Qusra : Un résident d’implantation invective un Palestino-Américain chez lui
Revenu des États-Unis alors que sa maison en Cisjordanie est assiégée, Loui Abu Ridi voit un extrémiste pénétrer sur sa propriété, pourtant classée en zone militaire interdite
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QUSRA – Le gigantesque drapeau américain hissé par Loui Abu Ridi au-dessus de sa maison de Cisjordanie n’aura pas suffi. Le Palestino-Américain espérait ainsi dissuader les habitants des implantations extrémistes qui encerclent sa propriété depuis plus d’une semaine. Mardi, l’un d’eux s’est pourtant introduit sur son terrain, ce qui a donné lieu à une confrontation tendue.
Abu Ridi était arrivé à Qusra tard lundi soir, en provenance des États-Unis, de peur de perdre sa propriété. Depuis plus d’une semaine, des habitants d’implantations juives encerclent trois maisons palestiniennes du village, suscitant la condamnation de Washington.
Abu Ridi, qui a grandi dans ce village de Cisjordanie, marchait mardi matin parmi ses cerisiers et ses figuiers lorsqu’un habitant des implantations est arrivé depuis la colline dominant Qusra. Reuters a filmé la scène.
« Tu es venu foutre le bordel, hein ? », lui a lancé le résident des implantations en hébreu en s’approchant. Il tenait dans une main ce qui semblait être un recueil de droit juif et filmait Abu Ridi avec son téléphone portable.
« Tu es un habitant des implantations terroriste, tu le sais ? », lui a rétorqué Abu Ridi, qui filmait lui aussi la scène.
Un véhicule de l’armée israélienne est passé à plusieurs reprises avant que des soldats ne viennent à leur rencontre et rappellent à l’habitant d’implantation que le secteur avait été déclaré zone militaire interdite.
???????????????????????? A Palestinian-American raised a giant U.S. flag over his West Bank home to keep settlers away. It didn’t work.
Loui Ridi returned to Qusra after settlers surrounded three homes for more than a week.
On Tuesday, a settler entered his land while filming.
Soldiers later…
— Mario Nawfal (@MarioNawfal) August 18, 2026
« Je partirai s’ils partent. Ils sont nombreux ici. On ne fait que défendre notre territoire. S’ils entrent dans la maison, on partira », a déclaré le résident d’implantation aux soldats.
Il a finalement rebroussé chemin et rejoint deux autres habitants des implantations. Interrogé par un journaliste de Reuters sur les raisons de sa présence sur les lieux, il n’a pas répondu. Les trois hommes ont ensuite remonté la colline avant de disparaître.
« Restez à l’intérieur. Ils partent et vous, vous restez à l’intérieur. Ne vous parlez pas, d’accord ? Je vais régler ce problème », a déclaré un soldat israélien à Abu Ridi, en lui ordonnant de rentrer chez lui.
Abu Ridi a rétorqué que l’habitant d’implantation devait être arrêté, sa présence dans la zone étant illégale.
Cette confrontation illustre les tensions qui règnent dans le village, où des habitants des implantations encerclent depuis plus d’une semaine plusieurs maisons, apparemment dans le but de pousser leurs occupants à partir. Les familles se retrouvent ainsi prises au piège chez elles, une situation qui a suscité des condamnations internationales.
À son arrivée, Abu Ridi a hissé le drapeau américain au-dessus de sa propriété.
« J’ai décidé de hisser ce drapeau. Si, Dieu nous en préserve, je ne parviens pas à protéger cette maison et que les habitants des implantations finissent par s’y installer, ils hisseront leur drapeau. Mais pour cela, ils devront d’abord retirer le drapeau américain. Voilà le message. »
Environ onze jours après le début du siège par des résidents d’implantations de plusieurs maisons palestiniennes situées à la périphérie du village de Qusra, au nord de la Cisjordanie, les habitants de ces maisons ont indiqué mercredi au Times of Israel qu’ils étaient toujours bloqués chez eux.
Il a fallu près d’une semaine aux soldats pour démanteler plusieurs avant-postes illégaux installés le 9 août par des habitants des implantations à proximité des trois maisons assiégées.
L’armée a déclaré le secteur « zone militaire interdite », mais les soldats n’ont guère fait respecter cette interdiction auprès des résidents des implantations, qui ont continué à se rendre quotidiennement sur les lieux pour intimider les habitants de Qusra.
Aucun résident d’implantation n’a été arrêté pour avoir pris part au siège. Celui-ci semble reproduire le procédé employé le mois dernier pour pousser une famille palestinienne à quitter son domicile dans le village voisin de Jalud, dont des habitants des implantations avaient ensuite pris possession.
Les occupants de deux des trois maisons assiégées à Qusra ont déclaré au Times of Israel que les troupes israéliennes déployées dans le secteur leur avaient indiqué qu’ils ne pouvaient quitter leur domicile sans en avoir préalablement informé l’armée et obtenu son accord.
Ils ont toutefois expliqué hésiter eux-mêmes à sortir, ne serait-ce que brièvement, de peur que les habitants des implantations, que Tsahal refuse d’arrêter, ne profitent de leur absence pour s’emparer de leurs maisons.
« Nous ne pouvons toujours pas aller travailler ni nous rendre au centre du village. Nous sommes toujours assiégés », a expliqué Qusay Abu Ridi, qui vit dans l’une des maisons appartenant à son frère Loui, installé dans l’Ohio.
« Les résidents d’implantations sont toujours là. Pour nous, rien n’a changé [depuis ces derniers jours] », a ajouté Yusuf Hassan, propriétaire de la deuxième maison prise pour cible.
Roni Pelli, l’avocat des deux familles, membre de l’organisation Yesh Din, a adressé lundi une lettre à Tsahal pour dénoncer les restrictions imposées aux habitants ainsi que le maintien des habitants des implantations dans le secteur, mais n’a reçu aucune réponse.
L’armée n’a pas répondu aux demandes de commentaires.
Le drapeau, « une forme de protection »
Selon les autorités américaines, des dizaines de milliers de ressortissants américains vivent en Cisjordanie, notamment dans plusieurs villages situés entre Ramallah et Naplouse, parmi lesquels Qusra.
À Turmus Ayya, village situé à quelque sept kilomètres au sud-ouest de Qusra, les responsables locaux affirment que 80 % des habitants sont de nationalité américaine.
Yaser Alkam, 58 ans, porte-parole de la communauté palestino-américaine du village, a expliqué que plusieurs raisons poussaient de nombreux habitants, dont lui-même, à hisser le drapeau américain au-dessus de leurs maisons.
« C’est une forme de sécurité, une forme de protection. Cela a un effet dissuasif non seulement sur les habitants des implantations, mais aussi sur Tsahal », a-t-il déclaré.
Selon lui, le drapeau permet également d’adresser un message directement à l’administration du président américain Donald Trump.
« Voilà un citoyen américain attaqué en Cisjordanie par une armée financée par les contribuables américains, avec des armes américaines utilisées contre des Palestino-Américains en Cisjordanie », a déclaré Alkam.
L’ambassadeur américain en Israël, Mike Huckabee, fervent défenseur du mouvement des implantations juives en Cisjordanie, a qualifié jeudi « de terroristes israéliens » les habitants des implantations qui assiégeaient le domicile d’Abu Ridi.
Un responsable américain et un responsable israélien ont déclaré vendredi que la Maison Blanche faisait pression sur le Premier ministre Benjamin Netanyahu afin qu’il condamne publiquement les agissements des habitants des implantations.
Netanyahu ne s’est pas exprimé au sujet du siège de Qusra.
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