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Terrorisme palestinien : Israël ferme les bureaux d’ONG liées au FPLP

L’armée est intervenue à Ramallah, en application d’une décision de 2021, ratifiée cette semaine, interdisant ces groupes à raison de leurs liens présumés avec le FPLP

Emanuel Fabian est le correspondant militaire du Times of Israël.

Un soldat israélien soude une porte, dans la ville de Ramallah, en Cisjordanie, le 18 août 2022. Les soldats israéliens sont intervenus au siège de plusieurs organisations palestiniennes de défense des droits qu’elles ont déclarées comme groupes terroristes. (Armée israélienne)
Un soldat israélien soude une porte, dans la ville de Ramallah, en Cisjordanie, le 18 août 2022. Les soldats israéliens sont intervenus au siège de plusieurs organisations palestiniennes de défense des droits qu’elles ont déclarées comme groupes terroristes. (Armée israélienne)

Les soldats israéliens sont intervenus très tôt, jeudi matin, à Ramallah, au siège de plusieurs ONG palestiniennes désignées par Israël comme des organisations terroristes. Ils ont soudé les portes et laissé des avis de fermeture.

Israël estime que ces groupes sont des branches de l’organisation terroriste Front populaire de libération de la Palestine (FPLP), au grand dam des groupes qui nient catégoriquement toute affiliation. Ils accusent Israël de tenter d’étouffer les critiques sur ce qu’ils présentent comme des violations des droits de l’homme.

Mercredi soir, le ministre de la Défense, Benny Gantz, a ratifié la décision d’octobre 2021 qualifiant certaines organisations de groupes terroristes liés au Front populaire de libération de la Palestine. Il s’agit de l’Union des comités de femmes palestiniennes, du Centre de recherche et de plaidoyer Bisan et d’Addameer, qui représente les prisonniers sécuritaires palestiniens devant les tribunaux militaires israéliens.

Par ailleurs, le chef du Commandement central de l’armée israélienne a rejeté le recours de l’organisation de défense des droits palestiniens Al-Haq et de Défense pour les enfants-International en Palestine, groupe qui travaille en faveur des enfants palestiniens, demandant à être retirées de la liste des terroristes.

D’autres groupes, dont l’Union des comités de travail agricoles, restent également répertoriés comme entités liées au Front populaire de libération de la Palestine.

Tsahal a déclaré jeudi matin que les soldats avaient fermé les bureaux de sept organisations en Cisjordanie pendant la nuit, saisissant « des biens appartenant aux organisations terroristes ».

« Au cours de l’opération antiterroriste, des pierres et cocktails Molotov ont été jetés sur les soldats, qui ont répondu par des moyens de dispersion des émeutes », a précisé Tsahal.

Selon Al-Haq et DCI-P, les soldats ont saisi des « dossiers clients », soudé les portes des bureaux à Ramallah et laissé des avis de fermeture.

« Ils sont venus, ont fait sauter la porte, sont entrés à l’intérieur et ont retourné tous les dossiers », a déclaré Shawan Jabarin, directeur d’al-Haq, à l’Associated Press, ajoutant qu’ils examinaient toujours si des documents avaient été saisis.

« Les soldats et la police des frontières ont mené une opération au cours de la nuit pour fermer des institutions utilisées par le FPLP (…) Les soldats ont fermé sept organisations et confisqué des biens appartenant à cette organisation terroriste », a indiqué l’armée israélienne dans un communiqué.

Des « pierres et des cocktails Molotov » ont été lancés en direction des forces israéliennes qui ont utilisé des « moyens pour disperser la foule », a affirmé l’armée.

Au cours de cette opération, des soldats israéliens ont aussi pénétré, occupé et brisé des vitres de l’église anglicane St. Andrew, adjacente aux locaux de l’ONG al-Haq. « Vers 3H00 du matin nous avons commencé à entendre des tirs et des coups à la porte (…) deux heures plus tard les soldats sont sortis et nous avons découvert qu’ils avaient forcé la porte d’entrée et pénétré dans l’église », a déclaré à l’AFP le révérend Fadi Diab. « De l’église, ils (les soldats, ndlr) sont entrés dans les locaux d’al-Haq », a-t-il ajouté, se disant « outré » par cette incursion dans un lieu de culte.

La décision prise l’an dernier par les autorités israéliennes avait déclenché une vive réaction dans le monde, l’Union européenne, l’Autorité palestinienne, des démocrates progressistes américains, groupes juifs américains et organisations internationales de défense des droits de l’homme se montrant critiques.

La plupart des organisations répertoriées par les autorités israéliennes enregistrent et recueillent des preuves des violations présumées des droits de l’homme par Israël et par l’Autorité palestinienne, qui détient régulièrement des militants palestiniens. Nombre d’entre elles reçoivent d’importantes subventions de la part des États membres de l’UE et des Nations unies, entre autres donateurs.

Les porte-paroles de ces groupes et des organisations internationales nient farouchement toute implication terroriste et accusent Israël de tenter d’étouffer les critiques sur des violations des droits de l’homme.

En juillet, neuf États membres de l’UE ont déclaré qu’Israël n’avait pas suffisamment étayé ses accusations et qu’ils continueraient à travailler avec les groupes ciblés.

« Ces accusations ne sont pas nouvelles et Israël ne réussit même pas à convaincre ses amis sur le sujet », a déclaré Jabarin.

Shawan Jabarin, directeur du groupe de défense des droits de l’homme al-Haq, dans les bureaux de l’organisation à Ramallah, en Cisjordanie, le 23 octobre 2021. (AP Photo/Majdi Mohammed)

Jabarin a déclaré que « les voisins et étrangers » qui se trouvaient à proximité au moment de l’opération de jeudi avaient ouvert le bureau de Ramallah après le départ de l’armée israélienne, et que le personnel d’al-Haq avait repris le travail.

« Nous n’avons besoin de l’autorisation d’aucun responsable militaire ou politique israélien. Nous poursuivons notre travail, encouragés par notre foi en la responsabilité et le droit international », a-t-il ajouté.

L’AP a décrit la fermeture des organisations comme une « escalade dangereuse » et a déclaré qu’il s’agissait « d’une tentative d’étouffer la voix de la vérité et de la justice ».

Hussein al-Sheikh, haut responsable palestinien, a déclaré que l’AP appellerait la communauté internationale à rouvrir les institutions.

Le ministère de la Défense a affirmé que les organisations en question « opéraient sans le dire pour le Front populaire de libération de la Palestine » et travaillaient « sous couvert d’activités humanitaires a la promotion des objectifs de l’organisation terroriste Front populaire de libération de la Palestine ».

« La vocation de ces organisations est de renforcer le Front populaire de libération de la Palestine et recruter des agents. Ils collectent des fonds pour l’organisation terroriste en utilisant différentes méthodes incluant la falsification et la fraude.

« Ces cinq organisations sont contrôlées par le Front populaire de libération de la Palestine, emploient des agents du Front populaire de libération de la Palestine à des postes de direction et de terrain, et opèrent pour dissimuler leur affiliation à l’organisation terroriste, par peur des agences de sécurité en Israël et dans les pays qui les subventionnent. »

NGO Monitor, qui suit l’activité des ONG anti-israéliennes, a déclaré que la ratification de la décision par Gantz était « une réponse au refus européen de tirer les conséquences des preuves ».

« Même sans aucun renseignement classifié, les informations publiées par NGO Monitor, obtenues de sources ouvertes, montrent clairement les liens entre le Front populaire de libération de la Palestine et les ONG financées par l’Europe », a déclaré Gerald Steinberg, fondateur de NGO Monitor.

Les lois militaires et civiles israéliennes interdisent de soutenir ou d’adhérer à un groupe terroriste, et les contrevenants encourent plusieurs années de prison. Les autorités israéliennes peuvent également saisir les avoirs appartenant à des organisations terroristes et interdire le financement de leurs activités. Les donateurs peuvent également encourir une peine de prison importante.

Les autorités israéliennes ont déjà accusé le Front populaire de libération de la Palestine d’avoir volé des millions d’euros à des organisations de la société civile affiliées à ses membres pour financer des activités terroristes. En mai 2021, le Shin Bet avait interpellé quatre suspects, dont un citoyen espagnol, qui auraient fait transité des fonds européens vers le Front populaire de libération de la Palestine.

« L’Union européenne continuera de soutenir les organisations de la société civile qui ont un rôle à jouer dans la promotion du droit international, les droits humains et les valeurs démocratiques », a affirmé jeudi Nabila Massrali, porte-parole du chef de la diplomatie européenne Josep Borrell, rappelant que des « allégations passées de détournement de financements européens n’ont pas été prouvées ».

L’AFP et l’équipe du Times of Israel ont contribué à cet article.

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