Rechercher

Ukraine: Les responsables israéliens et Juifs dénoncent la frappe russe à Babi Yar

Le ministre des Affaires étrangères s'engage à faire réparer les dégâts ; le musée de la Shoah de Yad Vashem fustige les attaques "scandaleuses" des Russes contre les civils

Judah Ari Gross est le correspondant militaire du Times of Israël.

Les pompiers ukrainiens éteignent un incendie dans le cimetière juif situé dans le mémorial de la Shoah de Babi Yar de Kiev, le 1er mars 2022. (Crédit : State Emergency Service of Ukraine)
Les pompiers ukrainiens éteignent un incendie dans le cimetière juif situé dans le mémorial de la Shoah de Babi Yar de Kiev, le 1er mars 2022. (Crédit : State Emergency Service of Ukraine)

Les responsables israéliens et juifs ont dénoncé avec force l’attaque russe au missile qui a ciblé une tour de télévision à Kiev, qui a fait cinq morts et qui a également touché le site de commémoration de la Shoah de Babi Yar.

« Alors que nous découvrons les images d’Ukraine qui montrent des civils innocents fuir leurs habitations dorénavant dangereuses ainsi que les photos de l’attaque meurtrière des Russes qui a été perpétrée aux abords du site de commémoration de Babi Yar, Yad Vashem veut exprimer sa condamnation véhémente », a commenté le musée israélien de la Shoah dans un communiqué.

La frappe russe semble avoir ciblé la tour de télévision de Kiev, qui est directement adjacente au mémorial de Babi Yar. L’attaque russe a détruit des équipements mais pas la tour elle-même.

Au moins cinq personnes ont été tuées et cinq personnes ont été blessées pendant cette frappe militaire, ont fait savoir les services de secours ukrainiens. Des images montrent des corps carbonisés et des voitures endommagées.

Des photographies du site commémoratif montrent que la majorité des dommages subis par le site se situent dans une série de bâtiments situés dans un cimetière juif qui fait partie du complexe.

Les pompiers ukrainiens ont travaillé à l’extinction d’un incendie qui s’est déclaré après que les bâtiments ont été touchés par un missile russe.

Le monument de Babi Yar lui-même ne semble pas avoir subi de dommages directs, selon un porte-parole du site.

Des photos et des vidéos du complexe de Babi Yar qui ont été partagées par les services de secours ukrainiens montrent les importants dégâts essuyés par les bâtiments et la zone environnante.

Cette attaque a entraîné une vive indignation et des dénonciations de la part d’Israël et des organisations juives internationales.

Le ministre des Affaires étrangères Yair Lapid a déclaré que l’État juif aiderait à réparer les dommages sur le site. Dans un communiqué, Lapid a déclaré qu’Israël « dénonce les dégâts » essuyés par le site de Babi Yar et le cimetière juif, mais il s’est ostensiblement abstenu d’évoquer la Russie qui est à l’origine de l’attaque. « Nous appelons à ce que ce site sacré soit protégé et honoré », a dit Lapid.

« Sur les ordres du ministre des Affaires étrangères Lapid, l’ambassadeur à Kiev est en contact avec les administrateurs du site et, quand ce sera possible, nous aiderons à réparer les dégâts », a dit le ministère des Affaires étrangères.

Les pompiers ukrainiens éteignent un incendie dans le cimetière juif situé dans le mémorial de la Shoah de Babi Yar de Kiev, le 1er mars 2022. (Crédit : State Emergency Service of Ukraine)

Le ministre des Affaires de la diaspora Nachman Shai s’est lui aussi abstenu de blâmer la Russie pour l’attaque, disant simplement qu’il était « attristé par cette guerre inutile, par les blessures subies par des civils innocents, par les dommages qui ont été causés aux installations civiles et notamment aux sites juifs, comme l’est le centre de commémoration de la Shoah de Babi Yar ».

Yad Vashem, qui avait utilisé un langage beaucoup plus modéré dans ses propos initiaux sur l’invasion russe de l’Ukraine, la veille, s’est montré bien plus dur et bien plus précis dans son communiqué de mardi, mettant explicitement Moscou en cause pour la frappe et évoquant une « attaque russe meurtrière ».

« Nous continuons à suivre avec beaucoup d’inquiétude les actes scandaleux d’agression qui sont commis contre des cibles civiles en Ukraine », a noté le musée.

Les pompiers ukrainiens éteignent un incendie dans le cimetière juif situé dans le mémorial de la Shoah de Babi Yar de Kiev, le 1er mars 2022. (Crédit : State Emergency Service of Ukraine)

« Nous appelons la communauté internationale à prendre des mesures concertées pour sauvegarder les vies civiles ainsi que ces sites historiques en raison de leur valeur irremplaçable en termes de recherche, d’éducation et de commémoration de la Shoah. Les sites sacrés comme Babi Yar doivent être protégés et ne doivent pas pouvoir faire l’objet de violences aussi flagrantes », a continué le musée, qui a ajouté que « bien sûr, la sécurité et le bien-être des civils doivent être respectés de manière universelle et absolue ».

Le mémorial de Babi Yar est installé sur un charnier contenant les dépouilles des 34 000 Juifs qui avaient été massacrés en quarante-huit heures en 1941 sur les lieux.

« [Ce massacre] avait été commis dans le cadre d’une idéologie génocidaire mise en mouvement par les nazis allemands et leurs collaborateurs. Il faut se souvenir de manière précise de l’Histoire et les leçons morales tirées de l’Histoire doivent être appliquées par tous », a poursuivi Yad Vashem.

Natan Sharansky, président du Centre de commémoration de la Shoah de Babi Yar et ancien chef de l’Agence juive, a condamné cette attaque.

« [Le président russe Vladimir] Poutine cherchant à déformer et à manipuler la Shoah pour justifier l’invasion illégale d’un pays démocratique souverain est tout à fait odieux. Il est symbolique qu’il commence à attaquer Kiev en bombardant le site de Babi Yar, le plus grand des massacres nazis. »

Photo d’illustration : Les cadets de Kiev rendent hommage à des événements commémoratifs à Babi Yar, où les troupes nazies avaient exécuté des dizaines de milliers de Juifs pendant la Seconde guerre mondiale, à Kiev, le 29 septembre 2016. (Crédit : AP Photo/Sergei Chuzavkov)

Sharansky faisait référence aux remarques de Poutine avant l’invasion russe de l’Ukraine, selon lesquelles il le faisait, en partie, pour « dénazifier » le pays. L’Ukraine a élu démocratiquement un président juif.

« Nous, au centre de commémoration de la Shoah de Babi Yar, qui a été construit sur le plus grand charnier d’Europe, œuvrons à préserver la mémoire historique suite à des décennies de suppression de la vérité de l’Histoire par les Soviétiques, de manière à ce que les démons du passé ne puissent jamais se reproduire. Nous ne devons pas permettre qu’une fois encore, la vérité soit une victime de la guerre », a continué Sharansky, qui est né en Ukraine.

Dans la matinée, avant l’attaque, le centre de commémoration de Babi Yar avait, lui aussi, diffusé un communiqué critiquant lourdement Poutine et l’invasion et réclamant une enquête à son encontre de la part de la Cour pénale internationale pour crimes de guerre.

Le groupe NCJW (National Jewish Women’s Council) a qualifié la frappe sur Babi Yar « d’inadmissible », expliquant qu’elle « ne fait que souligner ce prétexte mensonger de la ‘dénazification’ qui a été utilisé pour justifier l’attaque de l’Ukraine par la Russie. »

L’organisation a ajouté : « Nous condamnons ces frappes russes avec les mots les plus forts ».

Même indignation du côté des JFNA (Jewish Federations of North America) qui ont noté que parmi les citoyens affectés par l’invasion se trouvent « des survivants de la Shoah qui avaient déjà traversé les horreurs de la guerre dans le passé. »

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky lors d’une cérémonie au monument en mémoire des victimes juives des massacres nazis à Kiev, capitale du pays, le 29 septembre 2021. (Crédit : Bureau de la présidence ukrainienne via AP)

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky, qui est Juif et qui a perdu des membres de sa famille pendant la Shoah, a lui aussi critiqué avec force les dégâts commis à Babi Yar. Il a comparé tacitement les Russes aux nazis.

Dans un tweet, Zelensky a demandé « A quoi bon dire ‘plus jamais ça’ pendant 80 ans, si le monde se tait lorsqu’une bombe tombe sur ce même site de Babi Yar ? Au moins 5 tués. L’histoire se répète… ».

Dans un appel téléphonique avec Zelensky, le président américain Joe Biden a évoqué l’escalade des agressions russes et notamment la frappe à Babi Yar, selon un compte-rendu émis par la Maison Blanche. Biden a offert « le soutien continu des États-Unis à l’Ukraine alors que le pays tente de se défendre contre l’attaque russe », a continué le compte-rendu.

« Le président Biden a souligné l’aide soutenue des États-Unis à l’Ukraine, y compris les livraisons continues d’assistance à la sécurité, de soutien économique et d’aide humanitaire. »

« Les dirigeants ont discuté de la manière dont les États-Unis, avec les Alliés et les partenaires, s’efforcent de tenir la Russie pour responsable, notamment en imposant des sanctions qui ont déjà un impact sur l’économie russe », ajoute le communiqué.

Cette frappe a suivi une mise en garde du ministère russe de la Défense qui avait averti que les troupes russes mèneraient des frappes contre des « infrastructures des renseignements ukrainiens à Kiev », selon le ministère, qui avait vivement recommandé aux résidents vivant à proximité de quitter les lieux.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...