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Hausse des prix : des ministres mettent en garde les géants de l’agro-alimentaire

Liberman et Barbivai menacent de "prendre les mesures nécessaires pour garantir une économie juste et compétitive", dans des lettres à Osem, Strauss et 5 autres firmes alimentaires

Ricky Ben-David est journaliste au Times of Israël

Des Israéliens dans un supermarché de Givat Shaul, à Jérusalem, le 27 octobre 2021. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Des Israéliens dans un supermarché de Givat Shaul, à Jérusalem, le 27 octobre 2021. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Les ministres israéliens des Finances et de l’Économie ont envoyé dimanche des lettres de mise en garde aux directions des plus grandes sociétés alimentaires et aux distributeurs en Israël, exigeant qu’ils reviennent sur leur décision d’augmenter les prix des produits alimentaires cette année.

Les ministres ont cité “les difficultés économiques des citoyens liées à la pandémie du COVID-19, ainsi que les entreprises bénéficiaires” qui ont publié des bilans d’une valeur de plusieurs millions de dollars et octroyé des bonus pour leurs dirigeants en 2021.

Les ministres ont indiqué qu’ils attendaient des distributeurs alimentaires qu’ils se montrent “responsables” et qu’ils renoncent à augmenter leurs prix dans un pays qui fait face à un coût de la vie déjà bien élevé.

“Nous allons continuer de surveiller les prix pour le consommateur israélien, avec un bon sens de la responsabilité nationale, et dans ce contexte, nous n’hésiterons pas à prendre les mesures nécessaires pour assurer une économie juste et compétitive”, peut-on lire dans les lettres, signées par le ministre des Finances Avigdor Liberman et la ministre de l’Économie Orna Barbivai.

La ministre israélienne de l’Économie Orna Barbivai assiste à une conférence de presse au Parlement israélien pour discuter des conditions de travail des internes en médecine israélienne, qui ont manifesté par centaines ces dernières semaines, le 6 octobre 2021. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

“Vos annonces d’augmentations de prix en ce moment sont cyniques et agressives à l’égard des citoyens du pays”, ont écrit Liberman et Barbivai.

Les lettres ont été envoyées à sept sociétés alimentaires et de produits ménagers en Israël, dont le groupe Strauss, Osem (qui appartient à la société suisse Nestlé) et Sano.

Dans la lettre adressée au PDG du groupe Strauss, Giora Bardea, les ministres ont indiqué que la société (un des plus grands conglomérats alimentaires incluant des produits laitiers, des salades, et snacks et produits moulés) a enregistré des profits records en 2021 et de fortes marges en Israël, en comparaison avec les autres pays où sont vendus ses produits.

“La société a payé en tout 270 millions de shekels de dividendes en 2021, un chiffre record … dans la dernière décennie”, ont écrit les ministres, critiquant les actuels prix de l’entreprise, qu’ils disent être “plus élevés que la moyenne mondiale”.

Dans une lettre destinée au PDG de la société israélienne de vente et de distribution, Diplomat, qui importe des produits alimentaires des marques comme Tide, Kellogg’s, Illy, Pampers et Starkist, les ministres ont constaté que le directeur avait reçu un bonus de 11,5 millions de shekels en 2021.

Des gens font leurs courses dans un supermarché à Givat Shaul, Jérusalem, le 27 octobre 2021. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Les ministres ont écrit dans toutes les lettres qu’un shekel fort combiné avec de faibles inflations et des augmentations de salaires en 2021 “signifiaient que les produits et matériaux de base achetés par votre société pour Israël étaient moins chers pour vous, sans que vous ayez eu à baisser les prix pour le consommateur israélien en conséquence, alors qu’ils [ces prix] faisaient partie des plus élevés du monde”.

La lettre disait que l’économie d’Israël était forte, mais que la crise sanitaire mondiale n’était pas terminée. “Le peuple et les petites entreprises n’ont pas guéri de la crise du corona, et quelques-uns ont été touchés par la vague Omicron qui touche en ce moment le pays.”

Le gouvernement israélien, les ministères ont affirmé qu’ils faisaient “tout ce qui était en leur pouvoir pour les aider à surmonter cette vague en toute sécurité, mais nous avons également besoin de la coopération d’autres “acteurs” du marché.

A la fin du mois dernier, Osem a subi un torrent de critiques et d’appels au boycott après avoir annoncé qu’il augmenterait les prix de ses produits le mois prochain. Osem a indiqué que, dès février, les prix de ses produits seraient augmentés entre 3 et 7 %, en raison d’une hausse du prix des ingrédients de base.

Une employée d’Osem remplit les rayons d’un supermarché Rami Levy à Jérusalem, le 20 février 2020. (Crédit : Sue Surkes/Times of Israel)

Osem est l’un des plus grands producteurs en Israël, et vend des produits classiques du garde-manger tels que les pâtes, le ketchup, les céréales, les crackers et le snack (hyper) populaire à base de cacahuètes, le Bamba.

Dans plusieurs supermarchés, des activistes ont placé des autocollants sur les produits Osem, demandant aux consommateurs de boycotter la marque; et certains politiciens se sont aussi déclarés contre cette décision.

A côté de cela, les prix de l’essence vont augmenter dans la nuit de lundi à mardi à des niveaux qui n’ont pas été vus depuis sept ans, à 6,71 shekels par litre d’essence Octane 95 en libre service, suscitant une indignation supplémentaire.

Début décembre, Liberman a indiqué que baisser le coût de la vie était le challenge le plus difficile que rencontrait le gouvernement, qui lutte également à faire baisser les prix de l’immobilier qui grimpent en flèche.

Avigdor Liberman, chef du parti de Yisrael Beitenu, lors d’une déclaration à la presse, à Jérusalem, le 11 décembre 2019. (Menahem KAHANA / AFP)

“Il y aura une bataille, qui ne sera pas facile, sur le problème du coût de la vie”, a dit le ministre des Finances lors d’une conférence d’affaires, donnant comme exemple le prix des produits laitiers. “Avec les produits laitiers, nous avons atteint une situation absurde en Israël où ils sont 79 % plus chers qu’en Europe. Un kilogramme de yaourt coûte 17 shekels en Israël et 8,50 shekels en Europe”, a-t-il affirmé.

Le gouvernement a des projets importants pour réformer le secteur agricole, afin d’autoriser les importations de produits, dont les œufs et les produits laitiers de l’étranger. Ces importations doivent augmenter la compétitivité et rendre une plus grande gamme de produits disponible aux consommateurs israéliens.

L’indignation au sujet de la hausse des prix a grandi le mois dernier, plus de 10 ans après qu’Israël a vu pour la dernière fois un mouvement social lié à ce sujet.

Une augmentation des prix du cottage, un produit de base israélien, avait alors été l’étincelle qui avait débouché sur la “Révolution des tentes” en 2011, qui a vu de jeunes Israéliens furieux suite aux augmentations fortes des loyers et du coût de la vie, ériger des abris sur le très huppé boulevard Rothschild situé au cœur de Tel Aviv. Des milliers de manifestants avaient vite envahi les rues dans l’ensemble du pays, scandant des slogans pour réclamer une meilleure justice sociale. Cependant, le mouvement n’a pas eu beaucoup d’effets concrets.

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