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Rencontre avec l’Argentin Axel Wahnish, premier rabbin à être nommé ambassadeur en Israël

Le chef spirituel aurait eu une audience personnelle très émouvante avec Javier Milei, dont l'élection à la présidence pourrait désormais le faire entrer dans le corps diplomatique

Le président argentin Javier Milei (à droite) embrassant le rabbin orthodoxe séfarade argentin Shimon Axel Wahnish, au mur Occidental, dans la Vieille Ville de Jérusalem, le 6 février 2024. (Crédit : Leo Correa/AP)
Le président argentin Javier Milei (à droite) embrassant le rabbin orthodoxe séfarade argentin Shimon Axel Wahnish, au mur Occidental, dans la Vieille Ville de Jérusalem, le 6 février 2024. (Crédit : Leo Correa/AP)

BUENOS AIRES, Argentine – JTA – Le Sénat argentin est sur le point de confirmer la nomination du choix du président Javier Milei au poste d’ambassadeur en Israël : son rabbin, Shimon Axel Wahnish.

Wahnish, 42 ans, a été proche de Mileï lors de l’ascension fulgurante de cet « anarcho-capitaliste » catholique au pouvoir. Il est largement considéré comme responsable du récent philosémitisme de Milei, qui a marqué sa candidature et ses premiers mois à la présidence.

Si sa nomination est confirmée, Wahnish quittera Buenos Aires pour s’installer en Israël avec sa famille – son épouse et leurs six enfants -, mais on ne sait pas encore s’ils s’installeront à Herzliya, où se trouve l’ambassade d’Argentine. Milei s’est engagé à transférer l’ambassade à Jérusalem, la capitale d’Israël.

La nomination de Wahnish s’est heurtée à des problèmes liés au transfert de l’ambassade de Milei et à une audience houleuse le mois dernier, qui a donné lieu à des accusations d’antisémitisme de la part d’éminents Juifs argentins.

« Vous devez savoir que vous n’êtes pas l’ambassadeur d’Israël en Argentine. Vous êtes l’ambassadeur de l’Argentine en Israël », a déclaré une législatrice, Lucia Corpacci, dans un avertissement qui laissait entrevoir des allégations de double-allégeance, comme celles qui ont affecté les Juifs du monde entier pendant des siècles.

« Pourquoi les Argentins juifs doivent-ils préciser qu’ils sont argentins ? », a écrit sur X la députée de la chambre basse, Sabrina Ajmechet. La DAIA, l’organisation juive argentine de coordination politique, a déclaré dans un communiqué qu’elle « répudie fermement les expressions préjudiciables » de Corpacci.

Le rabbin Axel Wahnish, pressenti pour le poste d’ambassadeur en Israël, à côté du ministre argentin de la Justice et des droits de l’Homme, Mariano Cuneo Libarona, lors d’une cérémonie de commémoration du 32e anniversaire de l’attentat à la bombe contre l’ambassade d’Israël à Buenos Aires, qui a fait 29 morts et 200 blessés, sur la place de l’ambassade d’Israël, à Buenos Aires, le 18 mars 2024. (Crédit : Juan Mabrota/AFP)

Un autre législateur, Martin Lousteau, s’est inquiété du fait que le transfert prévu de l’ambassade pourrait nuire aux futures revendications de l’Argentine sur les îles Malouines, des territoires qui, comme Jérusalem, ont fait l’objet de revendications de souveraineté concurrentes, en l’occurrence entre l’Argentine et la Grande-Bretagne.

« Nous n’allons pas installer l’ambassade dans un territoire occupé », a déclaré Wahnish en réponse au sénateur, qui s’est depuis longtemps attiré les critiques des groupes juifs pour ce qu’ils considèrent comme une mauvaise compréhension des affaires du Moyen-Orient.

La semaine dernière, la ministre des Affaires étrangères, Diana Mondino, aurait convaincu Lousteau d’approuver la nomination de Wahnish après l’avoir personnellement assuré que la revendication de l’Argentine sur les Malouines ne serait pas affectée.

Wahnish devrait maintenant obtenir la confirmation de sa nomination, ce qui lui permettrait de devenir, selon le ministère israélien des Affaires étrangères, le seul rabbin de l’Histoire à occuper le poste d’ambassadeur en Israël. (Ce poste est vacant depuis le début de l’année 2022, lorsque l’ambassadeur précédent a été démis de ses fonctions à la suite d’une condamnation pour corruption). Dans le cadre de ses fonctions, Wahnish sera chargé de maintenir les relations récemment améliorées entre l’Argentine, qui abrite la sixième plus grande communauté juive au monde, et Israël.

C’est une responsabilité que le rabbin n’aurait probablement pas pu anticiper en grandissant à Buenos Aires où, selon le magazine ultra-orthodoxe Mishpacha, il n’a pas été élevé dans l’orthodoxie mais a s’en est rapproché en tant que jeune adulte. Après avoir obtenu son diplôme de fin d’études secondaires, Wahnish a étudié dans des yeshivot – séminaires religieux – ou en Israël pendant quelques années avant de retourner en Argentine et d’obtenir un diplôme en éducation.

Selon un curriculum vitae soumis au Sénat à la suite de sa nomination en tant qu’ambassadeur, Wahnish s’est lancé dans une série d’initiatives de sensibilisation et d’éducation juives, notamment en dirigeant un programme pour jeunes adultes, en fondant un institut d’étude de la kabbale et en travaillant avec des Juifs vivant en dehors des grands centres de population de l’Argentine.

En 2012, il est devenu le grand rabbin d’ACILBA, la communauté juive marocaine officielle d’Argentine. Il certifie également les candidats argentins à la citoyenneté espagnole et portugaise dans le cadre du processus de réparation des descendants des Juifs séfarades expulsés lors de l’Inquisition.

L’ACILBA a son siège dans une synagogue historique du centre de Buenos Aires, construite il y a plus d’un siècle par des immigrants juifs d’origine marocaine, arrivés en grand nombre en Argentine à partir de 1891. La grande synagogue de la rue Piedras, également connu sous le nom de Bet El, a accueilli Albert Einstein lors de sa visite en Argentine en 1925, mais ces dernières années, elle a eu du mal à remplir ses bancs en raison du déclin de la communauté.

Selon Mishpacha, l’arrivée de Wahnish a apporté une nouvelle énergie à la synagogue – et au cours de la dernière décennie, l’ACILBA a ajouté un autre site dans le quartier huppé de Palermo Soho. C’est là que Wahnish a travaillé quotidiennement.

L’intérieur de la synagogue séfarade Bet El, à Buenos Aires. (Crédit : Horacio Literat/AAssociation juive marocaine d’Argentine)

C’est par l’intermédiaire de l’ACILBA que Wahnish a rencontré Milei pour la première fois il y a quelques années, alors que l’économiste était encore un politicien marginal connu pour ses déclarations extravagantes à la télévision, mais qui n’était pas considérée comme un candidat probable à un poste national. Selon la tradition politique argentine, Milei a cherché à s’adresser au groupe de Wahnish en partie pour corriger l’impression qu’il serait antisémite. Il a d’abord dû s’asseoir avec Wahnish – et leur réunion pro forma a duré des heures.

« On sait peu de choses sur ce qui s’est passé derrière les portes closes, mais lorsque Milei a quitté le bureau, une fraternité était née », selon un compte rendu de Mishpacha. « Le rabbin Wahnish a été accepté dans le cercle intime de Milei, jusqu’alors occupé uniquement par sa sœur Karina [qu’il appelle la patronne]. À partir de ce moment-là, Milei, dont la popularité augmentait à un rythme sans précédent, a proclamé à chaque micro qu’on lui tendait que le rabbin Wahnish était son guide et son mentor spirituel. »

Au fur et à mesure que la popularité de Milei montait en flèche, il est devenu un habitué des cours du rabbin à la synagogue. En coulisses, Milei a commencé à se joindre à la famille Wahnish pour les fêtes juives. En public, il ne tarit pas d’éloges sur Wahnish, souvent en termes très émouvants.

Milei a intégré des pratiques juives dans sa campagne et a commencé à monter sur les estrades au son d’un shofar – une corne de bélier dans laquelle on souffle habituellement pendant les fêtes du Nouvel an juif. Il a insisté sur le transfert de l’ambassade, un geste politiquement significatif que seule une poignée de pays ont fait et qui marquerait une rupture brutale avec les relations historiquement mouvementées entre l’Argentine et Israël. Il a commencé à dire qu’il espérait devenir Juif un jour, tout en déclarant qu’il ne considérait pas l’observance du judaïsme comme compatible avec les exigences de la présidence.

Illustration : Le pape François avec le président argentin Javier Milei et sa sœur Karina (troisième à partir de la gauche), le ministre argentin de l’Intérieur Guillermo Francos (deuxième à partir de la droite), la ministre argentine des Affaires étrangères Diana Mondino (troisième à partir de la droite) et l’ambassadeur présumé de l’Argentine en Israël Axel Wahnish (à gauche), lors d’une audience privée au Vatican. (Crédit : Simone Risoluti/VATICAN MEDIA/AFP)

Peu après son élection, Milei s’est rendu à New York pour prier sur la tombe du rabbin Menachem Mendel Schneerson, le dernier chef du mouvement Habad Loubavitch. Et pour accompagner son investiture, Milei a choisi d’organiser une cérémonie interconfessionnelle plutôt que les rites catholiques traditionnellement associés à la prestation de serment, en partie pour faire de la place à son ami Wahnish.

C’est là, dans la principale église catholique de Buenos Aires, que le rabbin s’est adressé directement à Milei.

« Monsieur le Président, on m’a demandé de vous bénir. Mais […] ce n’est pas moi qui donne les bénédictions. Nous sommes tous des êtres humains et devant Dieu, nous sommes tous égaux », a déclaré Wahnish lors de la cérémonie télévisée nationale.

« La seule chose que je puisse faire est de demander à Dieu […] de vous donner, cher président, exactement ce que vous avez demandé à Dieu depuis longtemps », a poursuivi Wahnish. « Vous souvenez-vous de ce que c’est ? »

Milei a répondu en prononçant trois mots : « sagesse, tempérance et courage ». Les deux hommes se sont ensuite longuement embrassés.

Depuis la prestation de serment de Milei, Wahnish a continué à rester proche de lui, notamment lors d’un voyage de trois jours en Israël, qui était le premier voyage à l’étranger de Milei en tant que président. Il a visité le mur Occidental et le mémorial de la Shoah de Yad Vashem et a rencontré des dirigeants israéliens, dont le président Isaac Herzog et le Premier ministre Benjamin Netanyahu. Milei s’est fait remarquer par sa réaction émotionnelle à sa présence dans le pays, lorsqu’il a officialisé le plan de transfert de l’ambassade.

« Les gens ont l’habitude de penser qu’un président est au-dessus des autres, qu’il n’est pas humain. Nous voulons montrer que tout le monde a des émotions et continue à grandir spirituellement et à devenir une meilleure personne », a déclaré Wahnish au Jerusalem Post à propos du voyage, dans l’une de ses seules interviews sur sa relation avec Milei. Wahnish a refusé de parler à la Jewish Telegraphic Agency, déclarant en décembre qu’il voulait faire profil bas.

Les relations entre l’Argentine et Israël pourraient être l’un des aspects les moins conflictuels de la nouvelle présidence de Milei. Le fait de s’allier avec Israël représente un changement par rapport à son prédécesseur, qui, comme de nombreux gauchistes latino-américains, était un fervent critique d’Israël. Milei suscite davantage de controverses avec ses politiques économiques, les coupes d’austérité imposées au gouvernement et ses alliances avec des dirigeants d’extrême-droite du monde entier, y compris l’ancien président américain et candidat républicain présomptif Donald Trump.

Le président argentin Javier Milei rencontrant le président Isaac Herzog, à Jérusalem, le 6 février 2024. (Crédit : Haïm Zach/GPO)

Pour Wahnish, le déménagement en Israël surviendrait à un moment personnellement significatif, après une crise familiale au cours de laquelle sa femme et sa plus jeune fille ont survécu de justesse à un accouchement traumatisant juste au moment où il a rencontré Milei, selon Mishpacha. Son frère Hernan, également rabbin, reprendra ses responsabilités à l’ACILBA.

Diana Serfaty, présidente de l’ACILBA, a déclaré à la JTA que la communauté éprouve un mélange de tristesse et de fierté quant au nouveau rôle de Wahnish.

« Il ne sera pas facile de dire au revoir à sa présence quotidienne, mais nous savons aussi que ce sera un processus graduel et qu’il restera en contact avec la communauté en tant que guide et mentor pour son éventuel remplaçant », a déclaré Serfaty.

« Nous lui souhaitons le meilleur et nous savons qu’il dispose d’outils importants pour son rôle grâce à sa formation, son empathie, son esprit d’entreprise et sa proactivité », a-t-elle ajouté.

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