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Opinion

Répondons à l’appel à l’unité du président, car c’est notre avenir qui en dépend

A l'occasion de Yom HaZikaron, Herzog a imploré la nation de soigner ses divisions : Ce serait, le cas échéant, une trahison des défunts et la garantie d'un désastre

David est le fondateur et le rédacteur en chef du Times of Israel. Il était auparavant rédacteur en chef du Jerusalem Post et du Jerusalem Report. Il est l’auteur de « Un peu trop près de Dieu : les frissons et la panique d’une vie en Israël » (2000) et « Nature morte avec les poseurs de bombes : Israël à l’ère du terrorisme » (2004).

Le chef d'État-major Aviv Kohavi, à gauche, et le président Isaac Herzog, à droite, pendant la minute de silence lors de la cérémonie d'État organisée pour Yom HaZikaron, en hommage aux soldats tués au combat, au mur Occidental de Jérusalem, le 3 mai 2022. (Capture d'écran/Vidéo)
Le chef d'État-major Aviv Kohavi, à gauche, et le président Isaac Herzog, à droite, pendant la minute de silence lors de la cérémonie d'État organisée pour Yom HaZikaron, en hommage aux soldats tués au combat, au mur Occidental de Jérusalem, le 3 mai 2022. (Capture d'écran/Vidéo)

Dans un discours finalement impératif, mais aussi vital et plaintif qui a été prononcé, mardi soir, devant le mur Occidental pour le lancement des cérémonies annuelles d’hommage aux soldats tombés au combat et aux victimes du terrorisme, le président Isaac Herzog a rappelé à la nation qui l’observait, recueillie, que « nos fils et nos filles » qui ont perdu la vie pour défendre notre nation renaissante et glorieuse « ont combattu ensemble et ils sont tombés ensemble ».

« Ils n’avaient pas demandé, et personne ne leur avait demandé, qui parmi eux était de gauche ou de droite ; qui était religieux, qui était laïc ; qui était Juif et qui ne l’était pas », a-t-il dit. « Ils sont tombés au front en tant qu’Israéliens qui défendaient Israël. Dans les cimetières, les querelles se taisent… »

Ce plaidoyer étonnamment articulé de Herzog en faveur de l’unité nationale n’aurait pourtant pas dû être nécessaire.

Comme cela a toujours été le cas dans les 74 années qui se sont écoulées depuis la renaissance d’Israël, notre existence en tant que nation doit faire face à de graves défis, à des défis uniques.

Cette nation qui, contre toute attente, a survécu à la guerre de l’Indépendance doit aujourd’hui, en 2022, affronter l’Iran, à l’est, qui promet implacablement que notre disparition est proche alors même que la république islamique arme des milices terroristes à nos frontières et qu’elle se rapproche de la fabrication convoitée d’une bombe nucléaire.

La Russie, l’une des nations les plus puissantes de la Terre, qui était jusqu’à présent très largement une alliée pour nous, s’affaire aujourd’hui à falsifier notre histoire. Elle accuse de manière hideuse les Juifs d’avoir été responsables de la Shoah, ce génocide dans lequel des millions d’entre nous ont été assassinés – un sacrifice pervers de la réalité fait avec la plus grande désinvolture sur l’autel de l’agression de Moscou en Ukraine.

Moshe Dayan au mont du Temple, le 7 juin 1967 (Crédit : Ilan Bruner / GPO)

Le Hamas, de son côté, se fabrique l’image de protecteur de notre capitale historique. Le groupe terroriste islamiste qui dirige la bande de Gaza, au sud, a juré d’attaquer Israël et de profaner des synagogues dans le monde entier si nous osons défendre le lieu le plus saint du Judaïsme, le mont du Temple où – en témoignage de respect à l’égard des sensibilités du monde musulman, une initiative de grande envergure et qui reste toutefois controversée – nous avons choisi de ne pas imposer pleinement notre souveraineté lorsque nous avons capturé le lieu saint aux occupants jordaniens, il y a 55 ans.

Et en fin de compte, comme cela a toujours été le cas, Israël ne doit compter que sur sa force, sa sagesse et – plus important que tout le reste – la résilience et l’unité de la population

Un grand nombre de nos alliances, à l’étranger, sont robustes mais comme le souligne le cas de l’Ukraine, les partenariats et les garanties ont aussi des limites. L’opinion publique mondiale est loin de soutenir à une écrasante majorité Israël face aux difficultés, et elle n’est pas informée de manière appropriée sur les défis que l’État juif est amené à relever. Et en fin de compte, comme cela a toujours été le cas, Israël ne doit compter que sur sa force, sa sagesse et – plus important que tout le reste – la résilience et l’unité de la population pour se tenir debout, car plus dure serait la chute.

C’est là l’origine du plaidoyer présidentiel au mur Occidental.

Le président Isaac Herzog prend la parole lors de la cérémonie d’État organisée pour Yom HaZikaron, en hommage aux soldats tués au combat, au mur Occidental de Jérusalem, le 3 mai 2022. (Capture d’écran/YouTube)

Herzog s’est exprimé devant une nation affaiblie et désorientée par des années de divisions politiques amères – des politiques égoïstes, personnelles. L’alimentation cynique des haines, sur le territoire, menace chaque jour d’obscurcir davantage combien peu de choses nous séparent en réalité et elle risque de masquer les intérêts énormes, considérables que nous, les Israéliens, et tous les Juifs du monde, avons en commun. Et principalement, bien sûr, l’intérêt que représentent la survie et la prospérité de notre seul État juif et démocratique, de notre unique refuge, de notre patrie.

Le chef de l’État a pris la parole quelques jours après que des menaces de mort et des balles ont été envoyées à notre Premier ministre et après que la police s’est trouvée dans l’obligation de réaffecter des ressources considérables qui étaient investies dans la lutte contre le terrorisme pour empêcher un législateur extrémiste pyromane de prendre la tête d’une marche dans le quartier musulman de la Vieille Ville de Jérusalem, un défilé qui ne cachait pas sa volonté d’alimenter encore davantage les flammes du conflit avec les Palestiniens.

Herzog a aussi parlé – et ce n’est pas un hasard – à un Israël aux prises avec des divisions économiques qui ne cessent de l’approfondir : avec cet élargissement du fossé entre les nantis et les démunis, entre les professionnels du hi-tech et les enseignants, entre ceux qui ont un toit sous lequel se réfugier et les sans-abris. Cette capacité à répondre aux besoins d’une famille, dans le cadre d’un foyer pour la protéger, fait aussi partie, et de façon essentielle, de la résilience d’une nation.

Herzog a pris la parole lors d’un moment de recueillement national le plus poignant du calendrier – à l’occasion de l’événement annuel où son appel à l’unité avait le plus de chance de résonner, lors de la cérémonie où les Israéliens sont en mesure, l’espace d’un instant, de mettre de côté leurs différences et de s’unir en mémoire des disparus, en hommage à ceux qui ont donné leur vie pour défendre le pays, à ceux qui ont donné leur vie pour garantir que nous pourrions, nous, continuer à y vivre.

Mais même ce jaillissement de douleur et cet élan d’honneur ont été souillés cette année, avec les appels lancés aux ministres par certaines familles en deuil – des ministres issus d’un gouvernement qu’on les a incités à mépriser – les sommant de ne pas entrer dans les cimetières où les Israéliens, recueillis, se sont réunis pour pleurer et rendre hommage aux morts. Une sommation qui est restée relativement marginale mais qui a souligné l’urgence du plaidoyer présidentiel. De la même façon, un petit nombre d’Israéliens proches des défunts ont longuement hué le Premier ministre Naftali Bennett, l’accusant de traîtrise, le qualifiant d’escroc, lors de la cérémonie organisée à l’occasion de Yom HaZikaron sur le mont Herzl en hommage aux victimes du terrorisme.

« … Entre les stèles, il n’y a pas un bruit », a continué Herzog dans son discours extraordinaire. « C’est un silence qui exige que nous réalisions, ensemble, leur seule dernière volonté : la renaissance d’Israël. La construction d’Israël. Unis, solides, responsables les uns des autres. Parce que nous sommes tous des sœurs et des frères. »

En ce Yom HaZikaron et selon les chiffres officiels, « 28 284 hommes, femmes et enfants ont été tués dans des attentats terroristes ou en défendant la Terre d’Israël depuis 1860, année où les premiers Juifs ont quitté la sécurité des murs de Jérusalem pour construire de nouveaux quartiers. »

Un État d’Israël divisé, en guerre avec lui-même, est une trahison de tous. Un État d’Israël divisé est aussi l’arme la plus puissante figurant dans l’arsenal de tous ceux qui cherchent à détruire le prodige que représente la renaissance de ce pays.

Cela fait très longtemps que nous aurions dû tirer les leçons des conséquences des haines intestines. L’appel lancé par Herzog n’aurait pas dû être nécessaire. Mais il l’est. Et alors que l’État d’Israël entre, ce soir, dans la 75e année de son existence, notre avenir dépendra de notre aptitude à répondre à son appel.

Comme l’a dit le président : « C’est notre devoir à l’égard des soldats tués au combat, c’est notre devoir envers vous et c’est notre devoir à l’égard des futures générations : faire vivre un État juif et démocratique à la fois fort et prospère, un État construit sur une éblouissante mosaïque de communautés qui constituent, toutes ensemble et en solidarité une nation fière et soudée ».

Amen.

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