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Tuerie raciste à New York ; l’assaillant serait l’auteur d’un manifeste antisémite

Le long texte publié en ligne avant la fusillade épouse les théories suprémacistes blanches, anti-Noirs et anti-juives, appelant à une « véritable guerre » contre le peuple juif

Des policiers bouclent le périmètre de la scène après une fusillade dans un supermarché à Buffalo, New York, le 14 mai 2022. (Crédit : AP Photo/Joshua Bessex)
Des policiers bouclent le périmètre de la scène après une fusillade dans un supermarché à Buffalo, New York, le 14 mai 2022. (Crédit : AP Photo/Joshua Bessex)

Un homme blanc de 18 ans a ouvert le feu samedi dans un supermarché de l’Etat de New York, faisant au moins dix morts, dont une majorité d’Afro-Américains, les autorités dénonçant une nouvelle tuerie à caractère raciste d’un suprémaciste blanc.

Les forces de l’ordre qui se sont entretenues avec l’Associated Press ont révélé l’identité du tireur présumé de Buffalo. Il s’agirait de Payton Gendron, originaire de la ville de Conklin, dans le centre de l’Etat de New York, à trois heures et demie de route de Buffalo.

« Nous enquêtons sur cet incident comme étant à la fois un crime motivé par la haine et une affaire d’extrémisme violent à motivation raciale », a déclaré Stephen Belongia, policier du FBI à Buffalo, lors d’une conférence de presse dans cette ville américaine septentrionale, au bord du lac Erié, à la frontière avec le Canada.

Le tueur, qui était lourdement armé, a été immédiatement arrêté sur place, poursuivi dans un premier temps pour « meurtre avec préméditation » et incarcéré.

Il s’agit d’un jeune homme blanc qui était équipé d’une « arme d’assaut », d’un gilet pare-balle, d’une tenue de type militaire, d’un casque et d’une caméra pour diffuser son crime en direct sur internet, ont annoncé les autorités policières et judiciaires locales.

Le chef de la police de Buffalo, Joseph Gramaglia, a fait état de « dix personnes tuées » et de trois autres blessées. Onze étaient des personnes noires et deux étaient des blancs, dans ce quartier majoritairement afro-américain de Buffalo.

D’après le commissaire Gramaglia, le tueur a d’abord tiré sur quatre personnes sur le parking du supermarché Tops, en tuant trois d’entre elles, avant d’entrer dans le commerce et d’y commettre un carnage.

Là, un garde de sécurité, policier à la retraite, a tiré sur l’assaillant mais ce dernier, protégé par son gilet pare-balle, n’a pas été blessé et a abattu ce garde.

« Mal incarné »

Lorsque la police est arrivée très vite sur les lieux, le jeune homme a retourné son arme contre lui, au niveau de son cou, avant de se rendre aux forces de l’ordre, selon le commissaire Gramaglia.

Cette attaque est « un crime motivé par la haine et raciste », perpétrée par « le mal incarné », a fustigé le shérif du comté d’Erié, John Garcia.

Le « crime motivé par la haine » désigne aux Etats-Unis un acte dirigé contre une personne visée en raison d’éléments de son identité comme la race, la religion, la nationalité, l’orientation sexuelle ou un handicap. Considéré comme une infraction fédérale aux circonstances aggravantes, il entraîne des condamnations plus dures.

Interrogé pour savoir si le tireur risquait la peine de mort à l’échelon fédéral, le représentant local du parquet du ministère américain de la Justice a répondu que « toutes les options étaient sur la table ».

Crime sur Twitch

L’assaillant, qui portait une caméra, a commencé à diffuser son crime sur la plateforme Twitch, laquelle s’est déclarée « dévastée » et a promis une « tolérance zéro contre toute forme de violences ».

D’après le réseau social, le contenu a été supprimé « deux minutes » après le début de sa diffusion, le compte de l’assaillant a été « suspendu définitivement » et « tous les comptes susceptibles de rediffuser ce contenu sont sous surveillance ».

Des médias américains ont également évoqué un « manifeste » à caractère raciste diffusé sur internet.

Selon le New York Times, citant ce « manifeste », le suspect a été « inspiré » par des crimes commis par des suprémacistes blancs, notamment le massacre en 2019 de 51 fidèles dans deux mosquées de Christchurch, en Nouvelle-Zélande.

Dans ce texte, publié en ligne avant l’attentat, Payton Gendron, 18 ans, exprime toute sa haine des Juifs, son soutien au nazisme et souscrit à la théorie du complot antisémite et raciste du Grand Remplacement, arguant que les Juifs complotent pour remplacer les Américains blancs par des non-Blancs.

Le manifeste de 180 pages circulant en ligne porte le nom du tireur présumé, décrit le plan d’attaque et correspond aux déclarations des forces de l’ordre. Des chercheurs de l’Anti-Defamation League (ADL) ont cité le document, précisant ne pas savoir où il avait été publié pour la première fois.

La foule se rassemble devant un supermarché où plusieurs personnes ont été tuées dans une fusillade, samedi 14 mai 2022 à Buffalo, NY (Crédit : Derek Gee/The Buffalo News via AP)

Le manifeste attribué à Gendron s’enracine dans la théorie suprémaciste blanc du Grand Remplacement, assurant que les Juifs sont responsables de l’immigration non blanche, et que les non-Blancs dépasseront en nombre puis feront disparaitre la « race blanche ».

Robert Bowers, responsable de la mort de 11 personnes à la synagogue Tree of Life de Pittsburgh en 2018, avait également invoqué la théorie du complot avant son attentat. Par ailleurs, le suprémaciste blanc qui a tué un fidèle dans une synagogue de Poway, en Californie, avait déclaré que les Juifs étaient responsables du génocide des « Européens blancs ».

L’auteur du manifeste de samedi a écrit que la fusillade avait vocation à tuer et intimider les non-Blancs et diffuser ses idées. Il a déclaré s’être inspiré du tireur qui avait tué 51 personnes dans deux mosquées de Christchurch, en Nouvelle-Zélande, en 2019. Il a également évoqué l’attaquant de Poway, Bowers et d’autres tireurs de masse suprémacistes blancs.

Le manifeste présumé de Gendron ressemble beaucoup à un document publié par le tireur néo-zélandais et, à certains moments, semble le plagier, précise l’ADL.

Le jeune homme a assuré avoir agi seul, n’être affilié à aucun groupe en particulier et s’être radicalisé en ligne à partir de 2020. Dans le manifeste, il approuve explicitement le néonazisme, le suprémacisme blanc et le fascisme.

Il dit avoir pris pour cibles les Noirs, mais que les Juifs étaient « le plus gros problème ».

Il a déclaré que les Noirs américains tuaient des Blancs et recevaient des fonds publics, et que les Juifs en étaient responsables. Bien qu’il ait pris les Noirs américains pour cibles, [il précise] que le cas des Juifs « sera réglé le moment venu ».

Dans le manifeste, Gendron en appelle en outre à une guerre entre Juifs et non-Juifs.

« La vraie guerre que je préconise, ce sont les Gentils contre les Juifs. Nous sommes 100 fois plus nombreux qu’eux, et ils ne sont pas forts », a-t-il écrit.

« À leur manière, ils nous dressent les uns contre les autres. Quand vous réalisez cela, vous vous apercevez que les Juifs sont le plus gros problème que le monde occidental ait jamais connu », peut-on lire dans le manifeste. « Ils doivent être dénoncés et tués. »

La police se tient à proximité d’un mémorial, alors qu’elle enquête sur une fusillade survenue dans un supermarché à Buffalo, New York, le 14 mai 2022. (Crédit : AP Photo/Joshua Bessex)

« Je souhaite à tous les Juifs l’ENFER ! Retourne en enfer, d’où tu viens, DÉMON ! » a-t-il écrit.

Il a également expliqué avoir souhaité diffuser son attentat en ligne, pour suivre l’exemple d’une autre fusillade diffusée sur Twitch pendant environ 35 minutes, référence à la fusillade de la synagogue de Halle en 2019 en Allemagne, selon l’ADL.

Le manifeste comprend de longs passages décrivant les points de vue de l’auteur sur l’histoire, la génétique et les croyances juives, et dénonçant les textes religieux juifs.

« Les Juifs sont responsables de nombreux problèmes auxquels nous sommes confrontés dans le monde occidental aujourd’hui », a-t-il écrit, affirmant que les Juifs prenaient appui sur les médias qu’ils contrôlent pour diffuser de la propagande. « Pour notre propre survie, les Juifs doivent disparaître de la civilisation occidentale, par tous les moyens possibles. »

L’ADL a déclaré au Times of Israel qu’il était important que le public connaisse les motivations du tireur présumé et prenne conscience de l’influence – et du danger – de la théorie du Grand Remplacement.

Le chef de l’ADL, Jonathan Greenblatt, a comparé la fusillade aux meurtres de suprémacistes blancs ces dernières années à la synagogue Tree of Life, à Poway, dans un supermarché d’El Paso et lors d’une manifestation à Charleston, en Virginie.

« L’individu qui a perpétré cette attaque a été fortement influencé par l’idéologie suprémaciste blanche, et notamment la théorie du complot violemment antisémite et raciste du ‘Grand Remplacement’ », a déclaré Greenblatt.

« Cette fusillade est un rappel violent des dangers de la [théorie de la] suprématie blanche et de la nécessité de dénoncer ces points de vue haineux à chaque fois que c’est possible », a-t-il confié.

La police de Buffalo intervient sur les lieux d’une fusillade au Tops Friendly Market à Buffalo, NY, le 14 mai 2022. (Crédit : AP Photo/Carolyn Thompson)

Le groupe de défense StopAntisemitism, qui a signalé une partie du contenu anti-juif du manifeste, a ajouté: « Une fois de plus, la haine envers les Juifs ne s’arrête pas aux Juifs, mais s’étend à d’autres minorités. Nos pensées et nos prières vont aux familles des victimes. »

D’autres groupes juifs ont exprimé leur choc et leur horreur face à la fusillade, les Fédérations juives d’Amérique du Nord déclarant : « Nous devons tous nous unir pour vaincre la haine ignoble véhiculée par le racisme. »

« Tuerie atroce »

Le journal Buffalo News a révélé qu’un mot injurieux, raciste et tabou aux Etats-Unis pour désigner les personnes noires avait été peint en blanc sur le canon de l’arme.

Il s’agit d’une « tuerie atroce par un suprémaciste blanc », a tonné sur Twitter la gouverneure de l’Etat de New York Kathy Hochul.

Selon, le maire de Buffalo, un Afro-Américain, Byron Brown, le tueur a fait plusieurs heures de voyage pour commettre son crime.

Dans un communiqué, le président américain Joe Biden a dénoncé cette attaque, rappelant que « tout acte de terrorisme intérieur, y compris un acte perpétré au nom d’une idéologie nationaliste blanche répugnante, est contraire à tout ce que nous défendons en Amérique ».

Cette tuerie en rappelle deux autres: un massacre raciste le 3 août 2019 lorsqu’un homme d’extrême droite de 21 ans avait tué 23 personnes, dont huit Mexicains et des personnes « hispaniques » à El Paso, au Texas; et lorsque le 17 juin 2015 un suprémaciste blanc avait tué neuf fidèles afro-américains dans une église de Charleston en Caroline du Sud.

Dans ces deux cas, des manifestes haineux avaient été mis en ligne avant les attaques.

Les fusillades et meurtres en série aux Etats-Unis dans les lieux publics sont de manière tragique quasiment quotidiens et la criminalité par armes à feu est en augmentation dans les grandes villes comme New York, Chicago, Miami ou San Francisco, notamment depuis la pandémie de 2020.

En 2021, les armes à feu ont fait près de 45 000 morts aux Etats-Unis, dont environ 24 000 suicides, selon l’organisation Gun Violence Archive.

Le droit de posséder des armes est garanti par la Constitution.

Plusieurs initiatives d’élus pour renforcer la législation sur les armes ont échoué au Congrès ces dernières années, le puissant lobby des armes NRA restant très influent.

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