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Toulouse : Une série d’hommages au cardinal Jules Saliège, Juste parmi les nations

Les commémorations démarreront par un shabbat judéo-chrétien, ce vendredi soir, à l’Espace du judaïsme de Toulouse

Portrait de Jules-Géraud Saliège. (Crédit : SGA/DMPA)
Portrait de Jules-Géraud Saliège. (Crédit : SGA/DMPA)

Les communautés juives et catholiques de Toulouse organisent une série de célébrations, du 18 au 24 novembre, en hommage à l’archevêque Jules Saliège et à son action héroïque pendant la Seconde Guerre mondiale. Le religieux avait alors mis en place un réseau de soutien aux Juifs de son diocèse.

Les commémorations démarreront par un shabbat judéo-chrétien, ce vendredi soir, à l’Espace du judaïsme de Toulouse.

Dimanche, plusieurs évènements se tiendront à l’occasion d’une journée mémorielle. À 10h30, une messe d’hommage sera organisée à la cathédrale Saint-Étienne de Toulouse, suivie à 13h45 par des temps de mémoire à la synagogue Palaprat, puis à 15h au square Saliège. Le maire et le préfet s’exprimeront lors de l’hommage à la synagogue. La journée se clôturera par un concert judéo-chrétien à 17h à la cathédrale.

Haïm Korsia, grand rabbin de France, et l’émissaire du cardinal Kurt Koch, président au Saint-Siège du Conseil pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens, assisteront à la messe dominicale à la cathédrale Saint-Étienne.

Enfin, jeudi prochain, de 9h à 19h30, se tiendra une journée d’étude organisée par le Mémorial de la Shoah et l’Institut catholique de Toulouse, dans les locaux de celui-ci.

Il y a 80 ans, le 23 août 1942, alors que les rafles et les déportations de Juifs se multipliaient dans la France de Vichy et en zone occupée par les nazis, Monseigneur Jules Saliège (1870-1956), archevêque de Toulouse reconnu Juste parmi les nations en 1969, publiait une lettre dans laquelle il exprimait son indignation contre le traitement infligé aux Juifs. Le préfet de la Haute-Garonne venait alors d’ordonner la déportation de Juifs des camps de Noé et de Récébédou vers les camps de la mort.

« Les Juifs sont des hommes, les Juives sont des femmes. Tout n’est pas permis contre eux, contre ces hommes, contre ces femmes, contre ces pères et mères de famille. Ils font partie du genre humain. Ils sont nos Frères comme tant d’autres. Un chrétien ne peut l’oublier », écrivait-il notamment.

« France, patrie bien aimée France qui porte dans la conscience de tous tes enfants la tradition du respect de la personne humaine. France chevaleresque et généreuse, je n’en doute pas, tu n’es pas responsable de ces horreurs. »

Cette lettre, alors relayée par les curés des paroisses du diocèse de Toulouse et dont le gouvernement français a essayé de bloquer la diffusion, a été largement reprise et diffusée par le Vatican et sur les ondes de la BBC.

À l’occasion des 80 ans de la lettre, des scouts catholiques et juifs de Toulouse, âgés de 10 à 17 ans, et Mgr de Kerimel, archevêque de Toulouse, avaient diffusé cet été une vidéo relayant la parole de ce Juste parmi les nations.

Le grand rabbin de France et Mgr de Moulins Beaufort, président de la Conférence des évêques de France, avaient appelé en août à lire la lettre de Mgr Saliège dans toutes les synagogues et les paroisses de France.

Jules Saliège a dénoncé l’Allemagne nazie et son antisémitisme dès 1933, année de l’accession au pouvoir d’Adolf Hitler. À partir de mars 1941, il a agi pour aider matériellement les détenus (majoritairement étrangers) des camps de Noé et du Récébédou. Sans avoir jamais rejoint la Résistance proprement dite, il a été reconnu compagnon de la Libération par le général de Gaulle.

Avec Mgr Bruno de Solages, il a contribué à protéger de nombreux Juifs et proscrits, dont plusieurs sont cités par le site AJPN.org, les plaçant dans des lieux sûrs aux alentours de Toulouse.

Il a aussi œuvré avec son évêque auxiliaire, Louis de Courrèges, et avec l’ingénieur et résistant Georges Garel, pour sauver des enfants. Courrèges et Garel ont ainsi fait beaucoup pour l’Œuvre de secours aux enfants, en Haute-Garonne, sauvant entre 1 500 et 2 000 enfants selon les chiffres du Mémorial de la Shoah.

« Pour cet anniversaire, nous avons voulu mettre l’accent sur le rôle méconnu de l’Institut catholique de Toulouse dans la Résistance », a expliqué au magazine La Vie Maurice Lugassy, coordinateur régional du Mémorial de la Shoah. « En 1942, Jules Saliège était de santé trop fragile pour organiser des actions directes, alors il a soutenu les initiatives de son ami Bruno de Soulages, le recteur de l’Institut catholique. Soulages a fabriqué de fausses cartes d’étudiant pour protéger de jeunes Juifs de la déportation et il a fait de son institut un lieu de refuge, jusqu’à sa déportation en 1944. »

Arrêté par la Gestapo le 9 juin 1944, Jules Saliège ne doit son salut qu’à son état de santé et à son âge, ainsi qu’à la protestation vigoureuse de la religieuse qui se trouvait auprès de lui.

Décédé à Toulouse le 4 novembre 1956, il a été inhumé dans la cathédrale Saint-Étienne de la ville. Plusieurs lieux de la région toulousaine, notamment des établissements scolaires, portent aujourd’hui son nom.

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