Les ministres du Likud soutiennent tièdement leur Premier ministre
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Les ministres du Likud soutiennent tièdement leur Premier ministre

Regev et Katz affirment que Netanyahu ne devrait pas céder à la pression des médias, mais la majorité des ministres du parti et membres du Cabinet restent silencieux

Raoul Wootliff est le correspondant parlementaire du Times of Israël

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et la ministre de la Culture et des Sports Miri Regev à la Knesset, le 17 juin 2015. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et la ministre de la Culture et des Sports Miri Regev à la Knesset, le 17 juin 2015. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Alors que le Premier ministre Benjamin Netanyahu est de plus en plus sous pression, au moment où la police semble proche de recommander sa mise en examen dans deux enquêtes sur des faits de corruption présumés, plusieurs ministres du Likud ont pris sa défense dimanche matin. La plupart d’entre eux ont cependant choisi de rester en dehors du débat.

Ari Harow, ancien proche du Premier ministre, a signé vendredi un accord qui fait de lui un témoin de l’accusation. Jeudi, la police avait dit explicitement pour la première fois que les affaires impliquant Netanyahu portaient sur des faits de « corruption, fraude, et abus de confiance ».

L’avocate la plus passionnée du Premier ministre, la ministre de la Culture et des Sports Miri Regev, alliée de longue date de Netanyahu, a donné des interviews enflammées à plusieurs radios israéliennes, affirmant que toutes les accusations étaient le fruit d’un « lynchage médiatique ».

Répétant une partie du post qu’elle a publié samedi soir sur Facebook, dans lequel elle indiquait que Netanyahu n’était pas inquiet des derniers développements, Regev a dit dimanche qu’elle était « certaine à 100 % » que le Premier ministre était innocent.

Miri Regev, ministre de la Culture et des Sports, à la Knesset, le 26 avril 2017. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Miri Regev, ministre de la Culture et des Sports, à la Knesset, le 26 avril 2017. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

« Les médias et une partie de l’opposition essayent de faire tomber le Premier ministre depuis 20 ans, a dit Regev à la radio militaire. C’est la même chose maintenant, avec ces demi-vérités sur cette dernière [affaire de] corruption. Ils ne réussiront pas. »

La plupart des ministres du Likud ont cependant refusé de s’exprimer officiellement dimanche sur les enquêtes.

Le mois dernier, quand la police a révélé que plusieurs proches de Netanyahu étaient enferrés dans deux autres enquêtes sur des faits de corruption, le Premier ministre avait convoqué ses alliés les plus importants, Yuval Steinitz, le ministre de l’Energie, Yariv Levin, le ministre du Tourisme, Zeev Elkin, le ministre de l’Environnement, Ofir Akunis, le ministre des Sciences et de la technologie, ainsi que Regev, pour une réunion d’urgence afin de discuter de la stratégie de réponse aux médias.

Dimanche, à l’exception de Regev, ils ont tous gardé le silence sur les derniers développements et refusé de répondre aux demandes de commentaires du Times of Israël.

Trois autres ministres du Likud, Ayoub Kara, ministre des Communications, Yisrael Katz, ministre des Transports et des Renseignements, et Tzahi Hanegbi, ministre de la Coopération régionale, ont soutenu de manière plus ou moins forte le Premier ministre pendant le week-end.

Les médias ont annoncé vendredi que la police allait recommander d’inculper Netanyahu dans deux affaires, l’Affaire 1000 et l’Affaire 2000, alors que les enquêtes semblent être renforcées par les « informations significatives » fournies par l’ancien directeur de cabinet de Netanyahu, Ari Harow.

Ari Harow, ancien chef de cabinet du Premier ministre Benjamin Netanyahu pendant une réunion du Likud à la Knesset, le 24 novembre 2014. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)
Ari Harow, ancien chef de cabinet du Premier ministre Benjamin Netanyahu pendant une réunion du Likud à la Knesset, le 24 novembre 2014. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Une recommandation de la police n’a pas de poids judiciaire officiel. Elle est destinée au procureur, qui décidera ou non de poursuivre les suspects.

Dans l’Affaire 1000, Netanyahu et son épouse sont soupçonnés d’avoir reçu des cadeaux illégaux de la part de milliardaires, notamment des centaines de milliers de shekels de cigares et de champagne offerts par Arnon Milchan, producteur hollywoodien né en Israël.

L’Affaire 2000 porte sur un accord de contrepartie présumé entre Netanyahu et le propriétaire du quotidien Yedioth Ahronoth, Arnon Moses, dans lequel le Premier ministre aurait entravé un quotidien rival, Israël Hayom, qui appartient à Sheldon Adelson, en faisant adopter une loi par la Knesset, en échange d’une couverture plus favorable du Yedioth.

Quelque 2 000 personnes ont manifesté samedi soir près du domicile du procureur général Avichai Mandelblit, pour lui demander de mettre en examen Netanyahu. Non loin de là, une centaine de partisans du Likud, le parti du Premier ministre, participait à une contre-manifestation, organisée par David Bitan, président de la coalition, comme démonstration de soutien à Netanyahu.

Sur la radio publique israélienne, Regev a déclaré que le Premier ministre ne devait pas démissionner, même s’il était mis en examen.

« Quand apprendront-ils [les médias] que le gouvernement n’est remplacé que par les urnes, et pas par les médias ou par une tentative de faire pression sur le procureur général et les autorités judiciaires ?, a-t-elle demandé. J’appelle le Premier ministre à continuer. Même dans le cas d’une mise en examen, je recommande et demande au Premier ministre de ne pas démissionner. »

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, à droite, avec sa ministre de la Justice, Ayelet Shaked, à la Knesset, le 21 décembre 2016. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, à droite, avec sa ministre de la Justice, Ayelet Shaked, à la Knesset, le 21 décembre 2016. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Ayelet Shaked, la ministre de la Justice, a affirmé que la loi n’exigeait pas que le Premier ministre démissionne à moins qu’il ne soit jugé coupable d’un crime de turpitude morale. Les ministres doivent démissionner s’ils sont mis en examen, mais pas les Premiers ministres, a-t-elle indiqué, une interprétation qui n’est pas partagée par tous les experts.

Shaked, dont le parti HaBayit HaYehudi appartient à la coalition, a dit à la Deuxième chaîne qu’elle ne voulait pas que le gouvernement tombe, mais qu’il y aurait des conséquences éthiques si Netanyahu était inculpé.

« Si nous arrivons à une situation de mise en examen, les partis de la coalition devront se réunir et envisager ce qui peut être fait », a-t-elle dit.

Ehud Olmert, le prédécesseur de Netanyahu, avait démissionné en 2009, avant d’être mis en examen pour des faits de corruption.

Katz, qui jouit d’une forte influence au Likud et a parfois affronté Netanyahu, a lui aussi soutenu le Premier ministre sur Facebook dimanche, mais n’a pas affirmé que son innocence serait prouvée.

« Le Premier ministre devrait être autorisé à remplir ses devoirs selon le mandat qui lui a été accordé par la population, a écrit Katz. Dans un pays démocratique, vous ne pouvez pas renverser un Premier ministre par des manifestations ou des enquêtes incomplètes. »

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, à droite, et le ministre des Transports et des Renseignements Yisrael Katz pendant la réunion hebdomadaire du cabinet, le 24 janvier 2016. (Crédit : Ohad Zwigenberg/Pool)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, à droite, et le ministre des Transports et des Renseignements Yisrael Katz pendant la réunion hebdomadaire du cabinet, le 24 janvier 2016. (Crédit : Ohad Zwigenberg/Pool)

Sur la radio militaire, Hanegbi a défendu plutôt tièdement Netanyahu, refusant de dire si Netanyahu devrait ou non démissionner s’il était inculpé, affirmant qu’il ne pensait pas qu’il y aurait une mise en examen avant les prochaines élections, qui sont actuellement fixées pour 2019.

Selon des « sources haut placées au Likud », citées dimanche par le Yedioth Ahronoth, « si le Premier ministre est mis en examen, nous ne lui permettrons pas de poursuivre à son poste. »

Dans une courte vidéo publiée vendredi soir, peu avant l’entrée de Shabbat, Netanyahu a affirmé que les enquêtes à son encontre n’étaient que du « bruit de fond », et qu’il continuait à travailler au service des citoyens israéliens.

Netanyahu n’a pas mentionné ces problèmes juridiques pendant ses remarques publiques au début de la réunion hebdomadaire du cabinet dimanche matin.

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