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Robert Badinter, une figure inspirante pour des générations d’avocats

"Il était le meilleur d'entre nous. Nous lui devons notre serment d'indépendance", lui a rendu hommage le Conseil national des barreaux

Robert Badinter à l'Hôtel Matignon, à Paris, en janvier 2016. (Crédit : AP/Jacques Brinon)
Robert Badinter à l'Hôtel Matignon, à Paris, en janvier 2016. (Crédit : AP/Jacques Brinon)

« Avant tout avocat », il acceptait avec « courage » de défendre des causes « difficiles » : entré dans l’Histoire comme le ministre qui abolit la peine capitale, Robert Badinter, décédé vendredi à 95 ans, aura aussi été une grande figure des prétoires qui a inspiré des générations d’avocats.

« Il était le meilleur d’entre nous. Nous lui devons notre serment d’indépendance », lui a rendu hommage sur X le Conseil national des barreaux (CNB).

« Homme aux mille vies, Robert Badinter était avant tout un avocat, un homme de conviction profondément attaché au droit », a souligné Me Julie Couturier, la présidente du CNB.

Pour plusieurs professionnels interrogés par l’AFP, celui qui s’opposa avec brio à la peine de mort devant les cours d’assises des années 1970 est resté une source d’inspiration pour de nombreux professionnels, y compris les plus jeunes.

« C’est frappant de voir à quel point il est cité en permanence par des avocats de tous âges », assure à l’AFP Me Jean-Baptiste Riolacci, 30 ans, du barreau de Paris.

Ses combats « sont des exemples de ceux qu’on peut porter aujourd’hui, notamment contre l’abus de la détention provisoire ou la perpétuité », analyse-t-il.

Pour Randall Schwerdorffer, pénaliste à Besançon, Robert Badinter a incarné une « très belle leçon de courage pour toutes les générations d’avocats ».

« Plaideur-né »

Plus que demander aux députés d’abolir la peine de mort en 1981, « le combat difficile c’était de plaider contre la peine de mort en 1977 » alors que l’opinion publique, dans un « climat de haine », réclamait la guillotine pour son client Patrick Henry, finalement condamné à la perpétuité pour le meurtre d’un enfant, souligne Me Schwerdorffer.

« C’était un vrai avocat, car il savait défendre celui qui est ostracisé, affronter la haine des autres », ajoute le pénaliste. Peu de défenseurs « prennent des dossiers aussi difficiles à porter, car on n’empêchera jamais les gens de dire ‘c’est l’avocat d’un salaud’ et ‘l’avocat lui-même est un salaud' ».

Pendant ce procès, Robert Badinter fut « conspué par la France entière », mais il sauva la tête de son client en « ayant l’intelligence de ne pas plaider pour Patrick Henry, mais contre la peine de mort », rappelle l’avocat franc-comtois.

Me Olivia Ronen, qui eut la lourde tâche de défendre le jihadiste Salah Abdeslam lors du procès historique des attentats du 13 novembre 2015, évoque une « figure inspirante, parmi d’autres modèles ».

Comme elle, Robert Badinter dut faire face à « une opinion publique très hermétique à tout discours de raison ». « J’ai beaucoup lu pour préparer ma plaidoirie, et ses livres L’exécution et L’abolition en ont fait partie. Ça m’a nourrie », confie-t-elle.

Robert Badinter était « un plaideur-né », assure Me Marie Dosé : « Il plaidait tout le temps, partout, toujours. Il avait en lui une rage, une colère, une force de conviction (…) qui terrassaient quiconque l’entendait. »

« Part d’humanité »

Pour Me Patrick Baudouin, président de la Ligue des droits de l’homme (LDH), c’est grâce à la profondeur de ses convictions que Robert Badinter savait convaincre : « Quand il plaidait, on ressentait que c’était très profond et très sincère, et pas seulement un exercice de style. »

Robert Badinter a « mis en lumière la nécessaire part d’humanité » de l’avocat, souligne quant à elle Me Rachel-Flore Pardo.

Sur son compte X, la jeune avocate a mis en exergue vendredi un passage de L’exécution où Robert Badinter et son confrère Philippe Lemaire tentent de « donner de la force » à leur client Roger Bontemps au moment où celui-ci doit monter sur l’échafaud.

« En lisant ces lignes, je me suis dit que je voulais faire ce métier. Car l’avocat essaye d’être un bouclier contre le drame qui s’abat sur son client, pour l’aider à tenir debout. »

Cette exigence d’humanité, Robert Badinter la conserva en tant que garde des sceaux, souligne l’avocat et diplomate François Zimeray.

Lorsque la France obtint en 1983 l’extradition du criminel de guerre nazi Klaus Barbie, « qui fit déporter son père et tant d’autres », le ministre « savait qu’aucun procès ne ferait revenir son père, que rien ne réparerait l’injustice », souligne M. Zimeray.

Mais il savait aussi que Barbie devait être jugé lors d’un « procès équitable », parce que « la justice n’est pas la vengeance » et « qu’il n’y a pas de plus haute exigence ».

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