerlandais Trouw, elle décrit son histoire comme étant “pareille que celle d’Anne Frank, mais avec une fin heureuse ».

Dans cet ouvrage, Ulreich dépeint la bataille pour la survie de sa famille alors que le monde environnant ne cesse de devenir plus dangereux. Il fait partie des nombreux témoignages détaillés livrés sur la vie de ces Juifs qui ont vécu cachés aux yeux du monde à Rotterdam, ville qui, contrairement à la majorité des villes néerlandaises, a été largement détruite dans des bombardements aériens intensifs, à la fois par les Allemands et plus tard par les forces alliées.

Rotterdam après le blitz allemand (Crédit : Domaine Public / Wikimedia Commons)
Rotterdam après le blitz allemand (Crédit : Domaine Public / Wikimedia Commons)

Il offre le récit rare de la rencontre parfois difficile entre la famille Ulreich, dont les membres sionistes et traditionnalistes, venus d’Europe de l’Est, affichent leur héritage juif avec fierté et la famille Zijlmans, leurs sauveurs, un couple de Catholiques profondément religieux.

Tandis que les Frank, famille de Juifs laïques et cosmopolitains originaires d’Allemagne, ont vécu sans nécessité de côtoyer au quotidien la famille qui les cachait, les Ulreich, eux, ont vécu aux côtés des Zijlmans dans des conditions exigeant un sacrifice considérable de la part des hôtes, faisant naître certaines frictions lors des interactions entre les deux foyers.

‘Ils viendront avec leur camion, et nous devrons partir à Westerbork puis en Pologne et après ça… La mort ?’

Le couple Zijlmans, qui a été reconnu par Israël comme Juste parmi les Nations en 1977 pour avoir risqué sa vie pour sauver les Ulreich, a offert sa chambre à coucher aux Ulreich, déménageant dans une petite pièce qui servait au stockage des pommes de terre. Ils ont également limité leurs contacts sociaux afin d’éviter une éventuelle traîtrise, leurs invités vivant dans l’angoisse.

“Nous sommes simplement terrifiés à l’idée qu’ils nous livrent aux Waffen-SS pour troubles du voisinage”, écrit Ulreich à propos de ses voisins. « Ils viendront alors avec leur camion, et nous devrons aller à Westerbork, puis en Pologne, et après ça… La mort ? »

Westerbork était un camp de transit nazi situé dans le nord-est de la Hollande.

Ulreich se rappelle aussi avoir entendu un chazan, ou un chantre, offrir une prière à la mémoire des victimes de l’Holocauste lors d’une transmission de la radio britannique, qui, raconte-t-elle, a fait pleurer les Juifs, les faisant “se sentir connectés avec lui par le coeur”. Mais elle regrette la diffusion de la prière le jour du Shabbat, lorsque les Juifs ne sont pas supposés allumer la radio.

“Les Chrétiens tentent de nous soutenir, mais ils ne comprennent tout simplement pas ces choses”, écrit-elle.
“Carry montre, à côté de l’immense gratitude ressentie pour l’hospitalité, le malaise de deux familles différentes qui doivent soudainement vivre l’une avec l’autre”, explique Bart Wallet, éditeur du journal et expert de la communauté juive hollandaise à l’Université Libre d’Amsterdam. “La tension et la dépendance complète sont presque tangibles pour le lecteur”.

Le journal dévoile également les conversations théologiques entre les deux familles.

« Ce livre révèle un grand nombre d’informations sur un sujet qui jusqu’à présent a été hautement absent des débats : la vie religieuse lorsqu’on vit en clandestinité », écrit Wallet. « Cela montre comment les Juifs se sont battus pour pouvoir manger casher et combien ils tentaient encore de célébrer les fêtes juives ».

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