Retour de la mission paraguayenne à Tel Aviv : l’AP en ouvre une à Asunción
Rechercher

Retour de la mission paraguayenne à Tel Aviv : l’AP en ouvre une à Asunción

Abbas a félicité la décision d’Asunción, qui demande à Israël de "ne pas prendre ombrage et assure être "amis et alliés historiques"

Le ministre des Affaires étrangères de l'Autorité palestinienne, Riyad al-Maliki, s'exprime lors d'une conférence de presse à Ramallah, en Cisjordanie, le 11 août 2015. (Crédit : Flash90)
Le ministre des Affaires étrangères de l'Autorité palestinienne, Riyad al-Maliki, s'exprime lors d'une conférence de presse à Ramallah, en Cisjordanie, le 11 août 2015. (Crédit : Flash90)

Les Palestiniens vont ouvrir « immédiatement » une ambassade au Paraguay, a annoncé le ministre des Affaires étrangères de l’Autorité palestinienne (AP) Riyad al-Maliki mercredi, alors que Ramallah célébrait la décision de ramener l’ambassade paraguayenne de Jérusalem à Tel Aviv.

Maliki a indiqué que l’annonce surprise d’Asuncion mercredi était le fruit de pressions qu’il a exercées pour revenir sur le transfert de la mission à Jérusalem.

Le président de l’AP Mahmoud Abbas a qualifié cette démarche de « courageuse ».

« La démarche courageuse du gouvernement paraguayen est un exemple pour tous les pays qui sont confrontés à la voracité israélienne et aux tentatives américaines d’imposer au monde sa décision de transférer l’ambassade à Jérusalem dans le cadre de ce qu’ils appellent ‘l’accord du siècle' », a-t-il dit.

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a immédiatement réagi en dénonçant une « décision décevante », « de la plus grande gravité », « qui nuit aux relations bilatérales entre les deux pays » et « a demandé au ministère des Affaires étrangères de fermer l’ambassade d’Israël au Paraguay ».

Le ministre paraguayen des Affaires étrangères, Luis Castiglioni annonce que l’ambassade de Jérusalem reviendra à Tel Aviv, le 5 septembre 2018. (Crédit : AFP / NORBERTO DUARTE)

Mais Maliki a assuré que les Palestiniens la remplaceraient par leur propre ambassade, visant à resserrer les liens entre Ramallah et Asuncion, qui a déjà reconnu un État palestinien, selon l’agence de presse officielle Wafa,

Abbas a ajouté que la décision du Paraguay « était le résultat de sages et vigoureux efforts diplomatiques palestiniens pour expliquer le danger d’un transfert des ambassades à Jérusalem »

Selon Wafa, Maliki aurait menacé Asuncion de les poursuivre à la Cour internationale de Justice, tout comme il compte le faire avec les Etats-Unis et le Guatemala, qui ont également déplacé leurs ambassades à Jérusalem.

Saeb Erekat, haut-responsable palestinien, a salué cette décision et appelé le Guatemala à emboîter le pas au Paraguay.

« Nous exhortons le gouvernement guatémaltèque à se tenir du bon côté de l’Histoire et à sortir son ambassade de Jérusalem », a déclaré Erekat dans un communiqué.

« Il est également temps pour l’administration Trump de réaliser qu’aucun pays pacifiste ne suivra sa décision de reconnaissance de Jérusalem comme capitale d’Israël. Seul le respect du droit international et des résolutions de l’ONU permettront de parvenir à une paix juste et durable », a-t-il ajouté.

Le chef de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas s’exprime lors d’une réunion avec le comité central palestinien dans la ville de Ramallah, en Cisjordanie, le 15 août 2018. (Crédit : AFP/Abbas Momani)

« Nous sommes reconnaissants envers le Paraguay et les dirigeants paraguayens, pour leur sage décision consistant à retirer leur ambassade de la ville occupée de Jérusalem. [Cette décision] témoigne du respect des droits du peuple palestinien », a déclaré Rami Hamdallah, Premier ministre de l’Autorité palestinienne.

La décision du Paraguay porte un coup à la campagne que mène le Premier ministre Benjamin Netanyahu visant à faire reconnaître Jérusalem comme capitale d’Israël par la communauté internationale.

Dans un document du ministère des Affaires étrangères qu’a pu consulter le quotidien Haaretz, le transfert de la mission paraguayenne à Jérusalem apparaissait comme une réussite sur laquelle les services étrangers israéliens pourraient s’appuyer.

En réaction à ce revirement, Israël a annoncé la fermeture de son ambassade au Paraguay et a rappelé son ambassadeur Zeev Harel, affirmant qu’Asuncion  avait porté préjudice aux relations entre les deux pays.

Le président du Paraguay Horacio Cartes (à gauche) et le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu inaugurent la nouvelle ambassade du Paraguay à Jérusalem, le 21 mai 2018 (Amos Ben Gershom / GPO)

« Nos frères et amis d’Israël ne devraient pas prendre ombrage. Il y a plus de 85 pays qui conservent leur ambassade à Tel-Aviv, et nous, nous sommes amis et alliés historiques d’Israël », a déclaré le ministre paraguayen des Affaires étrangères, Luis Castiglioni.

« Il ne faut pas oublier que le vote du Paraguay a été décisif pour la création de l’État d’Israël », a-t-il souligné.

Le drapeau paraguayen et un message de remerciements projetés sur les murailles de Jérusalem, le 21 mai 2018 (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Le ministre a rappelé que son pays respectait des résolutions des Nations unies. « A ce titre, nous devons respecter ces dispositions, disant clairement qu’il est nécessaire de revenir aux frontières antérieures à la guerre de 1967 ».

Le déménagement de Jérusalem à Tel-Aviv devrait intervenir « de manière immédiate », a précisé le ministre.

Comme la plupart des pays d’Amérique latine, le Paraguay est l’un des 33 pays qui avaient voté en faveur du plan de partition aux Nations unies, en 1947, à l’époque de la Palestine mandataire.

Après l’ouverture de l’ambassade à Jérusalem en mai, Mario Abdo Benitez a succédé à Horacio Cartès à la tête du pays. Les deux hommes, pourtant du même parti Colorado, avaient des avis divergents sur la question.

Castiglioni a déclaré que le Paraguay avait toujours été « prévisible dans ses relations internationales » mais que la décision de Cartes avait été « une déviation de sa tradition et de la culture du respect du droit international » et des décrets de l’ONU.

L’ambassade à Asunción avait rouvert il y a deux ans, après une fermeture pour des raisons budgétaires en 2002.

Le maire de Jérusalem Nir Barkat (à droite) félicite le nouveau président paraguayen Mario Abdo Benitez lors de sa prestation de serment, le 16 août 2018. (Crédit : mairie de Jérusalem)

Cette nouvelle décision du gouvernement fait suite à la reconnaissance d’une État palestinien par la Colombie, à la surprise d’Israël. (Le Paraguay avait officiellement reconnu un État palestinien en 2011.)

Après la fermeture de la mission paraguayenne à Jérusalem, seuls deux pays auront une ambassade dans la capitale : les Etats-Unis et le Guatemala.

Jusqu’en 2012, l’ambassade du Paraguay était située dans la périphérie de Jérusalem, à Mevasseret Zion et a été fermée après qu’Israël a fermé sa propre mission à Asunción. Le ministère des Affaires étrangères israélien avait évoqué des « considérations budgétaires ».

En juillet 2013, Cartes, alors président-élu, avait annoncé que le pays rouvrirait une ambassade en Israël, mais cette fois à Tel Aviv. Trois ans plus tard, Israël a rouvert la sienne à Asunción.

Après les Etats-Unis et le Guatemala, l’ex-président du Paraguay Horacio Cartes avait inauguré le 21 mai à Jérusalem la nouvelle ambassade de son pays en Israël, une démarche de rupture diplomatique qui avait indigné les Palestiniens.

Le Paraguay était devenu le troisième pays à rompre avec le consensus international qui voulait que les ambassades soient installées en dehors de Jérusalem, compte-tenu du statut disputé de la ville et de la persistance du conflit israélo-palestinien.

Les Etats-Unis avaient transféré le 14 mai leur ambassade de Tel-Aviv à Jérusalem, concrétisant l’une des promesses internationales les plus controversées du président Donald Trump.

L’AFP a contribué à cet article.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...