Ron Dermer se serait exprimé sur la venue des élues sans consulter Netanyahu
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Ron Dermer se serait exprimé sur la venue des élues sans consulter Netanyahu

Le chef de la diplomatie israélienne assure que l'ambassadeur en poste à Washington n'a fait que donner "son opinion" lorsqu'il a annoncé qu'Israël autoriserait leur venue

Ron Dermer, ambassadeur d'Israël aux États-Unis, prend la parole lors d'un événement à Detroit, le 4 juin 2018. (AP Photo/Paul Sancya/File)
Ron Dermer, ambassadeur d'Israël aux États-Unis, prend la parole lors d'un événement à Detroit, le 4 juin 2018. (AP Photo/Paul Sancya/File)

Le ministre israélien des Affaires étrangères a indiqué samedi que l’ambassadeur israélien aux États-Unis, Ron Dermer, avait agi sans le consulter lui ou le Premier ministre Benjamin Netanyahu lorsqu’il a annoncé le mois dernier que les deux élues du Congrès Rashida Tlaib et Ilhan Omar seraient autorisées à se rendre en Israël.

« Cela n’a pas été fait avec la bénédiction du Premier ministre, ce n’était pas une décision du gouvernement israélien… Ce n’était pas avec ma bénédiction. Il a donné son opinion », a assuré Yisrael Katz dans une émission de la Douzième chaîne.

Il a expliqué que la visite approchant, Netanyahu a rencontré les ministres de son cabinet mardi et mercredi pour discuter du sujet et décidé d’interdire aux députées d’entrer dans le pays. « Il n’y a eu aucun dilemme », a-t-il affirmé.

Katz a démenti les informations selon lesquelles le président américain Donald Trump avait fait pression sur Israël en ce sens, indiquant que la décision avait été prise avant le tweet de Trump appelant au bannissement des deux élues jeudi.

« La décision était une décision israélienne », a ainsi clamé le ministre. « Je ne pense pas qu’un pays qui se respecte autoriserait des membres du Congrès qui agissent si durement contre l’État d’Israël ».

Les journalistes de la Douzième chaîne lui ont répondu que Ron Dermer était proche de Benjamin Netanyahu et qu’il était peu probable qu’il ait agi sur une question aussi sensible sans connaître l’avis du Premier ministre.

Israel Katz participe à une réunion de cabinet au Bureau du premier ministre à Jérusalem le 17 février 2019. (Sebastian Scheiner/Pool/AFP)

Le diplomate avait annoncé le 19 juillet qu’Israël autoriserait les deux élues du Congrès à venir.

« Par respect pour le Congrès américain et pour la grande alliance entre Israël et l’Amérique, nous n’allons interdire à aucun membre du Congrès d’entrer en Israël », avait-il déclaré au Times of Israël dans un communiqué.

Mais Israël a fait savoir jeudi qu’il avait décidé de ne pas laisser entrer sur son sol Tlaib et Omar, les deux premières musulmanes élues au Congrès.

Netanyahu, justifiant la décision sans précédent, a jugé qu’il était évident qu’elles se serviraient de leur visite dans le pays pour nuire à Israël. « Il y a plusieurs jours, nous avons reçu l’itinéraire de voyage [d’Omar et Tlaib], » a-t-il indiqué dans un communiqué, « lequel rendait clair qu’elle avait prévu leur visite dans le seul but de défendre les boycotts et nier la légitimité d’Israël. Elles ont, par exemple, appelé leur destination ‘Palestine’ et pas ‘Israël’, et contrairement à tous les membres républicains et démocrates du Congrès avant eux, elles n’ont pas souhaité rencontrer d’officiels israéliens, que ce soit du gouvernement ou de l’opposition ».

D’après des médias en hébreu, Netanyahu aurait fait l’objet de fortes pressions de la part de Donald Trump pour empêcher les deux députées de venir en Israël. L’annonce de la décision les concernant était survenue peu après un tweet du président américain appelant l’État juif à ne pas faire preuve de faiblesse en les autorisant à venir.

Rashida Tlaib avait ensuite écrit une lettre pour demander à pouvoir s’y rendre, invoquant sa grand-mère âgée, et promis de ne pas faire la promotion du boycott d’Israël lors de sa visite. Le ministre de l’Intérieur Aryeh Deri lui avait donné son aval, mais Tlaib a finalement indiqué qu’elle avait décidé de ne pas y aller dans « des conditions humiliantes ».

L’interdiction israélienne a été critiquée par des députés du centre, de la gauche et arabo-israéliens, ainsi que par de nombreux cadres démocrates américains.

Un article paru sur le site de la société de presse McClatchy vendredi indiquait que les élus démocrates de la Chambre des représentants avaient débattu d’une éventuelle réprimande à l’égard de Ron Dermer et de l’envoyé américain en Israël, David Friedman, en réaction. Une dizaine de démocrates auraient ainsi entamé des discussions sur la façon dont ils pourraient exprimer leur « profond manque de confiance » en eux, d’après l’article.

La représentante Ilhan Omar durant un meeting de la communauté Sabathani à Minneapolis, Minnesota, le 18 juillet 2019. (Crédit : Kerem Yucel / AFP)

D’après des informations parues récemment sur le site d’information Walla, Netanyahu aurait fait savoir qu’il considérait Ron Dermer comme un successeur possible à la tête du pays après son retrait de la vie politique, ainsi que le chef de l’agence de renseignement du Mossad, Yossi Cohen.

Yisrael Katz a indiqué samedi qu’il pensait qu’il serait Premier ministre après Netanyahu, se disant « heureux d’apprendre de lui et de travailler avec lui ».

D’après Walla, Ron Dermer, âgé de 48 ans, n’aurait pas l’intention de poursuivre une carrière politique après la fin de son mandat d’ambassadeur. L’espion en chef Yossi Cohen, cependant, l’envisagerait bien, d’après le site, même si l’intéressé dément pour l’instant.

Proche confident de Netanyahu, Ron Dermer est un féroce opposant à l’accord sur le nucléaire iranien signé en 2015. C’est lui qui a orchestré en coulisse la venue de Benjamin Netanyahu au Congrès américain pour dénoncer le pacte, rendant l’administration Obama furieuse.

Il avait été nommé à son poste en 2013, peu après le début du second mandat de Barack Obama. Il doit finir le sien après les élections israéliennes de septembre, mais Benjamin Netanyahu prévoit néanmoins de le reconduire à son poste un an de plus.

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