Selon le groupe d’éthique de la Knesset, les législateurs ont eu tort de se rencontrer sur le BDS à l’université
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Selon le groupe d’éthique de la Knesset, les législateurs ont eu tort de se rencontrer sur le BDS à l’université

La Commission a rejeté les législateurs qui avaient prétendu l'existence d'un soutien au boycott israélien à l'université Ben-Gourion. Elle a également rejeté l'idée que ces derniers aient été payés pour tenir la réunion qui avait été consacrée à ce sujet.

Marissa Newman est la correspondante politique du Times of Israël

La présidente de l'Université Ben-Gourion Rivka Carmi. (Crédit : Dani Machlis/Ben-Gurion University)
La présidente de l'Université Ben-Gourion Rivka Carmi. (Crédit : Dani Machlis/Ben-Gurion University)

La commission d’Ethique de la Knesset a réprimandé la semaine dernière deux législateurs pour avoir convoqué une audience au cours de laquelle l’université Ben-Gourion du Negev avait été accusée de soutenir les initiatives de boycott anti-israélien. Elle a par ailleurs rejeté avec force les allégations émanant de l’institution de Beer Sheva qui avaient laissé entendre que les députés avaient été « achetés » par un membre du bureau de l’université pour organiser cette session au sein du Parlement israélien.

Le 24 mai, la Commission de l’Education, de la Culture et des Sports de la Knesset avait organisé une réunion à la demande du législateur de HaBayit HaYehudi Bezalel Smotrich, d’Anat Berko et Amir Ohana, tous deux des parlementaires issus du Likud. La réunion avait été intitulée « Craintes que l’Université Ben-Gourion continue à soutenir le BDS », une référence au mouvement ‘Boycott, Divestment, and Sanctions’.

Au mois de juin, l’université avait accusé des membres de la Knesset d’avoir convié cette audience au Parlement sous de faux prétextes pour tenter d’obstruer les tentatives supposées de l’université d’évincer l’un des membres du bureau des gouverneurs de l’Université — le véhément homme d’affaires Michael Gross — un ami et donateur des législateurs.

L’université avait suggéré que les législateurs avaient été « achetés » et influencés par Gross concernant l’organisation de cette réunion, sur la base d’accusations mensongères.

Le législateur de HaBayit HaYehudi Bezalel Smotrich lors de la réunion hebdomadaire de sa faction à la Knesset, le 23 janvier 2017 (Crédit : Miriam Alster/Flash90)
Le législateur de HaBayit HaYehudi Bezalel Smotrich lors de la réunion hebdomadaire de sa faction à la Knesset, le 23 janvier 2017 (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

« En premier lieu, la Commission d’Ethique voudrait souligner qu’aucune base n’a été trouvée à la grave accusation proférée par la [présidente de l’université Ben-Gourion], le professeur Carmi, à savoir que cette session ait été ‘achetée’, une accusation qui pourrait laisser entendre que M. Gross a donné de l’argent à des membres de la Knesset et qu’en retour, ils ont cherché à favoriser ses intérêts », a écrit le groupe de la Knesset dans sa décision diffusée mercredi.

« Toutefois, la commission d’Ethique confirme – ce qui vient renforcer l’affirmation que ce sujet de BDS a été utilisé comme plate-forme pour une discussion portant en réalité sur les problèmes posés par M. Gross et sur le désaccord entre lui et l’université – l’allégation, par la présidente de l’université, que le titre de la discussion a eu pour objectif d’humilier l’université en affirmant son soutien institutionnel au BDS, n’avait aucun fondement dans les éléments qui ont été présentés par les organisateurs de la session ».

La commission a établi que Bezalel Smotrich, législateur du parti HaBayiy HaYehudi, et Anat Berko, issue du Likud, avaient violé les codes de la Knesset en déformant le sujet de la réunion. Les deux ont « prévu de consacrer une part significative de la session au conflit entre M. Gross et l’université », a-t-elle écrit dans sa décision.

Toutefois, dans la mesure où les deux députés n’ont pas de précédents, le groupe a décidé de ne pas les sanctionner. Si les législateurs avaient révélé que la réunion se concentrerait sur Gross plutôt que sur les allégations de boycott, sa tenue n’aurait probablement jamais été approuvée, ajoute la décision.

Le groupe a également accepté l’affirmation par l’université que cette session avait eu pour objectif de diffamer l’institution, tout en rejetant l’université Ben-Gourion pour avoir lancé une ‘accusation grave’ avec peu de preuves.

« Elle peut également probablement nuire à la lutte israélienne contre les partisans de BDS alors que le titre de la session officielle de la Knesset et des membres de la Knesset prétendent qu’une université israélienne elle-même est un soutien du BDS », a-t-il conclu.

Le chef de Yisrael Beytenu Avigdor Liberman aux côtés du philanthrope Michael Gross (Autorisation : World Beytenu/)
Le chef de Yisrael Beytenu Avigdor Liberman aux côtés du philanthrope Michael Gross (Autorisation : World Beytenu/)

L’université avait noté initialement que Berko et Oded Forer, du parti Yisrael Beytenu, avaient reconnu entretenir des contacts avec Gross, et que le législateur de l’Union sioniste Yoel Hasson avait reçu dans le passé des donations pour les primaires de son parti de la part de l’homme d’affaires anglais, comme il l’a également établi dans les enregistrements de la réunion. Tous avaient exprimé leur préoccupation lors de cette rencontre face aux tentatives d’évincement de Gross du bureau.

Toutefois, alors que l’institution avait affirmé que Berko et Forer avaient initié la réunion, selon une déclaration de la part de la commission de la Knesset, il s’était avéré que Berko, Smotrich et Ohana étaient en définitive les parlementaires qui l’avaient demandée. La commission d’Ethique a noté la divergence dans sa décision. Smotrich n’avait pas de contact avec Gross.

Selon le texte de la requête de Smotrich, cette audience – qui a coïncidé avec la Journée de Jérusalem – a été réunie en raison d’un article paru dans le tabloïd Israel Hayom qui avait affirmé qu’un atelier de travail consacré à la photographie d’arrestations et de manifestations politiques avait été promu dans le journal du syndicat étudiant de l’université, que des subventions universitaires étaient accordées à des étudiants bénévoles au sein d’organisations anti-israéliennes, et que divers professeurs s’étaient montrés critiques envers l’état d’Israël.

Mais l’université avait indiqué que les affirmations soulevées lors de l’audience ne servaient qu’à travestir les efforts livrés par les législateurs pour empêcher le bureau de l’institution de voter sur des amendements de certaines de ses politiques, qui avaient été considérés comme ciblant directement Gross.

Yoel Hasson, député de l'Union sioniste. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)
Yoel Hasson, député de l’Union sioniste. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Gross — personnage controversé qui, en 2009, avait envoyé un courriel à un professeur de l’Université Ben-Gourion dans lequel il écrivait qu’il souhaitait qu’il « périsse » – s’est rendu à l’audience de la Knesset en compagnie de son fils. (Ce courriel était arrivé après que ce dernier, le professeur David Newman, a participé à un documentaire britannique consacré à la soi-disante influence cachée au Royaume-Uni du « lobby israélien », un film ultérieurement accusé de nuances antisémites).

Au début de l’année, des informations parues dans les médias israéliens avaient indiqué que Gross avait retiré un million de dollars de dons à l’Université après avoir appris qu’elle accueillait une conférence financée par l’ONG controversée, Breaking the Silence, qui s’intéresse aux abus présumés commis par les soldats israéliens à l’encontre des Palestiniens. L’institution avait fait savoir qu’aucune promesse de don de ce type n’avait été reçue de la part de Gross. L’année dernière, l’établissement a également remboursé un don de 100 000 dollars de Gross.

Dans une lettre envoyée par le président Alex Goren au bureau des gouverneurs, jeudi, dont une copie a été obtenue par le Times of Israël, l’université avait condamné les allégations « scandaleuses, outrageantes et principalement absurdes » affirmant qu’elle soutenait les efforts de boycott, notant que Yaakov Margi, législateur du Shas et président de la Commission, lui avait sans équivoque fait part de sa confiance à la fin de la session. L’Université est sur la ligne de front dans la lutte contre le BDS et ne soutient pas le mouvement, avait-il expliqué.

L’amendement, qui semblait viser Gross, avait toutefois été approuvé au mois de mai mais aucune autre initiative n’avait été prise à son encontre depuis lors, selon un responsable universitaire.

Mais la date initialement prévue pour la réunion de la Knesset, déterminée par les législateurs – et appuyée par des militants du groupe de droite Im Tirzu qui reçoit des dons de la part de Gross – était intentionnelle, avait prétendu Goren.

« Il y avait deux niveaux dans la réunion : le niveau ouvert et le niveau couvert. Pour l’ordre du jour couvert – ‘garantir’ la présence de Michael Gross au bureau des gouverneurs de la BGU – des affirmations vides de sens ont été soulevées dans l’ordre du jour ouvert, ce qui a permis la mise en oeuvre d’une ‘fin qui justifierait les moyens’. Le temps précieux des élus a été gaspillé dans l’affaire sans que la majorité d’entre eux aient seulement conscience qu’il y avait un ordre du jour dissimulé dans la discussion », avait accusé l’université.

Anat Berko, députée du Likud, pendant une session de la commission des Affaires étrangères et de la Défense à la Knesset, le 19 novembre 2015. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)
Anat Berko, députée du Likud, pendant une session de la commission des Affaires étrangères et de la Défense à la Knesset, le 19 novembre 2015. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

 » C’est donc difficile de ne pas avoir le sentiment qu’un membre du bureau des gouverneurs ait pu ‘acheter’ une réunion de la Commission de l’éducation à la Knesset sur de faux prétextes sans fondement tout en dégradant l’université, afin d’empêcher ce qu’il lui paraissait comme une tentative de l’écarter du Bureau des gouverneurs. Je pense donc aux membres de la Knesset venus assister à une réunion consacrée à un certain sujet – aussi tiré par les cheveux soit-il – et qui ont été en fait des outils placés entre les mains d’une personnalité dotée de moyens et qui a cherché à promouvoir ses propres intérêts ».

Gross avait déclaré au Times of Israël le mois dernier que même s’il se trouve personnellement en contact avec les législateurs après des décennies passées à travailler aux côtés de personnalités gouvernementales pour créer des logements sociaux à long terme en Israël, la rencontre a strictement concerné les allégations de boycott.

« Cette réunion spécifique a été réclamée en réponse au niveau de BDS au sein de l’Université Ben-Gourion. Le groupe Im Tirzu est impliqué, des soldats de réserves sont impliqués, et c’est le cas d’un grand nombre de gens », avait-t-il dit. « Bien sûr, j’étais impliqué… ce sont des questions de préoccupation publique », avait-il ajouté.

La vérité de l’affaire, c’est que ces gens encouragent et renforcent le mouvement BDS à l’Université et que je suis celui qui est prêt à parler, alors on n’apprécie pas », avait-il dit.

« Je ne peux manifestement pas contrôler la Knesset. Quatre membres de la Knesset issus de différents partis ont décidé de soulever la question ici et ces gens sont des anti-sionistes d’extrême-gauche qui se haïssent eux-mêmes. Et c’est eux qui ont actuellement le contrôle de l’Université. Alors que suis-je supposé faire ? »

« Une personne se dresse et bien entendu, ces gens l’attaquent », avait-il maintenu.

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