Sous pression, Netanyahu remercie les ministres qui l’ont ouvertement soutenu
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Sous pression, Netanyahu remercie les ministres qui l’ont ouvertement soutenu

Le Premier ministre n’a pas mentionné publiquement les affaires de corruption qui le concernent, mais a remercié “ceux qui ont donné des interviews” pour le soutenir

Raoul Wootliff est le correspondant parlementaire du Times of Israël

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, au centre, entouré d'Avichai Mandelblit, à gauche, alors secrétaire du cabinet, et d'Ari Harow, qui était son directeur de cabinet, en mars 2014. (Crédit : Danny Meron/Pool/Flash90)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, au centre, entouré d'Avichai Mandelblit, à gauche, alors secrétaire du cabinet, et d'Ari Harow, qui était son directeur de cabinet, en mars 2014. (Crédit : Danny Meron/Pool/Flash90)

Alors que plusieurs ministres du Likud sont restés silencieux après les dernières informations sur les enquêtes pour des faits de corruption contre le Premier ministre, Benjamin Netanyahu a remercié dimanche ceux qui l’ont défendu, dans des propos perçus comme inhabituellement tempérés pour le dirigeant généralement combatif.

Netanyahu n’a pas mentionné publiquement ses problèmes juridiques au début de la réunion hebdomadaire du cabinet dimanche matin, se contentant d’une subtile remarque hors caméra sur la tiédeur du soutien de ses ministres.

Alors que Netanyahu est de plus en plus sous pression, au moment où la police semble proche de recommander sa mise en examen dans deux enquêtes sur des faits de corruption présumés, plusieurs ministres du Likud ont pris sa défense dimanche matin. La plupart d’entre eux ont cependant choisi de rester en dehors du débat.

Ari Harow, ancien proche du Premier ministre, a signé vendredi un accord qui fait de lui un témoin de l’accusation. Jeudi, la police avait dit explicitement pour la première fois que les affaires impliquant Netanyahu portaient sur des faits de « corruption, fraude, et abus de confiance ».

Ari Harow, ancien chef de cabinet du Premier ministre Benjamin Netanyahu pendant une réunion du Likud à la Knesset, le 24 novembre 2014. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)
Ari Harow, ancien chef de cabinet du Premier ministre Benjamin Netanyahu pendant une réunion du Likud à la Knesset, le 24 novembre 2014. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Après avoir choisi d’ignorer publiquement ces informations, préférant se concentrer sur la visite lundi en Israël du président du Togo, et sur l’introduction d’un nouveau système d’identification biométrique, Netanyahu a brièvement mentionné les enquêtes à ses ministres une fois la presse partie.

« Je veux remercier nos ministres », a dit Netanyahu sur l’intense couverture médiatique de ces enquêtes, selon des sources internes à la coalition, « ceux qui ont donné des interviews. »

Cette remarque a été prise par certains comme une critique contre la majorité de ses ministres, notamment ceux de son propre parti, le Likud, qui ont évité toute déclaration publique sur le sujet.

Avant la réunion, une seule des 22 ministres a accepté de parler à la presse devant la salle du cabinet.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et sa ministre de la Culture et des Sports Miri Regev pendant la réunion hebdomadaire du cabinet à Jérusalem, le 11 décembre 2016. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et sa ministre de la Culture et des Sports Miri Regev pendant la réunion hebdomadaire du cabinet à Jérusalem, le 11 décembre 2016. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Miri Regev, la ministre de la Culture, l’une des rares ministres à avoir défendu le Premier ministre, a déclaré qu’elle n’était « pas inquiète, et le Premier ministre non plus » des derniers développements.

Les médias ont annoncé vendredi que la police allait recommander d’inculper Netanyahu dans deux affaires, l’Affaire 1000 et l’Affaire 2000, alors que les enquêtes semblent être renforcées par les « informations significatives » fournies par l’ancien directeur de cabinet de Netanyahu, Ari Harow.

Une recommandation de la police n’a pas de poids judiciaire officiel. Elle est destinée au procureur, qui décidera ou non de poursuivre les suspects.

Dans l’Affaire 1000, Netanyahu et son épouse sont soupçonnés d’avoir reçu des cadeaux illégaux de la part de milliardaires, notamment des centaines de milliers de shekels de cigares et de champagne offerts par Arnon Milchan, producteur hollywoodien né en Israël.

L’Affaire 2000 porte sur un accord de contrepartie présumé entre Netanyahu et le propriétaire du quotidien Yedioth Ahronoth, Arnon Moses, dans lequel le Premier ministre aurait entravé un quotidien rival, Israël Hayom, qui appartient à Sheldon Adelson, en faisant adopter une loi par la Knesset, en échange d’une couverture plus favorable du Yedioth.

Dimanche, Regev avait déjà défendu becs et ongles le Premier ministre en accordant des interviews à plusieurs radios israéliennes, affirmant que toutes les accusations étaient le fruit d’un « lynchage médiatique ».

« Les médias et une partie de l’opposition essayent de faire tomber le Premier ministre depuis 20 ans, a dit Regev à la radio militaire. C’est la même chose maintenant, avec ces demi-vérités sur cette dernière [affaire de] corruption. Ils ne réussiront pas. »

Tzipi Hotovely, vice-ministre des Affaires étrangères. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Tzipi Hotovely, vice-ministre des Affaires étrangères. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Suite à la réunion du cabinet, la vice-ministre des Affaires étrangères, Tzipi Hotovely, a déclaré, comme ses collègues du Likud Yisrael Katz et Tzahi Hanegbi, que les médias tentaient de renverser Netanyahu sans lui permettre d’être jugé de manière juste.

« Il est légitime de critiquer le gouvernement. Il n’est pas légitime d’imposer un jugement déjà écrit aux autorités judiciaires », a-t-elle déclaré dans un communiqué.

Gilad Erdan, ministre de la Sécurité intérieure, a lui aussi appuyé Netanyahu dimanche, déclarant que le Premier ministre devait être soutenu en raison de « l’offensive médiatique contre lui ».

Dans un communiqué, il a ajouté que le Premier ministre restait innocent jusqu’à preuve du contraire, et qu’affirmer qu’il était coupable « n’avait pas sa place dans un état démocratique. »

« Nous devons faire confiance au procureur général et aux forces de l’ordre, qui font leur travail », a-t-il dit.

Ayelet Shaked, la ministre de la Justice, a affirmé que la loi n’exigeait pas que le Premier ministre démissionne à moins qu’il ne soit jugé coupable d’un crime de turpitude morale. Les ministres doivent démissionner s’ils sont mis en examen, mais pas les Premiers ministres, a-t-elle indiqué, une interprétation qui n’est pas partagée par tous les experts.

Shaked, dont le parti HaBayit HaYehudi appartient à la coalition, a dit à la Deuxième chaîne qu’elle ne voulait pas que le gouvernement tombe, mais qu’il y aurait des conséquences éthiques si Netanyahu était inculpé.

« Si nous arrivons à une situation de mise en examen, les partis de la coalition devront se réunir et envisager ce qui peut être fait », a-t-elle dit.

Le ministre de l'Education Naftali Bennett (à gauche) et le Premier ministre Benjamin Netanyahu, le 1er septembre 2015. (Crédit : Haim Hornstein/Flash90)
Le ministre de l’Education Naftali Bennett (à gauche) et le Premier ministre Benjamin Netanyahu, le 1er septembre 2015. (Crédit : Haim Hornstein/Flash90)

Naftali Bennett, ministre de l’Education et président de HaBayit HaYehudi, a soutenu Netanyahu dimanche, affirmant qu’ « Israël a besoin de stabilité et nous devons soutenir le gouvernement national, et nous sommes engagés à sa continuation », a-t-il déclaré dans un communiqué.

« Le Premier ministre est présumé innocent, et j’espère que les enquêtes se concluront sans inculpation », a-t-il ajouté.

Ehud Olmert, le prédécesseur de Netanyahu, avait démissionné en 2009, avant d’être mis en examen pour des faits de corruption.

Dans une courte vidéo publiée vendredi soir, peu avant l’entrée de Shabbat, Netanyahu a affirmé que les enquêtes à son encontre n’étaient que du « bruit de fond », et qu’il continuait à travailler au service des citoyens israéliens.

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