Si les USA ne veulent pas fournir d’armes, nous irons ailleurs – Envoyé des EAU
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Si les USA ne veulent pas fournir d’armes, nous irons ailleurs – Envoyé des EAU

L'ambassadeur Yousef al-Otaiba a rejeté les critiques de l'accord de vente d'armes américaines pour 23 milliards de dollars à son pays, affirmant qu'Israël avait donné son feu vert

Jacob Magid est le correspondant pour les questions liées aux implantations pour le Times of Israël

L'ambassadeur des Émirats arabes unis aux États-Unis, Yousef al-Otaiba, lors d'une rencontre avec le président de la Chambre des représentants des États-Unis, Paul Ryan, à l'Académie diplomatique des Émirats arabes unis, à Abu Dhabi, le jeudi 25 janvier 2018. (AP Photo/Jon Gambrell)
L'ambassadeur des Émirats arabes unis aux États-Unis, Yousef al-Otaiba, lors d'une rencontre avec le président de la Chambre des représentants des États-Unis, Paul Ryan, à l'Académie diplomatique des Émirats arabes unis, à Abu Dhabi, le jeudi 25 janvier 2018. (AP Photo/Jon Gambrell)

NEW YORK — L’ambassadeur des Emirats arabes unis a répondu, jeudi, aux critiques croissantes au Congrès américain sur l’accord de vente d’armes conclu par l’administration Trump avec Abou Dhabi, avertissant que si Washington devait refuser de fournir à son pays les armes dont il a besoin pour sécuriser la région, les EAU se trouveraient dans l’obligation d’en acheter ailleurs.

« Nous préférons acquérir les meilleurs équipements militaires américains mais le cas échéant, nous devrons en trouver ailleurs, malgré notre réticence et même si ces armements ont moins de capacités », a déclaré Yousef al-Otaiba dans un communiqué, dans un contexte d’opposition croissante à cet accord de vente – qui comprend notamment l’achat d’avions-furtifs F-35.

De manière plus large, l’envoyé des EAU a cherché à présenter l’accord d’armements comme « un investissement aux Etats-Unis », soulignant qu’il « soutiendra des dizaines de milliers d’emplois en Amérique ainsi que la base industrielle de défense du pays, et abaissera à l’avenir les coûts de recherche et développement américains ».

« Il s’agit ici de favoriser un Moyen-Orient plus stable, plus sécurisé. Cela permet aux EAU d’endosser une plus grosse part du fardeau collectif en termes de sécurité, de libérer des atouts américains pour d’autres défis mondiaux – ce qui est une priorité bipartisane américaine », a ajouté al-Otaiba.

52 avions F-35 s’alignent pour un exercice de lancement à la Hill Air Force Base dans l’Utah, en démonstration de force et de préparation au combat dans un contexte de tensions entre les États-Unis et l’Iran, le 6 janvier 2020. (US Air Force/R. Nial Bradshaw/Capture d’écran Twitter)

La vente prônée par l’ambassadeur comprend 50 avions-chasseurs de type F-35, 18 systèmes avancés de drone Reaper, et un ensemble de missiles air-air et de missiles air-sol.

Cette déclaration de l’envoyé est venue répondre à un fil qui a été publié sur Twitter par le sénateur démocrate Chris Murphy. Ce dernier s’était précédemment entretenu avec les responsables de l’administration du président sortant sur l’accord d’armement, avec les autres membres de la Commission des Affaires étrangères du Sénat.

Murphy a souligné sur Twitter la coopération des Emiratis avec l’Arabie saoudite dans la guerre civile qui ravage le Yémen où « des milliers de civils ont été tués par des armes américaines ».

« En Libye, les EAU contreviennent à l’embargo international sur les armes. Et il y a des preuves que les Emirats ont illégalement transféré des équipements militaires américains à des milices extrémistes au Yémen », a-t-il écrit. « Cela pose une question : Pourquoi les Etats-Unis récompenseraient-ils ce comportement avec un accord d’armements qui fait exploser les records ? Nous devrions recevoir, pour le moins, des garanties claires et inébranlables de ce que la conduite des Emirats arabes unis changera au Yémen et en Libye. Mais cela ne s’est pas produit », a-t-il ajouté.

Le sénateur démocrate a établi clairement que la récente décision prise par les EAU de normaliser les liens avec Israël était une avancée positive pour la région et qu’il n’était pas entièrement opposé à une éventuelle vente d’armes à Abou Dhabi, mais que l’accord proposé était trop large.

Murphy a aussi fait savoir qu’il craignait qu’une course aux armements ne s’amorce au Moyen-Orient.

« Lors de ma rencontre avec eux, les responsables de Trump n’ont pas été en mesure de me dire précisément comment ces technologies qui sont parmi les plus sensibles que nous possédions – les Reaper et les avions F-35 – ne parviendront pas entre les mains de la Russie et de la Chine », a-t-il ajouté.

Al-Otaiba, pour sa part, a commencé son allocution en soulignant que l’Etat juif avait donné son feu vert à l’acquisition des armes par les Emirats après avoir reçu la garantie par l’administration Trump que les Etats-Unis ne permettraient pas que l’avantage qualitatif militaire de l’Etat juif – protégé par la loi aux Etats-Unis – soit mis en péril dans la région.

Concernant les inquiétudes sur la conduite d’Abou Dhabi au Yémen, al-Otaiba a fait remarquer que les EAU n’étaient plus impliqués dans le pays au niveau militaire depuis plus d’un an.

Il a affirmé que l’intervention militaire des EAU avait aidé à libérer de larges parties du Yémen du contrôle des Houthis, soutenus par l’Iran, et que les forces émiratis avaient œuvré aux côtés des Etats-Unis pour combattre la menace liée à al-Qaida dans ce pays déchiré par la guerre.

L’envoyé a insisté sur le fait que la mission des forces aériennes émiraties, au Yémen, s’était focalisée « sur les forces hostiles houthies, sur les cellules terroristes en plus d’opérations en faveur de la liberté de navigation ». Il a ajouté qu’elles avaient permis de « grandement limiter les pertes civiles ».

Les décombres d’un immeuble détruit qui était utilisé comme prison par les rebelles Houthis, au Yémen, qui a été frappé par un avion de la coalition dirigée par les Saoudiens à Dhamar, au sud de la capitale Sanaa, détenue par les Houthis, le 1er septembre 2019. (Crédit : AFP)

Al-Otaiba a reconnu que les Emiratis avaient transféré « un nombre limité de véhicules de mobilité protégés qui ont été fabriqués aux Etats-Unis », précisant qu’ils n’avaient été livrés qu’aux « forces locales luttant contre les Houthis au sein de la coalition ».

L’ambassadeur a rejeté les accusations selon lesquelles son pays ne serait pas capable de protéger la technologie américaine, soulignant que les EAU accueillaient d’ores et déjà des escadrons de F-35 sur la base aérienne al-Dhafra à Abou Dhabi.

De plus, il a estimé que les propos de Murphy affirmant que les Emirats entretenaient des relations étroites en termes de sécurité avec les rivaux des Etats-Unis, la Chine et la Russie, étaient une « exagération flagrante ».

« Les Emirats arabes unis entretiennent des relations diplomatiques et économiques avec ces deux pays et ils n’ont procédé à des achats auprès d’eux que lorsque les Etats-Unis n’étaient pas en mesure de leur fournir les équipements concernés », a écrit al-Otaiba .

Seth Binder, membre du Project on Middle East Democracy, un groupe basé à Washington qui s’oppose à la vente d’armes, a pour sa part déclaré que l’ambassadeur émirati « ignore des faits désagréables, comme les transferts illégaux d’armes des EAU en Libye et les efforts précipités livrés par l’administration Trump » visant à finaliser l’accord.

Un responsable du département d’Etat avait fait part de l’accord au Congrès au mois de novembre – moins de deux mois après la signature d’un accord de normalisation des liens entre les Emirats arabes unis et Israël qui avait été négocié par la Maison Blanche. Les trois pays avaient affirmé que l’accord n’avait pas été décidé dans le cadre des négociations qui ont débouché sur les dits « Accords d’Abraham ».

Des combattants loyaux aux rebelles houthis à Sanaa, au Yémen, lors d’un rassemblement en soutien aux négociations de paix qui avaient lieu en Suède, le 13 décembre 2018. (Crédit : AP Photo/Hani Mohammed)

Mais les responsables de l’administration Trump ont reconnu que l’accord avait placé Abou Dhabi dans une meilleure situation pour pouvoir bénéficier de ces armes avancées et une source proche des négociations a déclaré au Times of Israël que les Etats-Unis et l’Etat juif savaient que l’accord d’armement « faisait vraiment partie » du pacte de normalisation.

L’administration Trump tente dorénavant de faire avancer au maximum l’accord avant l’investiture, le 20 janvier, du président-élu Joe Biden.

Tandis que ce transfert d’armes a suscité une opposition vive des Démocrates, les questionnements soumis par les Républicains au cours d’un briefing de la Commission des affaires étrangères au Sénat, lundi, ont indiqué qu’il y avait également des préoccupations à ce sujet au sein même de la formation de Trump, ont dit plusieurs membres du Congrès au Times of Israël.

Au cours de différents entretiens accordés au Times of Israël par des personnes ayant assisté à cette réunion à huis-clos dont aucune information n’a filtré, deux conseillers issus des deux côtés de l’échiquier politique ont déclaré que les Républicains avaient fait part de leur « malaise » suite à l’accord, inquiets de savoir s’il était prudent de confier des armes avancées comme les avions F-35 et les systèmes de drone Reaper.

Il n’est pas nécessaire que le Congrès approuve la vente mais il peut toutefois chercher à la bloquer – ce que tentent de faire les Démocrates Chris Murphy et Bob Menendez et le Républicain Rand Paul.

Le président américain Donald Trump, au centre, avec de gauche à droite, le ministre des Affaires étrangères du Bahreïn Khalid bin Ahmed Al Khalifa, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu et le ministre des Affaires étrangères des Émirats arabes unis Abdullah bin Zayed al-Nahyan, lors de la cérémonie de signature des Accords d’Abraham sur la pelouse sud de la Maison Blanche, le mardi 15 septembre 2020, à Washington. (Crédit : AP Photo/Alex Brandon)

Tous trois ont soumis une série de résolutions dont l’objectif est de déjouer l’accord sur les armements et qui devraient être présentées au vote le 11 décembre ou qui expireront le cas échéant.

Un membre républicain du Congrès a déclaré au Times of Israël qu’il était probable que les résolutions seraient votées mais que, même si elles devaient être adoptées, elle ne recevraient pas la majorité des deux-tiers nécessaires dans les deux chambres pour outrepasser un veto présidentiel.

Parce que le transfert de telles armes prend des années à se réaliser, l’administration Biden pourrait également bloquer l’accord – mais un tel blocage a posteriori n’aurait que peu de précédents dans l’histoire américaine.

Dans le même temps, Tony Blinken, qui a été choisi par le président Biden pour occuper un poste de secrétaire d’Etat, a déclaré au Times of Israël, quelques jours avant l’élection, que le nominé démocrate allait « regarder de très près » la vente de F-35 parce qu’il était inquiet de la menace qu’elle pouvait représenter pour l’avantage qualitatif militaire d’Israël dans la région.

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