Qatar : le Hamas a violé le cessez-le-feu ; son désarmement sera « complexe »
Cheikh Mohammed ben Abdelrahman al-Thani a par ailleurs condamné le traitement infligé, selon lui, par Israël aux prisonniers palestiniens
Jacob Magid est le correspondant du Times of Israël aux États-Unis, basé à New York.

Le Premier ministre qatari, Cheikh Mohammed ben Abdelrahman al-Thani, a laissé entendre mercredi que le Hamas avait violé le cessez-le-feu la veille en attaquant des soldats de Tsahal, qualifiant l’incident de « très décevant et frustrant pour nous ».
« Ce qui s’est passé hier est une violation », a-t-il déclaré lors d’une interview au Council on Foreign Relations à New York, ajoutant que les médiateurs s’attendaient à une réaction d’Israël suite à la mort d’un de ses soldats, tout en précisant que les deux parties avaient par la suite exprimé leur volonté de voir le cessez-le-feu respecté.
Interrogé sur les responsables de cette « violation » de mardi, M. al-Thani a répondu : « Ce qui s’est passé hier – l’attaque contre les soldats israéliens – est fondamentalement une violation commise par la partie palestinienne. »
« Le Hamas a publié un communiqué affirmant n’être en contact avec aucun des auteurs de l’attaque. Nous ne savons pas encore si c’est vrai », a-t-il ajouté.
Le Premier ministre qatari a déclaré par la suite que le Hamas avait fourni des « déclarations contradictoires » concernant l’attaque contre les troupes israéliennes. Selon le Hamas, les assaillants responsables auraient « perdu le contact » avec la direction du Hamas et « ne savaient pas ce qu’ils faisaient ». Le Hamas a également affirmé que les responsables de cette violation appartenaient à un autre « groupe sans lien avec eux ».
« Peu importe qui a fait quoi, ce qui compte pour nous, c’est de veiller à ce que cet événement ne fasse pas s’effondrer cet accord », a déclaré Al-Thani.
Interrogé sur la réticence du Hamas à désarmer, le Premier ministre qatari a reconnu que la mise en œuvre de ce processus serait « complexe ».
« Le désarmement et le démantèlement seront un processus complexe, mais cela fait partie intégrante de l’accord », a déclaré Al Thani, faisant référence au plan en 20 points du président américain Donald Trump pour mettre fin à la guerre à Gaza.
Cependant, l’accord signé par Israël et le Hamas en Égypte le 9 octobre ne portait que sur la première partie du plan, relative au cessez-le-feu initial, au retrait des troupes israéliennes, à l’échange d’otages et de prisonniers et aux dispositions humanitaires.
Al-Thani affirme néanmoins que les médiateurs poussent le Hamas et toutes les factions palestiniennes à Gaza à reconnaître la nécessité du désarmement.
L’objectif du désarmement est de garantir la sécurité des Palestiniens et des Israéliens, a expliqué Al-Thani, qui soutient que le meilleur moyen d’y parvenir est de « créer un horizon politique pour le peuple palestinien ».
Al-Thani a ensuite dénoncé le traitement infligé par Israël aux prisonniers palestiniens, s’insurgeant notamment contre les vidéos publiées par le ministre de la Sécurité nationale d’extrême droite, Itamar Ben Gvir, dans lesquelles on le voit se moquer des détenus.
Al-Thani a été interrogé sur les raisons pour lesquelles Israël n’a pas libéré le terroriste Marwan Barghouti. Barghouti purge actuellement cinq peines de prison à perpétuité pour avoir planifié des attentats durant la Seconde Intifada, qui ont coûté la vie à cinq civils. Il a nié les accusations et contesté la compétence des tribunaux israéliens.
Le Premier ministre qatari a affirmé que cette question relève d’Israël, tout en ajoutant : « Il y a des dizaines, voire des centaines de Marwan Barghouti dans les prisons israéliennes, qui ont été poursuivis, torturés et maltraités, et personne n’en parle. »
Nombre de Palestiniens actuellement détenus dans les prisons israéliennes le sont sans procès, a-t-il déclaré tout en appelant à leur libération, faisant apparemment référence aux plusieurs milliers de personnes placées en détention administrative. Al-Thani affirme qu’Israël refuse de libérer certains prisonniers gravement malades « en raison de la symbolique de leurs noms ».
« Il faut absolument régler ce problème. Israël doit être tenu responsable de ce qui se passe dans ses prisons avec les Palestiniens », a poursuivi le Premier ministre qatari.
« Je ne sais pas si vous avez vu les vidéos que réalise le ministre Ben Gvir sur les prisonniers là-bas. C’est inhumain, et je pense que cela ne devrait jamais être acceptable pour personne dans le monde d’aujourd’hui », a-t-il ajouté.







