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Rohingyas : un juge américain ordonne à Facebook de fournir des données

Zia Faruqui a critiqué le géant américain des réseaux sociaux pour son refus de fournir des documents aux pays qui veulent poursuivre la Birmanie devant la justice internationale

Sur cette photo d'archives du 23 octobre 2019, le PDG de Facebook, Mark Zuckerberg, témoigne devant une audience de la commission des services financiers de la Chambre des représentants, au Capitole, à Washington. (Crédit : AP Photo/Andrew Harnik)
Sur cette photo d'archives du 23 octobre 2019, le PDG de Facebook, Mark Zuckerberg, témoigne devant une audience de la commission des services financiers de la Chambre des représentants, au Capitole, à Washington. (Crédit : AP Photo/Andrew Harnik)

Un juge américain a ordonné à Facebook de publier les archives de comptes liés aux exactions de l’armée birmane et de milices bouddhistes contre les Rohingyas en Birmanie, que le groupe avait fermés, a rapporté le quotidien The Wall Street Journal.

Dans sa décision mercredi, le juge Zia Faruqui d’un tribunal de Washington a critiqué le géant américain des réseaux sociaux pour son refus de fournir ces documents aux pays qui veulent poursuivre la Birmanie devant la justice internationale, précise le journal.

Facebook a refusé de publier ces informations en invoquant la loi américaine sur la protection de la vie privée. Mais le juge a estimé que les messages effacés, provenant de responsables birmans, n’étaient pas concernés par la protection des communications personnelles des usagers.

« Verrouiller le contenu demandé serait se priver de l’occasion de comprendre comment la désinformation a lancé le génocide », écrit-il dans sa décision citée par le quotidien, ajoutant que voir Facebook « se draper dans le manteau du droit à la vie privée est empli d’ironie ».

La plateforme s’est vu reprocher son manque de réactivité contre des appels à la violence, liés aux massacres de Rohingyas en Birmanie en 2017. Qualifiés de « génocide » par des enquêteurs de l’ONU, ils ont provoqué l’exode au Bangladesh de quelque 740 000 Rohingyas, une minorité musulmane persécutée de longue date en Birmanie.

Le nombre exact de Rohingyas tués au cours de ces violences n’est pas connu, mais des ONG estiment qu’il s’élève à plusieurs milliers.

Des réfugiés rohingyas en pleurs durant une manifestation qui commémore le premier anniversaire de la répression militaire qui a conduit à un exode massif de la population rohingyas de Myanmar vers le Bangladesh, au camp de réfugiés Kutupalong à Ukhia, le 25 août 2018. (Crédit : AFP/Dibyangshu Sarkar)

Facebook a réagi jeudi en déclarant examiner la décision du juge, soulignant avoir volontairement communiqué des documents au Mécanisme d’enquête indépendant sur la Birmanie (IIMM) créé en 2018 par le Conseil des droits de l’homme de l’ONU.

« Nous examinons la décision. Nous demeurons atterrés par les atrocités commises contre les Rohingyas en Birmanie et soutenons la justice pour les crimes internationaux », a déclaré la plateforme dans un communiqué. « Nous nous sommes engagés à fournir les informations appropriées, et depuis l’année dernière, nous avons procédé à des communications volontaires et légales à l’IIMM, et nous continuerons à le faire au fur et à mesure de l’avancée de la procédure contre la Birmanie ».

La Cour pénale internationale (CPI, basée à La Haye et qui poursuit des individus) a annoncé en septembre 2018 l’ouverture d’un examen préliminaire concernant la déportation présumée des Rohingyas par la Birmanie vers le Bangladesh, première étape d’un processus pouvant aboutir à une enquête formelle du tribunal et, éventuellement, à des accusations.

En août 2018, la Mission d’établissement des faits (MEF) de l’ONU sur la Birmanie, créée par le Conseil des droits de l’Homme en mars 2017, avait appelé le Conseil de sécurité à saisir la CPI ou à créer un tribunal international ad hoc.

Les enquêteurs de l’ONU avaient alors réclamé de poursuivre plusieurs responsables militaires birmans pour « génocide », « crimes contre l’humanité » et « crimes de guerre » contre les Rohingyas.

Facebook, qui avait été critiqué par les enquêteurs de l’ONU pour avoir permis que des discours haineux se propagent, avait banni le jour-même les principaux dirigeants militaires birmans de la plateforme.

Pour sa part, la Cour internationale de justice (CIJ, basée à La Haye), a été saisie d’une plainte par la Gambie, soutenue par les 57 Etats membres de l’Organisation de la coopération islamique ainsi que par d’autres pays.

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