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Turquie : la livre en chute libre après la baisse du taux directeur

Le président turc invoque l'interdiction de l'usure dans le Coran, alors que certains économistes appellent à relever le taux d'intérêt directeur

Illustration : la livre turque. (Crédit : foto-ianiello via iStock)
Illustration : la livre turque. (Crédit : foto-ianiello via iStock)

La monnaie turque a franchi pour la première fois jeudi les 11 livres pour un dollar, un plus bas historique après une nouvelle baisse du taux d’intérêt directeur de la banque centrale voulue par le président Recep Tayyip Erdogan.

La monnaie locale, qui a déjà vu sa valeur fondre d’un tiers face au billet vert depuis le début de l’année, s’échangeait à 14H00 GMT à 11,10 livres pour un dollar, en chute de près de 4,5 % sur la séance. Un dollar s’échangeait à 8,3 livres turques début septembre.

Cette nouvelle baisse du taux directeur – la troisième en moins de deux mois -, de 16 % à 15 %, a suscité de vives réactions en Turquie et parmi les observateurs, alors que l’inflation officielle frôle les 20 % sur un an, rendant le coût de la vie difficilement soutenable pour une grande partie de la population.

Mais le président Erdogan continue d’exprimer son hostilité aux taux d’intérêt élevés, qu’il voit comme un frein à la croissance.

Cette décision est « ridicule » et « vraiment dangereuse pour la livre et pour la Turquie », a jugé Timothy Ash, analyste à BlueBay Asset Management, spécialiste de la Turquie.

« Les marchés ne prennent clairement plus au sérieux la BCRT [Banque centrale de Turquie], elle a perdu le peu de crédibilité qui lui restait. Erdogan mène la danse », a réagi Fawad Razaqzada, analyste chez ThinkMarkets.

Le président turc Recep Tayyip Erdogan s’exprime lors d’une conférence de presse au complexe présidentiel d’Ankara, le 29 juin 2020. (Crédit : Adem ALTAN / AFP)

« 84 millions à souffrir »

Le président Erdogan, dont la popularité est au plus bas après 19 ans au pouvoir, semble faire le pari de la croissance économique à tout prix en vue d’une éventuelle réélection en 2023.

Mais sa politique monétaire très critiquée et le manque d’indépendance de la Banque centrale font chuter la livre turque, qui atteint presque quotidiennement de nouveaux records à la baisse face au dollar, renchérissant le coût des importations.

« Tant que je serai à ce poste, je continuerai mon combat contre les taux d’intérêt », a réaffirmé mercredi le président turc devant le Parlement, invoquant même l’interdiction de l’usure dans le Coran, alors que certains économistes appelaient à relever le taux d’intérêt directeur.

A rebours des théories économiques classiques, le chef de l’Etat soutient que relever les taux alimente la hausse des prix.

La hausse des taux est pourtant l’un des principaux instruments permettant de lutter contre l’inflation qui est, en Turquie, l’une des plus élevées du monde.

« Erdogan ARRÊTE maintenant! », a tweeté jeudi le chef du parti d’opposition CHP, Kemal Kilicdaroglu, apppelant à la tenue d’élections anticipées.

« Le directeur de la Banque centrale Erdogan a conduit le pays à la catastrophe. Nous sommes 84 millions à souffrir », avait-il déjà déploré mercredi.

« La volatilité actuelle de la livre turque, encouragée par les inquiétudes liées à la politique monétaire, ne risque pas d’aider à stabiliser les prix », a relevé Kelly Roger, économiste de la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD).

La Banque centrale turque avait déjà abaissé de deux points son taux en octobre, et d’un point fin septembre, provoquant à chaque fois un nouveau plongeon de la monnaie locale.

Le président Erdogan a limogé trois gouverneurs de la Banque centrale depuis 2019, sapant la confiance des investisseurs.

En octobre, le président a également limogé deux gouverneurs adjoints de la Banque et un membre du comité de politique monétaire. L’un deux avait été le seul à voter contre la baisse du taux directeur en septembre, selon des informations de presse.

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