Trump à Abdallah : sans paix, Israël pourrait avoir un Premier ministre Mohammed
Le président américain n'aurait plaisanté qu'à moitié après que le roi de Jordanie a dit que de nombreux palestiniens voulaient dorénavant "un seul état avec des droits égaux"
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Le président américain Donald Trump aurait déclaré au roi de Jordanie Abdallah II à la Maison Blanche il y a quelques semaines qu’en l’absence d’une solution négociée au conflit israélo-palestinien, Israël aurait, d’ici quelques années, un Premier ministre répondant au nom de Mohammed.
Cette déclaration présumée de Trump a été détaillée dimanche soir par la Dixième chaîne israélienne qui l’a qualifiée de « sarcastique » et de « à moitié facétieuse » mais contenant toutefois une part de vérité. La chaîne de télévision a expliqué que ses informations avaient été confirmées par un responsable israélien et un ancien responsable américain qui avaient tous les deux bénéficié d’un compte-rendu sur cette rencontre organisée à Washington. Mais la Maison-Blanche tout comme l’ambassade Jordanienne ont refusé toute demande de commentaires.
Selon Barak Ravid de la Dixième chaîne, qui a posté dans la soirée de dimanche une version en anglais de son récit sur le site Axios où il a affirmé que des « diplomates français » anonymes étaient ses sources, la déclaration faite par Trump lors de son face à face avec le roi Abdallah a été également transmise par le souverain jordanien au ministre français des Affaires étrangères Jean-Yves le Drian au cours d’un entretien à Amman, le 2 août.
Racontant à Le Drian sa conversation avec le président américain à la Maison Blanche, à la fin du mois de juin, Abdallah aurait indiqué avoir dit à Trump que « de nombreux jeunes Palestiniens ne veulent plus d’une solution à deux états mais ils préféreraient vivre aux côtés des Israéliens dans un seul état, avec des droits égaux pour tous… Le résultat est qu’Israël perdra son caractère juif ».
Trump aurait alors répondu que « ce que vous dites est cohérent. [Dans un scénario à un seul Etat], le Premier ministre d’Israël pourrait bien dans quelques années porter le nom de Mohammed ».
A un autre moment de la conversation, selon le reportage diffusé à la télévision, le roi aurait vivement recommandé à Trump de ne pas présenter « votre plan de paix maintenant : Il y a de trop grandes difficultés actuellement. Il n’est pas nécessaire de se presser pour présenter le plan américain de paix ».
Ce à quoi Trump, nullement impressionné, aurait répondu : « Je veux faire avancer un accord de paix au Moyen-Orient parce que si mon administration échoue à le faire, alors aucune autre n’en sera capable ».
Le souverain aurait également regretté ne pas avoir encore vu la proposition américaine très attendue, pas plus que les pays européens. L’article paru sur Axios établit que « le roi a indiqué qu’il avait insisté auprès de Trump sur le fait que, pour que le plan soit acceptable, il devait être tout d’abord présenté aux états européens et arabes concernés pour obtenir leur soutien, et il a regretté que cela n’ait pas encore été le cas ».
Le reportage de la Dixième chaîne a présenté le contenu ostensible de la conversation en hébreu seulement. Elle a déclaré que Trump avait parlé de façon sarcastique et qu’il plaisantait à moitié lorsqu’il avait évoqué la possibilité d’un Premier ministre appelé Mohammed, tout en notant qu’il y avait une part de vérité dans chaque plaisanterie.
De nombreux soutiens israéliens d’un accord avec les Palestiniens affirment depuis longtemps que si l’Etat juif ne parvenait pas à se séparer des Palestiniens, le pays risquait de perdre son caractère juif ou de saper sa démocratie. Tandis que la population israélienne est environ aux trois-quarts juive, il y a presque autant de non-Juifs que de Juifs en Israël, en Cisjordanie et dans la bande de Gaza combinés.
Dans un discours public prononcé alors qu’il accueillait Abdallah à la Maison Blanche, le 25 juin, Trump avait noté qu’il y avait eu « beaucoup de progrès » réalisés au Moyen-Orient, mais il n’avait pas spécifié les secteurs d’amélioration particuliers. Abdallah a récemment rencontré en Jordanie Jared Kushner, le gendre et le conseiller de Trump qui travaille sur la proposition de paix américaine.
Trump avait ignoré une question portant sur la date à laquelle la proposition de paix serait rendue publique, mais avait indiqué que « nous nous en sortons très bien » au Moyen-Orient.
Kushner, qui a également rencontré d’autres hauts-responsables régionaux et notamment le Premier ministre Benjamin Netanyahu, a pour sa part fait savoir que le plan serait bientôt porté à la connaissance de tous. Il devrait rencontrer l’opposition féroce des Palestiniens, qui ont rompu les contacts avec les Etats-Unis suite à la reconnaissance par Trump de Jérusalem en tant que capitale israélienne.
Au cours de sa tournée dans la région, Kushner n’a rencontré aucun responsable de Ramallah. Ces derniers ont tous refusé de rencontrer des représentants américains depuis la décision de Jérusalem prise au mois de décembre.
Les responsables palestiniens ont également exprimé de vives critiques de Trump et de ses envoyés.
Le quotidien pro-Netanyahu Israel Hayom a fait savoir au moment de la visite d’Abdallah à Washington que de hauts-responsables d’Egypte, de Jordanie, d’Arabie saoudite et des Emirats arabes unis avaient indiqué à l’équipe américaine qu’ils se préparaient à appuyer le plan de paix de l’administration Trump, et ce même en cas de rejet des Palestiniens. Cette information, qui a repris les propos tenus par des sources anonymes du Caire et d’Amman, n’a pas été confirmée.
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