Israël en guerre - Jour 225

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Carnet du journaliste

Sderot en passe de devenir une ville fantôme, certains résidents restent sur place

Presque tous les 30 000 habitants de Sderot ont été relogés dans des hôtels aux frais de l'État ; 10 % d'entre eux restés sur place et exhortent Tsahal à en finir avec le Hamas

Carrie Keller-Lynn est la correspondante politique et juridique du Times of Israël.

Ayelet Shmuel, près d'une maison touchée la semaine dernière par une roquette du Hamas, à Sderot le 15 octobre 2023 (Crédit : Carrie Keller-Lynn/Times of Israel)
Ayelet Shmuel, près d'une maison touchée la semaine dernière par une roquette du Hamas, à Sderot le 15 octobre 2023 (Crédit : Carrie Keller-Lynn/Times of Israel)

SDEROT – Dimanches, des bus sont arrivés à Sderot pour transporter les derniers habitants de cette ville israélienne à la frontière de Gaza, avec leurs produits de première nécessité, vers des hôtels financés par l’Etat, loin de la ligne de front.

Neuf jours plus tôt, un autre bus devait emmener treize habitants de Sderot en excursion à l’occasion de la fête de Simhat Torah. Ce bus n’a jamais quitté la ville. Il a été été pris pour cible par des terroristes du Hamas qui s’étaient infiltrés en Israël aux premières heures de la matinée du 7 octobre. Le véhicule taché de sang est toujours immobilisé dans la rue. Il se trouve à quelques mètres de la carcasse calcinée d’une voiture qui a été directement touchée par l’une des 75 roquettes qui ont atterri à Sderot depuis l’assaut du Hamas.

Quelques jours après le début des hostilités, l’armée israélienne a évacué la quasi-totalité des 13 000 habitants des 25 communautés agricoles situées dans un rayon de quatre kilomètres autour de la bande de Gaza, dont beaucoup ont été dévastées par des massacres.

Sderot, qui se trouve à moins de deux kilomètres de la bande de Gaza, a également été en grande partie vidée de ses habitants.

Ces dernières années, la ville avait connu un boom immobilier peu probable, en dépit de la menace constante des tirs de roquettes. Sa population avait atteint les 30 000 habitants. Dimanche matin, il n’en restait plus qu’un tiers dans les limites de la ville, et dans la soirée, plus qu’un dixième.

Au lieu de faire l’objet d’une évacuation militaire obligatoire et complète, Sderot, les quartiers sud d’Ashkelon et 32 communautés situées entre quatre et sept kilomètres de Gaza – si proches qu’elles n’ont que quinze à trente secondes pour se mettre à l’abri lorsqu’une sirène de raid aérien retentit – ont reçu ce que l’armée appelle une prime de « rajeunissement ».

Des Israéliens chargent leurs affaires dans un bus lors de leur évacuation de la ville de Sderot, dans le sud d’Israël, le 15 octobre 2023 (Crédit : Ariel Schalit/AP)

Le général de brigade (réserviste) Yoram Laredo, chef de l’Autorité nationale de gestion des urgences, qui coordonne l’hébergement des personnes déplacées par la guerre, a déclaré lors d’un point de presse dimanche que l’hébergement à l’hôtel de ce deuxième groupe à Tel Aviv, Jérusalem et Eilat serait financé pour une semaine, renouvelable sur décision de l’armée.

Le gouvernement a prévu un budget de 134 millions de shekels pour le déplacement et l’aide aux personnes évacuées. Pour celles qui bénéficient de la « prime de rajeunissement », le gouvernement a mis de côté 70 millions de shekels supplémentaires.

Des pompiers israéliens inspectant le site touché par une roquette provenant de la bande de Gaza dans la ville de Sderot, dans le sud d’Israël, le 15 octobre 2023. (Crédit : Jack Guez/AFP)

Parmi ceux qui ont choisi de rester dans la ville, malgré l’invasion terrestre imminente de Gaza par l’armée israélienne, il y a des habitants qui considèrent que leur présence constitue un rappel indispensable des objectifs poursuivis par Israël.

Ils sont prêts à affronter les jours difficiles dans l’espoir que les promesses du Premier ministre, du ministre de la Défense et des chefs du Conseil national de sécurité d’éradiquer le Hamas se concrétiseront.

« Nous, les gens d’ici, n’abandonnons pas et nous ne laisserons pas notre gouvernement et notre armée s’arrêter au milieu. Même si le monde entier fait pression » pour un cessez-le-feu, « nous ne pouvons pas vivre ainsi », a déclaré Elad Kalimi, maire adjoint de Sderot.

Le maire adjoint de Sderot, Elad Kalimi, devant les ruines du poste de police de la ville, détruit lors d’une bataille avec des terroristes du Hamas, le 15 octobre 2023. (Crédit : Carrie Keller-Lynn / The Times of Israel)

Le Hamas, qui a assassiné plus de 50 personnes à Sderot le 7 octobre, « est bien pire que l’Etat islamique (EI) et ils doivent mourir », a déclaré Kalimi. « C’est la guerre entre le bien et le mal, et nous attendons de notre gouvernement et de Tsahal qu’ils finissent le travail, qu’ils les tuent tous », a-t-il ajouté.

Danny Danon (Likud), qui a visité Sderot dimanche avec un petit groupe d’ambassadeurs européens et africains en Israël, a tenu des propos similaires.

« Des femmes et des enfants ont été massacrés ici », a-t-il déclaré, faisant référence aux viols, décapitations, immolations et autres actes de torture perpétrés par le Hamas dans le sud d’Israël. « Nous devons aller à Gaza, localiser les terroristes du Hamas et les tuer. »

Peu après ses déclarations, une sirène de raid aérien a retenti. Danon et les diplomates conviés se sont précipités dans un abri proche, juste avant d’entendre une roquette, qui n’a pas été détectée par le Dôme de fer, déchirer l’air.

La roquette, le 75e tir direct sur Sderot en neuf jours, a touché une maison de la ville.

Sortant de l’abri au son des bombardements transfrontaliers de Tsahal, Ayelet Shmuel, qui vit dans la ville voisine d’Ashkelon mais travaille avec des citoyens traumatisés à Sderot, a expliqué aux diplomates qu’elle et sa famille refusaient d’évacuer vers des régions relativement plus sûres du pays.

« Il y a beaucoup de gens qui se sentent comme moi, qui disent que vous n’allez pas me faire sortir de chez moi, que trop c’est trop », a expliqué Shmuel.

« Et qui plus est, pour aller où ? Pour aller à Tel Aviv ? Elles arrivent là aussi », a-t-elle ajouté, en faisant référence aux roquettes du Hamas, qui peuvent atteindre le nord d’Israël.

Des soldats israéliens marchant près d’une voiture brûlée et d’un bâtiment effondré, à la suite d’un assaut mené par des terroristes du Hamas, dans la ville méridionale de Sderot, le 8 octobre 2023. (Crédit : Chaïm Goldberg/Flash90)

L’attaque agressive du Hamas a changé la réalité pour de nombreux habitants, en brisant l’illusion de sécurité qu’avaient ceux ayant accès à un abri antiatomique ou à une pièce sécurisée, a-t-elle déclaré.

« Avant, vous pensiez qu’en entrant dans votre abri antiatomique, vous étiez en sécurité », a déclaré Shmuel.  » Alors qu’aujourd’hui, on craint de voir arriver un terroriste armé d’une mitrailleuse. Les abris antiatomiques ne sont pas conçus pour cela », a-t-elle ajouté.

De nombreuses victimes du Hamas dans les petites villes du sud d’Israël ont été tuées par des terroristes qui ont pénétré dans leurs abris. Renforcées contre les projectiles, les portes de ces pièces peuvent être transpercées par des balles et ne disposent pas de serrures solides pour empêcher les intrus d’entrer. Dans plusieurs cas, les terroristes ont mis le feu aux maisons pour faire sortir ceux qui s’étaient réfugiés dans les pièces sécurisées.

D’autres ont été abattus dans la rue. Deux berlines criblées de balles et maculées de sang ont été remorquées jusqu’au parking jouxtant les vestiges de l’ancien poste de police de Sderot. Un chouchou noir entourait le levier de vitesse de l’une d’entre elles seul survivant aux éclats de verre brisé et à la douzaine d’impacts de balles qui perforent le châssis de la voiture. Le toit ouvrant de la deuxième voiture était maculé de sang.

https://twitter.com/cjkeller8/status/1713482008586822098?ref_src=twsrc%5Etfw%7Ctwcamp%5Etweetembed%7Ctwterm%5E1713482008586822098%7Ctwgr%5E1bd897e02331835e8aae2e8492c2e122503d0a09%7Ctwcon%5Es1_&ref_url=https%3A%2F%2Fwww.timesofisrael.com%2Fas-exodus-turns-sderot-into-a-ghost-town-some-stay-as-a-reminder-of-whats-at-stake%2F

Le poste de police a été détruit dimanche dernier, pour mettre fin à un affrontement qui a duré une journée entre l’armée israélienne et les terroristes qui s’étaient emparés du bâtiment.

À l’exception d’employés municipaux et de secouristes, ainsi que des habitants en partance vers des secteurs moins dangereux, les rues de Sderot étaient vides. Même les supermarchés étaient fermés, la municipalité faisant du porte-à-porte pour répondre aux besoins des quelques personnes restées sur place.

La nouvelle ambassadrice de la République tchèque, venue sur place a déclaré être là : « Pour le constater de mes propres yeux, pour que nous puissions faire passer le message, il y a trop de gens qui disent que ce n’est pas vrai. Nous avons besoin de témoins pour dire que c’est vrai ».

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