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« The Survivor », un film sur l’histoire personnelle d’un traumatisme post-Shoah

Le réalisateur Barry Levinson a accepté de tourner le film pour comprendre le vécu de sa propre famille, a raconté le producteur du long-métrage avant sa Première américaine

Jessica Steinberg est responsable notre rubrique « Culture & Art de vivre »

Ben Foster dans le rôle de Harry Haft, survivant de la Shoah devenu boxeur professionnel dans 'The Survivor' sur HBO. (Crédit : Jessica Kourkounis/HBO)
Ben Foster dans le rôle de Harry Haft, survivant de la Shoah devenu boxeur professionnel dans 'The Survivor' sur HBO. (Crédit : Jessica Kourkounis/HBO)

Quand Barry Leivinson, lauréat d’un Oscar, avait accepté de réaliser « The Survivor », il avait évoqué son grand-oncle survivant de la Shoah pour expliquer pourquoi il était intéressé par la perspective de mettre en scène le nouveau film de HBO consacré à l’histoire de Harry Haft, rescapé d’Auschwitz devenu boxeur professionnel, qui a été diffusé en Israël pour la toute première fois mardi soir.

Le film, qui est à découvrir aux États-Unis sur HBO depuis mercredi, et alors que l’État juif célèbre aujourd’hui Yom HaShoah, raconte l’histoire de la survie de Haft, boxeur à Auschwitz et il se consacre très largement à son existence après la guerre – l’existence d’un homme traumatisé vivant aux côtés de sa famille à Brooklyn, à New York.

C’est Ben Foster qui prête ses traits à Harry Haft et figurent également au casting Vicky Krieps, Billy Magnussen, Peter Sarsgaard, Saro Emirze, Dar Zuzovsky, Danny DeVito et John Leguizamo.

Les producteurs de « The Survivor » avaient rencontré Levinson au cours d’un déjeuner à Hollywood et Levinson « n’avait pas dit un mot » au sujet du script qui lui était proposé, raconte Matti Leshem, l’un des producteurs. Il avait préféré évoquer l’histoire de son oncle Simka, venu vivre chez les parents du réalisateur lorsque ce dernier était encore un petit garçon. Il dormait dans le salon, s’était souvenu Levinson pendant le repas, ajoutant que la nuit, pendant son sommeil, il hurlait dans une langue que l’enfant ne comprenait pas.

« C’est évident que Barry Levinson a apporté son style en matière de narration », dit Leshem, qui dirige la société de production New Mandate Films aux côtés de son partenaire et ami Joel Greenberg. Les deux hommes ont développé le film à partir d’un script basé sur une biographie écrite par Alan Scott Haft, fils de Harry, intitulée Harry Haft: Survivor of Auschwitz, Challenger of Rocky Marciano.

Levinson a finalement accepté de réaliser « The Survivor, », un moyen pour lui d’en apprendre également davantage sur son oncle et d’explorer la vie de ce dernier, en particulier après la Shoah.

« Tourner ce genre de scènes avec la plus grande exactitude possible est une énorme responsabilité », note Leshem. « Nous avons consacré beaucoup de temps à la nécessité de faire les choses de la manière la plus juste possible, à la nécessité de refléter l’histoire de Harry de la manière la plus fidèle possible, en racontant sa vie entière en deux heures. »

Avant de commencer le tournage, les producteurs ont cherché des informations sur l’oncle de Levinson et ils ont trouvé « un dossier de 40 pages », raconte Greenberg. Le dossier a été remis au réalisateur avant qu’il ne commence à filmer « The Survivor ».

L’histoire de Harry en tant que boxeur est unique, commente Greenberg, mais lui et Leshem ont été finalement plus intéressés par la façon dont les survivants ont pu prendre en charge leur stress post-traumatique en tentant de se créer une vie nouvelle après le Shoah – s’efforçant de construire de nouvelles familles et de répondre à leurs besoins.

« Il s’agit d’aller de l’avant, pas vraiment de passer à autre chose », explique Greenberg, un Juif américain de la troisième génération dont l’épouse est la fille d’un couple de survivants. Greenberg a commencé sa carrière en tant qu’avocat au département américain de la Justice, poursuivant les nazis aux États-Unis dans le cadre du Bureau des enquêtes spéciales.

La belle-mère de Greenberg avait vécu dans la clandestinité, en Slovaquie, pendant la Shoah et le père de Leshem avait passé la guerre dans la résistance tchèque avant de partir pour Israël en tant que correspondant de guerre. De là, il était ensuite parti aux États-Unis.

« Quand on pense à la Shoah de manière académique, on pense aux victimes mais la Shoah, c’est aussi vraiment ces gens qui ont vécu leur vie après le génocide », explique Leshem. « Ce traumatisme de la deuxième génération, mais aussi de la troisième et de la quatrième. »

Joel Greenberg, à gauche, et Matti Leshem de New Mandate Films, les producteurs du film sur la Shoah ‘The Survivor,’ dont la première a eu lieu en Israël le 26 avril et a eu lieu le 27 avril aux États-Unis sur HBO. (Autorisation : Rafi Delouya)

Par chance, la scénariste de « The Survivor », Justine Juel Gillmer, est une Australienne dont la grand-mère, danoise, avait aidé des Juifs pendant la guerre et était elle-même boxeuse amatrice. L’histoire du film, outre le livre écrit par le fils de Haft, s’est aussi basée sur le témoignage apporté par Harry lui-même à l’USC Shoah Foundation, qui est aussi coproductrice du film.

Ce long-métrage est le premier projet de Leshem et Greenberg qui sont partenaires depuis cinq ans.

« Ce n’est pas un sujet simple et il n’est pas particulièrement vendeur mais nous sommes attachés à ce type d’histoire », a dit Leshem.

Les deux hommes se disent heureux que HBO ait acheté le film après sa Première au festival de Toronto, à l’automne dernier. La plateforme a diffusé « The Survivor » mercredi, à la veille de la Journée israélienne de commémoration de la Shoah, Yom HaShoah. L’histoire de Harry Haft est également à découvrir sur grand écran dans les salles de cinéma d’Israël et d’autres pays.

Greenberg et Leshem espèrent que la diffusion américaine, sur HBO, séduira les amateurs de boxe ainsi que les téléspectateurs américains plus jeunes qui peuvent n’avoir que des connaissances très limitées sur la Shoah.

Ils travaillent actuellement sur un autre long-métrage consacré à Otto Frank, père d’Anne Frank, qui revient notamment sur la façon dont il était parvenu à faire publier le journal intime de sa fille, jeune écrivaine prodige, après-guerre.

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