Que faire de la mémoire d’un aïeul rescapé quand celui-ci n’a jamais parlé ?
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Que faire de la mémoire d’un aïeul rescapé quand celui-ci n’a jamais parlé ?

Avant de mourir sa grand-mère a confié un paquet de lettres écrites en captivité par son mari, à Florence, sa petite-fille en lui glissant : "fais-en quelque chose"

Vue aérienne du musée mémorial de la Shoah de Yad Vashem, conçu par Moshe Safdie, à Jérusalem. Illustration. (Crédit : Andrew Shiva/CC BY-SA 4.0/WikiCommons)
Vue aérienne du musée mémorial de la Shoah de Yad Vashem, conçu par Moshe Safdie, à Jérusalem. Illustration. (Crédit : Andrew Shiva/CC BY-SA 4.0/WikiCommons)

Elle tâtonne, tente, et se pose beaucoup de questions. Florence pense à écrire – quel meilleur moyen de raconter une histoire après tout ? – elle s’est même rendue aux ateliers d’écriture du Mémorial de la Shoah.

C’est là d’ailleurs qu’elle a déposé quelques-unes des lettres que sa grand-mère lui a confié avant de mourir en lui disant « fais-en quelque chose », pour quelles soient numérisées. Elle n’a pas voulu toutes les donner. Par pudeur. Comment rendre publics des mots tendres, même s’ils ont été écrits dans le camp de Drancy par son grand-père Salomon à sa femme.

« Ces lettres de papy sont pleines d’amour, d’espoir, de force. C’était du côté des vivants que je voulais entretenir la mémoire, » insiste Florence. Alors que faire ?

Car longtemps, son grand-père « plein de vie » qui l’a élevée en partie, n’a rien voulu lui raconter, dévoile le journal Ouest-France. Ces tatouages de numéros sur le bras ? « Pour ne pas oublier mon numéro de téléphone ! » plaisantait-il.

Revenu d’Auschwitz, Salomon ne lui avait jamais parlé de son internement.

« Mais, un jour, l’adolescente zappe à la télé sur ‘Shoah’, le film de Claude Lanzmann, le documentaire de référence sur l’extermination des Juifs, explique le journal. La brutalité du passé se fracasse sur son présent de petite-fille.

« En voyant les tatouages des témoins, j’ai compris… Papy était mort deux ans avant. Impossible d’en parler à mamie. J’ai gardé le silence, le tabou… » Elle attendra ses 25 ans pour faire revenir les mots, délivrer la parole, entrouvrir la boîte à secrets familiale ».

Lors de la marche pour Mireille Knoll, elle a « regardé le ciel en pensant aussi à lui… ». En attendant de savoir quoi faire de ce paquet de lettres…

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