Saar vs. Netanyahu : Le tremblement de terre politique semble écarté
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Analyse

Saar vs. Netanyahu : Le tremblement de terre politique semble écarté

5 choses à voir alors que le candidat affronte le vétéran pour la direction du Likud de jeudi, le premier défi sérieux lancé au Premier ministre par son parti en 14 ans

Raoul Wootliff

Raoul Wootliff est le correspondant parlementaire du Times of Israël

Le Premier Ministre Benjamin Netanyahu, (à gauche), et le député du Likud Gideon Saar. (Flash90)
Le Premier Ministre Benjamin Netanyahu, (à gauche), et le député du Likud Gideon Saar. (Flash90)

L’un des (nombreux) arguments contre le fait qu’Israël procède à une troisième élection en moins d’un an était que les campagnes et, en fin de compte, les résultats seraient presque identiques aux deux tours précédents, ce qui ferait perdre encore plus de temps et d’argent, mais ne ferait probablement que prolonger l’impasse politique dans laquelle nous nous trouvons.

Cependant, si le Premier ministre Benjamin Netanyahu perd la primaire pour la direction du Likud de jeudi, dans laquelle il affronte le prétendant du Likud Gidon Saar dans son premier vrai défi de l’intérieur du parti en 14 ans, tout changera certainement.

Ce ne serait rien de moins qu’un tremblement de terre politique, qui signifierait la fin du mandat du Premier ministre le plus ancien d’Israël et qui bouleverserait complètement les élections de mars.

Si, par contre, Netanyahu gagne, comme on s’y attend fortement, il consolidera son contrôle sur le parti au pouvoir, éliminant ainsi un autre obstacle à la poursuite de son règne truffé d’embûches politiques et juridiques.

Quel que soit le résultat, la compétition est importante. Voici cinq façons par lesquelles Saar contre Netanyahu – ce qui s’est passé jusqu’à présent et ce qui pourrait se produire – peut affecter le parti au pouvoir, ainsi que l’arène politique au sens large :

1. Qu’est-ce qu’une victoire ?

Saar est considéré comme ayant peu de chances de battre Netanyahu, même s’il pose le plus grand défi au Premier ministre depuis des années au sein de son propre parti.

Aucune des deux parties n’a publié de sondages internes, mais des sources des deux camps disent qu’elles s’attendent à une victoire éclatante du Premier ministre. Le seul rapport de sondage interne, mentionné par la Douzième chaîne de télévision comme une note d’accompagnement sans source il y a deux semaines, dit que 75 % des quelque 15 000 membres du Likud soutiennent Netanyahu, contre seulement 25 % pour Saar.

Les alliés de Saar suggèrent maintenant que le fait d’obtenir 30 % des voix pourrait encore être considéré comme un succès. « Personne ne s’est encore approché de ce chiffre auparavant, et nous parlons du Premier ministre sortant », a déclaré une source proche de Saar au Times of Israel cette semaine, tempérant les attentes. (L’actuel ambassadeur d’Israël aux Etats-Unis, Danny Danon, a obtenu 19 % des voix contre 75 % pour Netanyahu lors de la dernière compétition, en 2014).

Gideon Saar, membre du Likud, lance sa campagne pour les prochaines primaires pour la présidence du Likud, avant les élections à la Knesset, à Or Yehuda, le 16 décembre 2019. (Tomer Neuberg/Flash90)

Certains au Likud ont suggéré que Saar n’est entré dans la compétition que pour construire son profil, sans jamais s’attendre à vraiment gagner. Remporter plus de 30 % des votes, même sans battre Netanyahu, pourrait bien le faire.

Pour le Premier ministre, le simple fait de gagner ne suffit peut-être pas ; il doit gagner gros. Une source du parti Likud a également noté qu’un score de 70-30 était un objectif possible.

Un résultat plus serré ne délivrerait pas nécessairement un message décisif à son parti du Likud, à savoir que la direction de Netanyahu ne peut être remise en question. Un signe de faiblesse au sein du Likud pourrait également avoir un effet d’entraînement sur l’ensemble de l’électorat, qui devrait voter dans un peu plus de deux mois.

2. Première hémorragie

La candidature de Saar a sans aucun doute provoqué une scission au sein du Likud, qui avait été considéré pendant des années comme entièrement, sans équivoque, uni derrière Netanyahu.

La candidature de Saar a reçu le soutien d’un certain nombre de maires influents du Likud, y compris de l’aile droite du parti, favorable aux implantations. Plusieurs groupes clés du Likud ont également promis de le soutenir.

Le ministre des Affaires sociales, Haim Katz, assiste à une réunion de la commission du travail et du bien-être à la Knesset, le 8 juin 2015. (Alster/FLASh90/File)

Au sein du parti parlementaire, cependant, seuls cinq députés ont publiquement soutenu Saar, la grande majorité d’entre eux soutenant Netanyahu. L’un de ces cinq, le député Haim Katz, est un ancien ministre qui contrôle le comité central du parti et qui a une influence sur les électeurs du Likud appartenant à Israel Aerospace Industries, ayant dirigé son puissant syndicat de travailleurs pendant plus de 20 ans.

Mercredi, le poids lourd du parti Gilad Erdan a finalement annoncé qu’il soutiendrait Netanyahu, alors que le président de la Knesset, Yuli Edelstein, et l’ancien chef du Shin Bet, Avi Dichter, restaient muets quant à leur soutien, au moment où nous écrivons ces lignes.

Même si Saar est battu par Netanyahu jeudi, la bulle de la direction incontestée de Netanyahu au sein du Likud a certainement éclaté. Elle ne marquera peut-être pas un retour à l’époque des féroces batailles personnelles et idéologiques entre les puissants camps rivaux au sein du parti. Et Netanyahu saluera toute victoire décisive comme une preuve que le Likud reste fermement avec lui – 14 ans après avoir battu Silvan Shalom pour reprendre la direction du parti après le départ d’Ariel Sharon pour former Kadima. Mais l’ère du soutien quasi unanime du Likud au Premier ministre est révolue.

3. Quel acte d’accusation ?

Netanyahu peut néanmoins se réconforter dans le ton et la nature des critiques spécifiques exprimées contre lui par Saar et ses alliés.

La course à la direction vient après que Netanyahu a échoué dans deux tentatives consécutives de former un gouvernement et a été accusé dans une série d’affaires de corruption, entachant sa réputation de « magicien » de la politique israélienne.

Pourtant, Saar a souligné à plusieurs reprises que Netanyahu a été un bon Premier ministre et qu’il devrait pouvoir continuer aussi longtemps que la loi le lui permet. Plutôt que d’attaquer le Premier ministre pour ses problèmes juridiques ou de soulever une question morale sur son leadership continu sous le coup d’une accusation, le challenger a plutôt avancé des arguments électoraux pour appuyer sa campagne : S’il dirige le Likud, affirme Saar, il réussira là où le Premier ministre a échoué – à former une coalition et à renforcer la force globale des partis de droite et des partis religieux.

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu s’exprime à l’occasion de l’ouverture de l’Agence brésilienne du Commerce et de la Promotion d’investissement à Jérusalem, le 15 décembre 2019. (Photo par Hadas Parush/Flash90)

S’adressant au Times of Israel plus tôt ce mois-ci, M. Saar a déclaré que la nécessité d’un nouveau chef du Likud, et même d’un nouveau Premier ministre, ne découle pas des mises en accusation, mais « parce que le pays est tout simplement coincé. Il est coincé depuis un an… Nous payons un lourd tribut économique, les citoyens d’Israël payent un lourd tribut ».

Il a proposé de faire nommer Netanyahu, président de l’État d’Israël pour mettre à profit ses talents de diplomate. Benny Gantz, le chef du parti centriste a aussitôt fustigé cette idée, la qualifiant de « faillite morale ».

Le plus loin qu’il soit allé dans le traitement du fait que Netanyahu a été accusé de corruption, par exemple, était de déclarer cette semaine, dans une interview à la radio publique Kan, que « certains électeurs disent que l’inculpation de Netanyahu affecte leur désir de voter pour le Likud ».

Pour Netanyahu, la candidature de Saar a peut-être mis en évidence le fait que le Premier ministre n’est pas infaillible, mais elle ne signifie pas encore qu’il y a une rébellion au sein de son propre parti sur le fait qu’il va être jugé au pénal.

4. Virage à droite

En plus de reprocher à Netanyahu de ne pas avoir réussi à former un gouvernement, Saar semble avoir essayé de le déborder sur la droite, en critiquant le Premier ministre pour ne pas avoir procédé à la démolition d’un village bédouin en Cisjordanie, approuvée par la Cour suprême, en demandant instamment l’augmentation des constructions dans les zones autour de Jérusalem et en décrivant la solution à deux États comme une « illusion ».

Le député Likud Gideon Saar visite la zone de Cisjordanie connue sous le nom de E1, près de l’implantation de Maale Adumim, le 10 décembre 2019. (Hadas Parush/ Flash90)

Faisant le tour des quartiers de Jérusalem situés de l’autre côté de la Ligne verte la semaine dernière, Saar a appelé à la fin du « gel des constructions » dans ces quartiers et dans la zone E1 près de Jérusalem, insinuant que les vœux de Netanyahu de construire étaient restés lettre morte.

« L’avenir de Jérusalem se décidera par des actes et non par des mots », a dit M. Saar dans une attaque évidente contre les promesses préélectorales de Netanyahu d’annexer la vallée du Jourdain et d’appliquer la souveraineté israélienne aux implantations de Judée-Samarie [Cisjordanie].

En réponse, Netanyahu a également fait un virage à droite, jurant d’autoriser de nouvelles constructions en Judée-Samarie et répétant ses promesses concernant la vallée du Jourdain.

5. Un nouveau Netanyahu ?

L’acrimonie entre Saar et Netanyahu a commencé bien avant que la primaire ne soit fixée il y a deux semaines. Netanyahu avait auparavant déclaré publiquement que Saar avait l’intention de lui « voler » le poste de Premier ministre, et avait activement fait campagne contre lui lors de la primaire pour la liste du parti menant à l’élection d’avril.

En conséquence, de nombreux supporters de Netanyahu au sein du Likud se sont retournés contre Saar. Au début du mois, il a été hué lors d’un rassemblement de la Commission électorale centrale du Likud, et des chahuteurs ont interrompu son discours en scandant « Bibi, Bibi » – le surnom du Premier ministre.

Sa candidature a également été critiquée par les alliés de Netanyahu, qui l’ont jugée déloyale et déstabilisante pour le parti à un moment où l’unité est nécessaire après deux élections peu concluantes et l’annonce des accusations portées contre le Premier ministre.

Mais malgré les affirmations de Saar concernant les intimidations des partisans de Netanyahu et même les allégations d’irrégularités, le Premier ministre a publiquement adopté un ton différent dans cette élection interne au parti que celui qu’il a adopté contre ses rivaux de Kakhol lavan lors des élections générales d’avril et de septembre.

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu participe à un rassemblement de soutien à Jérusalem, le 22 décembre 2019. (Yonatan Sindel/Flash90)

Netanyahu s’est pleinement engagé dans la campagne des primaires, participant, de façon remarquable, à pas moins de six réunions publiques par jour, où il a présenté un message optimiste qui met en valeur son bilan en tant que Premier ministre. Tout cela, plutôt que de réaliser des vidéos sur Facebook Lives depuis sa résidence de la rue Balfour en train de dénigrer Saar – comme il avait l’habitude de le faire lors de son combat contre le leader de Kakhol lavan, Benny Gantz.

La compétition contre Saar et la reconnaissance qu’il a reçue des partisans du Likud sur son chemin pourraient-elles indiquer à Netanyahu les retombées d’une campagne positive en mars, plutôt que le flux constant de campagnes négatives observé lors des deux dernières élections nationales, qui ont abouti à une impasse ?

L’avenir nous le dira peut-être.

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