Shaked : Netanyahu peut annexer la vallée du Jourdain en un jour s’il le veut
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Shaked : Netanyahu peut annexer la vallée du Jourdain en un jour s’il le veut

Le Premier ministre dit vouloir annexer une partie de la Cisjordanie, mais la n°1 de Yamina et Naftali Bennett se demandent quel sera le prix à payer dans le plan de paix de Trump

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu pointe une carte de la vallée du Jourdain dans une déclaration dans laquelle il promet d'étendre la souveraineté israélienne à la vallée du Jourdain et au nord de la mer Morte, à Ramat Gan, le 10 septembre 2019. (Menahem Kahana/AFP)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu pointe une carte de la vallée du Jourdain dans une déclaration dans laquelle il promet d'étendre la souveraineté israélienne à la vallée du Jourdain et au nord de la mer Morte, à Ramat Gan, le 10 septembre 2019. (Menahem Kahana/AFP)

La présidente de l’alliance de droite Yamina a salué mercredi le Premier ministre Benjamin Netanyahu pour sa promesse, faite la veille, d’étendre la souveraineté israélienne à la vallée du Jourdain, mais s’est dite sceptique quant à savoir s’il allait y donner suite, disant qu’il pourrait le faire en une seule journée, avec un simple vote du cabinet, si telle était vraiment sa volonté.

Ayelet Shaked, ancienne ministre de la Justice, et son colistier Naftali Bennett, se sont également inquiétés des concessions potentielles qu’Israël devrait faire en échange d’une telle mesure dans le cadre du plan de paix israélo-palestinien de l’administration Trump, qui n’a toujours pas été dévoilé.

Netanyahu a promis mardi d’appliquer rapidement la souveraineté israélienne sur la vallée du Jourdain s’il est en mesure de former un nouveau gouvernement après les élections nationales de la semaine prochaine.

« Cette déclaration est importante », a déclaré Shaked à la radio israélienne mercredi, en soulignant les efforts qu’elle et Bennett ont déployés pour faire pression en faveur de l’annexion au sein du gouvernement Netanyahu précédent, et le changement de position du Premier ministre et l’abandon de la solution à deux Etats. « Tout le monde pensait qu’on était fous [quand on a commencé à en parler]. »

Naftali Bennett et Ayelet Shaked lors d’une conférence de presse à Ramat Gan, le 21 juillet 2019. (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)

« Mais ce n’est qu’une déclaration », a-t-elle poursuivi. « Il n’y a aucune action ici. [L’ancien Premier ministre Menachem] Begin, quand il a voulu appliquer la souveraineté, a commencé à présenter une législation en une seule journée en trois votes pour étendre la souveraineté au plateau du Golan », a-t-elle déclaré.

« L’application de la souveraineté [à la vallée du Jourdain] peut se faire par une décision du Cabinet. Il n’est pas nécessaire de légiférer. Et s’il y a une nécessité diplomatique, cela peut aussi être fait par un gouvernement de transition – il n’y a pas d’obstacle juridique », poursuit-elle, indiquant que Netanyahu n’avait pas besoin d’attendre les prochaines élections.

Israël a inscrit ses annexions de Jérusalem-Est (en 1980) et du Golan (en 1981) dans sa législation, mais les juristes ont déclaré qu’une loi n’était pas absolument nécessaire. Une simple décision du gouvernement suffirait pour que l’annexion prenne effet.

Les experts qui se sont adressés au Times of Israel étaient toutefois divisés sur la question de savoir si un gouvernement intérimaire, tel qu’il existe actuellement depuis la dissolution de la Knesset en mai dernier, serait en mesure de prendre une mesure aussi radicale.

Dans l’interview, Shaked a également exprimé la crainte que l’administration américaine fasse des demandes que son parti ne pourrait pas accepter dans le cadre de son plan de paix, qui devrait être dévoilé après les élections, comme le partage de Jérusalem ou le démantèlement des nouvelles implantations.

Netanyahu choisit de « nous parler des carottes » du plan de paix Trump, mais pas de « la nature des bâtons », a-t-elle dit.

Bennett s’est fait l’écho de ces craintes.

« Cette décision sera probablement conditionnée par le fait que les Américains vont demander [à Israël] de renoncer à la totalité de la zone C, à l’exception des implantations », a-t-il déclaré à la radio militaire. « Des îlots d’Israéliens dans une mer palestinienne, c’est insoutenable. »

La zone C, qui représente environ 60 % de la Cisjordanie, regroupe la majorité des implantations israéliennes.

Un berger palestinien rassemble son troupeau près de l’implantation israélienne d’Argaman, dans la vallée du Jourdain, une bande de terre en Cisjordanie le long de la frontière avec la Jordanie, 26 décembre 2016. (AP Photo/Oded Balilty)

Dans sa déclaration de mardi, le Premier ministre a commencé sa promesse d’appliquer la souveraineté sur la vallée du Jourdain, près d’un quart de la Cisjordanie, et son appel aux électeurs pour qu’ils lui donnent les voix pour le faire, en disant que les conditions diplomatiques étaient réunies pour une telle décision, sans donner davantage de détails.

« Il y a un endroit où nous pouvons appliquer la souveraineté israélienne immédiatement après les élections », a dit M. Netanyahu, parlant avec une carte de la vallée du Jourdain sur un chevalet à côté de lui. « Si je reçois de vous, citoyens d’Israël, un mandat clair à cet effet… j’annonce aujourd’hui mon intention d’appliquer, avec la formation du prochain gouvernement, la souveraineté israélienne sur la vallée du Jourdain et le nord de la mer Morte ».

Environ 8 000 juifs vivent dans une trentaine de localités comprises dans la zone sur laquelle Israël appliquerait sa souveraineté. La zone exclurait mais encerclerait la ville palestinienne de Jéricho et la ville d’Al-Auja, et comprendrait six autres localités palestiniennes.

La promesse de Netanyahu d’appliquer la souveraineté israélienne sur la vallée du Jourdain, ce qui équivaut à une annexion, a été condamnée par les Palestiniens, qui considèrent cette région comme faisant partie de leur futur Etat.

Au début de son discours, le candidat à sa réélection a répété sa récente remarque selon laquelle le plan de paix du président américain Donald Trump serait publié « immédiatement » après les élections du 17 septembre.

« Il s’agit d’une chance historique, d’une occasion unique d’appliquer la souveraineté israélienne sur nos localités de Judée et de Samarie, ainsi que sur d’autres régions qui revêtent une grande importance pour notre sécurité, notre patrimoine et notre avenir, » a-t-il souligné.

Raphael Ahren a contribué à cet article.

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