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Sally Rooney à son tour boycottée par les principales librairies israéliennes

Steimatzky et Tzomet Sefarim retirent les livres de Rooney de leurs rayons et de leurs sites web après qu'elle a refusé que son dernier roman soit traduit par un éditeur israélien

Sally Rooney parle sur scène pendant le panel Hulu au Winter TCA 2020 à The Langham Huntington, Pasadena le 17 janvier 2020 à Pasadena, Californie. (Crédit : photo par Erik Voake/Getty Images for Hulu via JTA)
Sally Rooney parle sur scène pendant le panel Hulu au Winter TCA 2020 à The Langham Huntington, Pasadena le 17 janvier 2020 à Pasadena, Californie. (Crédit : photo par Erik Voake/Getty Images for Hulu via JTA)

Deux grandes chaînes de librairies en Israël ont déclaré jeudi qu’elles ne vendraient plus de livres de Sally Rooney après que l’auteur irlandaise a annoncé le mois dernier qu’elle ne permettrait pas que son dernier ouvrage soit traduit en hébreu par un éditeur israélien.

Les librairies Steimatzky et Tzomet Sefarim, qui comptent ensemble plus de 200 magasins à travers le pays, ont confirmé séparément qu’elles retireraient ses livres de leurs rayons suite à ses commentaires. Elles ont également déclaré que ses livres seraient retirés de leurs sites web et de leurs magasins d’ici la fin de la journée de jeudi dernier.

Le mois dernier, l’auteur à succès a déclaré qu’elle avait décidé de ne pas publier son dernier roman, Beautiful World, Where Are You?, dans une maison d’édition israélienne parce qu’elle soutenais le boycott d’Israël, mais elle a ajouté qu’une maison non israélienne pourrait toujours publier le livre en hébreu.

Mme Rooney a déclaré qu’elle attendait de publier son livre en hébreu jusqu’à ce qu’elle en trouve une structure qui prendrait ses distances avec ce qu’elle a appelé « l’apartheid contre les Palestiniens ».

Dans une déclaration publiée par l’intermédiaire de son représentant littéraire, la Wylie Agency, la romancière irlandaise a déclaré qu’elle espérait trouver un traducteur en hébreu pour Beautiful World, Where Are You?, publié le mois dernier.

« Ce serait un honneur pour moi que mon dernier roman soit traduit en hébreu et disponible pour les lecteurs de langue hébraïque », indique le communiqué. « Mais pour le moment, j’ai choisi de ne pas vendre ces droits de traduction à une maison d’édition basée en Israël. »

Des touristes israéliens devant un stand BDS avec des photos et des drapeaux palestiniens, appelant à « libérer la Palestine », sur la place Dam au centre d’Amsterdam, aux Pays-Bas, le 24 juin 2016. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

Cependant, les critiques ont noté que les chances de trouver une maison d’édition hébraïque en dehors d’Israël, le seul pays hébraïsant au monde, étaient très improbables.

Ses précédents romans, les best-sellers Les gens normaux et Conversations avec des amis, ont été publiés en hébreu par la maison d’édition Modan.

Modan, qui a dit avoir été informé que l’auteur ne voulait pas publier son dernier livre en Israël, a déclaré que les précédents ouvrages de Rooney s’étaient « très bien » vendus en Israël. Elle a refusé de fournir des chiffres et a expliqué que les deux ouvrages continueraient à être vendus dans le pays, malgré le boycott par les librairies Steimatzky et Tzomet Sefarim.

« Je comprends que tout le monde ne sera pas d’accord avec ma décision, mais je ne pense tout simplement pas qu’il serait juste pour moi, dans les circonstances actuelles, d’accepter un nouveau contrat avec une société israélienne qui ne prend pas publiquement ses distances avec l’apartheid et ne soutient pas les droits du peuple palestinien stipulés par l’ONU », a déclaré Rooney, 30 ans, l’une des jeunes écrivains les plus populaires et les plus acclamés au monde et qui avait déjà soutenu les Palestiniens par le passé.

Dans sa déclaration, Rooney a cité deux rapports – réalisés par le groupe israélien de défense des droits de l’homme B’Tselem et Human Rights Watch, basé à New York – qui affirment qu’Israël est coupable du crime international « d’apartheid » en raison de ses politiques discriminatoires à l’égard des Arabes israéliens à l’intérieur de ses propres frontières et des Palestiniens en Cisjordanie et dans la bande de Gaza.

Ces rapports, a-t-elle déclaré, « confirment ce que les groupes palestiniens de défense des droits de l’homme disent depuis longtemps : le système israélien de domination et de ségrégation raciale à l’encontre des Palestiniens répond à la définition de l’apartheid selon le droit international. »

Rooney a fait l’éloge du mouvement BDS, qui appelle au boycott, au désinvestissement et aux sanctions contre les entreprises, les institutions culturelles et les universités israéliennes. Le mouvement BDS dit vouloir mettre fin au contrôle par Israël des terres capturées lors de la guerre des Six jours en 1967 et à ce qu’il décrit comme une discrimination à l’égard de la minorité arabe d’Israël. Il réclame également le « droit au retour » pour des millions de réfugiés palestiniens et leurs descendants dans les maisons que leurs ancêtres ont fui ou dont ils ont été expulsés lors de la guerre de 1948, pendant la création d’Israël.

Les responsables israéliens rejettent avec véhémence les accusations d’apartheid, et Israël et d’autres opposants à la campagne BDS affirment que celle-ci encourage l’antisémitisme et vise à délégitimer, voire à détruire l’État.

Rooney est la dernière personnalité publique de premier plan à embrasser le mouvement de boycott, dont les partisans comprennent les musiciens Roger Waters et Brian Eno, les cinéastes Mike Leigh et Ken Loach, et l’auteure de La couleur pourpre, Alice Walker.

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