Scandale des fausses données : Dan Ariely reconnaît avoir fait une erreur
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Scandale des fausses données : Dan Ariely reconnaît avoir fait une erreur

Ce chercheur spécialisé dans le comportement dit ne pas avoir eu conscience de travailler sur des données mensongères et estime qu'il sauvera, à terme, sa réputation

Le professeur Dan Ariely (Capture d'écran : Douzième chaîne)
Le professeur Dan Ariely (Capture d'écran : Douzième chaîne)

Le célèbre universitaire israélo-américain Dan Ariely a déclaré avoir « indubitablement fait une erreur » dans une étude qu’il avait réalisée et dont il s’est avéré qu’elle était fondée sur de fausses données.

Au cours d’un entretien accordé vendredi à la Douzième chaîne, Ariely a nié être à l’origine de cette falsification initiale, et il a dit croire que sa réputation pourrait à terme être sauvée suite à une récente série de révélations problématiques à son sujet.

Ariely est professeur de psychologie et d’économie comportementale à l’université de Duke, et il a écrit un certain nombre de best-sellers, comme The Honest Truth about Dishonesty.

Plusieurs études d’Ariely et ses méthodes ont récemment été remises en cause – surtout une étude de 2012 dont Ariely était co-auteur. Elle précisait que les gens avaient moins tendance à mentir si une déclaration d’honnêteté apparaissait en tête d’un formulaire destiné à recueillir des informations cruciales plutôt qu’en bas.

L’étude avait été utilisée par les gouvernements et les compagnies d’assurance du monde entier qui avaient adopté ce modèle dans leurs formulaires de déclaration. Certains avaient indiqué qu’ils avaient ainsi pu augmenter leurs revenus.

Mais les scientifiques ont découvert que l’étude s’était appuyée sur des données falsifiées.

Trois universitaires qui n’avaient pas été impliqués dans la recherche originale avaient examiné les données et écrit dans une tribune qu’ils avaient découvert que l’une des principales expérimentations de l’étude avait été « sans l’ombre d’un doute » falsifiée. Ces chercheurs avaient expliqué que ces informations mensongères pouvaient avoir trois origines possibles : Ariely, un employé du laboratoire de ce dernier ou un employé de la compagnie d’assurances ayant fourni les données (même si la raison pour laquelle la compagnie d’assurances aurait agi ainsi reste indéterminée).

Ariely a depuis reconnu que les données étaient fausses, mais il a déclaré qu’il avait utilisé les informations en toute innocence. « Si j’avais su qu’elles étaient mensongères, jamais je ne les aurais publiées », a-t-il affirmé.

Le professeur Dan Ariely (Autorisation)

Il a déclaré devant les caméras de la Douzième chaîne que la révélation de l’inutilité de son étude « a été très triste pour moi personnellement. Faire une erreur, ce n’est pas une bonne chose – ni pour moi, ni pour mes collègues, ni pour le monde de la recherche. Et j’ai indubitablement commis une erreur ici ».

« Je ne me suis pas plongé suffisamment profondément dans les données et j’ai fini par publier une recherche académique qui ne vaut rien et qui, bien sûr, doit disparaître aujourd’hui de la littérature universitaire ».

Dans une tribune, en 2020, Ariely et ses co-auteurs avaient admis que lorsqu’ils avaient tenté de reproduire leur recherche, ils s’étaient rendus compte qu’ils réfutaient leurs conclusions antérieures.

Et dans un document de suivi publié également en 2020 et intitulé « Signer au début [d’un document] versus à la fin ne fait pas baisser la malhonnêteté », les chercheurs avaient admis qu’un certain nombre d’études avaient échoué à déboucher sur les conclusions de la recherche originale.

« Parfois, dans les recherches, des erreurs surviennent innocemment », a-t-il indiqué à la Douzième chaîne. « On peut s’arrêter à une erreur et se dire que ça montre que l’ensemble du travail est sans valeur ou on peut regarder aussi l’ensemble de mon travail et se dire que parfois, des erreurs malheureuses, mauvaises, graves peuvent se produire, mais qu’il faut en tirer les leçons et avancer ».

Aryeli a été suspendu du MIT et il a finalement quitté l’institution après avoir mené une expérience utilisant des chocs électriques sans avoir obtenu l’approbation appropriée de la part de la commission d’éthique.

« Je n’aime pas enfreindre les règles en général », a-t-il confié à la Douzième chaîne. « On avait un désaccord. Je pensais qu’ils avaient donné leur approbation, ils m’ont dit qu’ils m’avaient envoyé un courrier supplémentaire avec un plus grand nombre de questions… J’ai été suspendu pendant un an. Ce n’était pas drôle mais j’ai trouvé d’autres choses à faire et, trois ans plus tard, je suis parti ».

Un membre de l’équipe de recherche, qui s’est exprimé sous couvert d’anonymat, a dit douter d’une telle explication, confiant le mois dernier à HaMakom : « Ariely aime brûler les étapes et il ne se sent pas tenu de respecter les mêmes règles que les autres. Il n’a pas pensé qu’il se ferait rattraper ».

Cette étude sur l’honnêteté n’est pas la première controverse pour Ariely. Dans une interview accordée à NPR en 2010, il avait cité les données d’une compagnie spécialisée dans les soins dentaires – des données qui, avait ultérieurement fait savoir la compagnie, n’avaient jamais existé. La chaîne avait plus tard déclaré que « les affirmations sans fondement d’Ariely nuisent à la réputation de nombreux dentistes honnêtes et elles sèment la méfiance auprès des patients face aux praticiens ».

Un certain nombre d’autres études du chercheur avaient attiré l’attention, les chercheurs s’avérant ultérieurement dans l’incapacité de reproduire les mêmes résultats.

« Ce n’est pas que je n’ai jamais commis d’erreur », a dit Ariely devant les caméras de la Douzième chaîne. « Partons du principe que les gens font une erreur dans 10 % des cas – si vous réalisez seulement quatre choses, les chances que vous fassiez une erreur sont plus basses. Et revanche, si vous en faites plus, alors il est possible que les erreurs soient plus nombreuses ».

Le chercheur a reconnu qu’en raison de cette controverse, « ma réputation universitaire va prendre un coup. Mais je suis quelqu’un de patient et je pense que mes études parlent pour elles-mêmes… D’ici cinq ans, de bonnes études que nous aurons réalisées vont sortir, on va en contrôler tous les détails et voir qu’il n’y a pas de problème, et on va continuer à avancer ».

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