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Sous la pression, des géants de l’agro-alimentaire reportent la hausse des prix

La Histadrout menace d'une protestation généralisée alors qu'une poignée d'entreprises a répondu à l'appel du gouvernement de ne pas accabler les consommateurs pendant la pandémie

File d'attente devant le supermarché Rami levy, à Jérusalem, le 7 avril 2020. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
File d'attente devant le supermarché Rami levy, à Jérusalem, le 7 avril 2020. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Les consommateurs israéliens ont exprimé leur indignation mardi face à la hausse des prix des produits de consommation, de l’essence et de l’électricité, alors que plusieurs fabricants ont cédé à la pression des législateurs et accepté de reporter les hausses de prix prévues.

Des hausses de prix sur un large éventail de biens de consommation avaient été annoncées par certaines des plus grandes entreprises de fabrication et de distribution de produits alimentaires d’Israël, dont Osem-Nestle, ainsi que par des géants internationaux de l’importation comme Diplomat et Schestowitz Ltd.

Les hausses devaient faire augmenter de plusieurs shekels dans certains cas le prix de produits tels que le ketchup, les pâtes, le riz, les nettoyants ménagers et bien d’autres encore. Le prix d’un paquet de quatre boîtes de thon Starkist devait augmenter de 6 à 8 %, pour atteindre 27 shekels, par exemple. Les prix des produits laitiers devaient augmenter de 3 à 9 %.

Le chef du syndicat Histadrout, Arnon Bar-David, a envoyé mardi une lettre au ministre des Finances Avigdor Liberman et au Premier ministre Naftali Bennett, les exhortant à prendre des mesures décisives contre ce qu’il décrit comme « l’exploitation du public israélien », et a menacé d’une « protestation généralisée » si les prix ne baissaient pas.

Illustration d’une personne en train de mettre de l’essence (Crédit : Kobi Gideon/Flash90)

« Les grandes entreprises de fabrication font état de bénéfices élevés. La principale raison de leurs augmentations de prix répétées tient à un seul fait : elles en sont tout bonnement autorisées », lit-on dans la lettre de Bar-David.

« Je vous demande instamment d’être intransigeant envers tout organisme commercial qui exploite son statut pour exploiter le public. »

Les ministères israéliens des Finances et de l’Économie ont tenté de limiter l’augmentation spectaculaire des prix, en incitant les entreprises à retarder les hausses alors que la population doit encore faire face aux difficultés économiques engendrées par la pandémie de COVID-19.

Le géant de l’équipement et des services de nettoyage Sano a déclaré lundi qu’il ne baisserait pas les prix de certains de ses produits dont les prix ont augmenté en décembre, tandis que le groupe Strauss a déclaré qu’il n’augmenterait pas davantage ses prix.

L’importateur de denrées alimentaires Diplomat a également annoncé un report dans l’augmentation des prix de divers produits jusqu’à au moins après les vacances de Pessah en avril.

L’entreprise affirme que l’augmentation prévue des prix n’est due qu’à la hausse des coûts d’exploitation. Elle affirme que ce retard lui causera un préjudice économique.

« La société n’est pas un fabricant, mais un importateur et un distributeur de divers articles alimentaires et de produits », explique Diplomat dans un communiqué. « Lorsque les fabricants internationaux augmentent les prix, Diplomat est obligé d’augmenter les prix ».

Parmi les produits importés par la société figurent notamment Starkist, Pringles, Heinz, Milka, Gillette, Illy, Pampers, Mazola, Kikkoman, Oreo, Oral B.

Le ministre des Finances Avigdor Liberman s’exprime lors d’une conférence de presse, présentant une nouvelle réforme sur le logement, dans les bureaux du ministère des Finances à Jérusalem, le 31 octobre 2021. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Ces annonces ont été faites après que Liberman et la ministre de l’Economie Orna Barbivai ont envoyé dimanche des lettres d’avertissement aux dirigeants des principales entreprises alimentaires et des détaillants en Israël, les exhortant à revenir sur leurs décisions d’augmenter les prix des produits alimentaires cette année, en mettant en avant des bilans montrant des revenus importants et des bonus pour les dirigeants l’année dernière.

Osem-Nestle, l’un des plus grands fabricants de produits alimentaires du pays, a initialement rejeté la demande, mais mardi soir, le PDG d’Osem, Avi Ben Assayag, et le président du conseil d’administration, Dan Propper, ont rencontré Liberman et ont accepté de reporter de trois mois l’augmentation des prix. Les hausses interviendront désormais après la fête juive de Pessah.

Les parties ont également convenu d’explorer de nouveaux moyens de freiner l’augmentation prévue des prix.

Osem-Nestle et Schestowitz Ltd ont précédemment fait valoir que la hausse des prix était due à l’augmentation des matières premières comme la farine et l’huile, ainsi qu’à des problèmes de chaîne d’approvisionnement affectant les prix des importations en Israël.

La ministre israélienne de l’Économie Orna Barbivai assiste à une conférence de presse au Parlement israélien pour discuter des conditions de travail des internes en médecine israélienne, qui ont manifesté par centaines ces dernières semaines, le 6 octobre 2021. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

D’autres entreprises ont toutefois choisi d’ignorer les plaidoyers de Liberman et de Barbivai, espérant que le consommateur israélien sera prêt à payer davantage pour des produits que les ménages israéliens utilisent depuis des décennies.

Mardi, Liberman a reproché aux entreprises alimentaires d’essayer « de faire du profit aux dépens de la population » et a félicité les entreprises qui ont « fait preuve de solidarité » en choisissant de ne pas augmenter les prix pour le moment. Il a déclaré que le ministère des Finances « utilisera tous les outils à sa disposition » pour surveiller l’activité des entreprises qui ont augmenté leurs prix.

Les Israéliens doivent également faire face à des hausses du coût de l’électricité, qui augmentera de 5,7 % ce mois-ci, ce qui coûtera aux ménages israéliens un supplément estimé à 35 shekels par mois.

Le prix de l’essence augmentera de 0,34 shekel par litre, ce qui coûtera au consommateur israélien un supplément de 17 shekels en moyenne pour faire le plein de sa voiture.

Une employée d’Osem remplit les rayons d’un supermarché Rami Levy à Jérusalem, le 20 février 2020. (Crédit : Sue Surkes/Times of Israel)

Liberman a défendu les hausses du coût de l’énergie comme étant modérées par rapport au reste du monde.

Tout au long de l’année 2021, le coût des biens de consommation en Israël a augmenté de 2,8 %, le taux le plus élevé en 13 ans, selon les données publiées par le Bureau central des statistiques.

Les hausses de l’indice des prix à la consommation ont été observées dans l’habillement et les chaussures (1,1 %), l’équipement de la maison (0,7 %) et l’alimentation (0,5 %).

Par ailleurs, les prix du logement au niveau national ont poursuivi leur forte hausse, le prix moyen des maisons dans le pays ayant augmenté de 10,6 %.

Un chantier de construction dans la ville israélienne de Beit Shemesh, le 5 septembre 2021. (Nati Shohat/Flash90)

Début décembre, Liberman a déclaré que la réduction du coût de la vie était le défi le plus difficile à relever pour le gouvernement.

« Il y aura une bataille – qui ne sera pas facile – sur la question du coût de la vie », a déclaré le ministre des Finances lors d’une conférence d’affaires, donnant l’exemple du prix des produits laitiers. « Avec les produits laitiers, nous avons atteint une situation absurde : ici, en Israël, ils sont 79 % plus chers qu’en Europe. Un kilo de yaourt coûte 17 shekels en Israël et 8,50 shekels en Europe », a-t-il déclaré.

Le gouvernement a prévu de réformer en profondeur le secteur agricole afin de permettre l’importation de produits, notamment d’œufs et de produits laitiers, de l’étranger. Cette mesure vise à accroître la concurrence et à proposer un plus large éventail de produits aux consommateurs israéliens.

Un reportage réalisé en décembre par l’organisation humanitaire israélienne Latet a révélé que plus de 2,5 millions d’Israéliens vivent actuellement dans la pauvreté, dont plus de 1,1 million d’enfants, et que 932 000 ménages sont en situation de détresse économique.

Ricky Ben-David a contribué à cet article.

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