Rechercher

Un camp d’été accueille réfugiés ukrainiens et Israéliens traumatisés par la guerre

Sur la côte israélienne, la colonie de vacances "Hallelujah" a permis à des adolescents venus de l'étranger et des communautés frontalières de Gaza de retrouver un peu de normalité

Participants à la colonie de vacances "Hallelujah" sur la côte israélienne, le 12 août 2022. (Crédit : Camp d'été "Hallelujah")
Participants à la colonie de vacances "Hallelujah" sur la côte israélienne, le 12 août 2022. (Crédit : Camp d'été "Hallelujah")

Un projet de camp de vacances inhabituel en Israël a accueilli, au mois d’août, des campeurs encore ébranlés par les effets de la guerre – rassemblant des jeunes d’Ukraine, du sud d’Israël et d’ailleurs. Objectif : Parvenir à créer des liens et tenter de faire face aux traumatismes. Ensemble.

Le camp de vacances « Hallelujah », un camp d’été international fondé par le mouvement de jeunesse sioniste Habonim Dror, a accueilli ses participants sur son terrain de camping situé à l’extérieur de Haïfa, en bord de mer, pour son troisième sommet annuel de leadership. Près de 600 jeunes venus de tout Israël et de l’étranger se sont joints à eux, parmi lesquels des réfugiés ukrainiens et des adolescents provenant des villes situées à la frontière de Gaza, qui ont pu profiter de l’été israélien et tisser des liens malgré les barrières linguistiques.

Ce camp de vacances s’est inscrit dans le cadre plus large du « Projet Hallelujah », qui a permis à des enfants d’Europe, d’Amérique du Sud et d’autres régions de passer ainsi une partie de leurs vacances d’été en Israël ces dernières années, entre autres projets interculturels entrepris dans tout le pays.

Les autres initiatives du projet, notamment un programme d’unité dans les villes israélo-arabes à la suite des émeutes de mai 2021, visent également à promouvoir le dialogue et « une célébration de la différence ».

Suite au déclenchement de la guerre en Ukraine, le projet a, pour la première fois, étendu ses activités hors d’Israël, en créant en juin un bivouac en Hongrie en direction des réfugiés et leurs familles qui peuvent s’y reposer, s’y ressourcer. Les organisateurs ont expliqué être passés à l’acte en constatant la situation critique de ceux qui fuient la guerre – et qu’ils ont alors estimé que la mission du camp, qui consiste à favoriser les rencontres interculturelles et l’autonomisation des jeunes, serait bénéfique aux Ukrainiens et aux autres campeurs.

« Il n’y a pas d’actualité plus brûlante et plus douloureuse que celle de l’Ukraine », commente le directeur du camp de vacances, Doron Moshe. « Il était évident que nous voulions faire venir et permettre à la jeunesse ukrainienne de retrouver un peu de liberté en Europe et ici, en Israël. »

Comme dans un camp d’été traditionnel, les adolescents profitent de journées remplies de sports et d’activités de groupe, avec en prime, des cours de surf. « Mais pour les jeunes venant de zones de conflit, l’environnement paisible du camp de vacances peut être une expérience thérapeutique après avoir vécu de tels traumatismes et de tels bouleversements », ajoute Moshe – ajoutant qu’ils peuvent ainsi « goûter enfin à un peu de normalité ».

Des campeurs de la colonie de vacances « Hallelujah » surfant près de Haïfa, le 12 août 2022. (Crédit : Camp d’été « Hallelujah »)

Le camp d’été est équipé des ressources nécessaires pour soutenir les enfants qui ont subi des traumatismes, avec la participation de conseillers spécialisés et d’un thérapeute. Moshe indique que le camp permet de présenter la société israélienne de manière positive aux nouveaux immigrants et qu’il est parvenu à faire en sorte que de nombreux jeunes se sentaient ainsi un peu plus chez eux – évoquant par exemple les nouveaux venus en provenance d’Éthiopie.

« Bien que le programme ait l’habitude de prendre des dispositions pour les jeunes qui viennent des pays du monde entier », continue Moshe, « les organisateurs ont rencontré de nouveaux défis avec les participants de cette année, tels que les dérogations que les pères des Ukrainiens ne pouvaient pas signer parce qu’ils étaient sur la ligne de front ».

Dasha, une campeuse d’Odessa âgée de 17 ans, se souvient de la réaction des autres jeunes lorsqu’elle leur a dit qu’elle venait d’Ukraine.

« Je suppose qu’ils étaient tristes pour moi », remarque-t-elle, « mais après avoir parlé un peu, nous sommes passés à autre chose et nous nous sommes mis à discuter simplement, comme des amis ».

Dasha déclare qu’après une semaine au camp d’été, elle se sent reconnaissante d’avoir pu y participer.

« J’ai pu m’y détendre, parler avec de nombreux amis, faire de nouvelles connaissances et passer un bon moment. Cela m’a changé les idées », s’exclame-t-elle.

Des campeurs participant à une activité de groupe à la colonie de vacances « Hallelujah », le 12 août 2022. (Crédit : Camp d’été « Hallelujah »)

Selon les organisateurs, l’élément central du camp de vacances est la formation au leadership, qui est intégrée aux activités physiques de groupe, aux arts et aux discussions sur les questions sociales. La mission du camp d’été est axée sur les questions environnementales et la tolérance ; les organisateurs précisent par ailleurs que les discussions sont menées avant tout par les adolescents.

« Nous leur demandons d’abord : Qu’est-ce qui vous ennuie ? », explique Moshé. « Que souhaiteriez-vous changer ? »

La réponse porte souvent sur les problèmes que les adolescents rencontrent dans leurs communautés et pays respectifs, mais après avoir entendu les récits des jeunes Ukrainiens et ceux des habitants de la frontière de Gaza, d’autres participants disent avoir finalement ouvert les yeux sur des questions bien plus larges.

« Je pense que beaucoup d’entre nous croient en la paix », confie Oz, âgé de 14 ans, évoquant les points de vue soulevés par les jeunes vivant à la frontière de Gaza. « Quand vous vivez avec la guerre tout le temps, vous voulez la paix. »

Des participants à la colonie de vacances « Hallelujah », le 12 août 2022. (Crédit : Camp d’été « Hallelujah »)

Ofir Liebstein, chef du Conseil régional Shaar HaNeguev à la frontière de Gaza et président de Habonim Dror, dit que les jeunes venant de la zone de Gaza ont également servi de modèles de leadership pour les autres.

« Les enfants de la zone frontalière de Gaza disposent d’outils qu’ils ont acquis au fil des années pour faire face à la situation », note Liebstein, y-compris la façon de gérer les situations stressantes, la manière de parler de ce qu’ils ont vécu et de leurs sentiments douloureux. De même que l’atmosphère légère du camp d’été contribue à atténuer le stress post-traumatique des enfants de la région de Gaza, dit-il, les autres campeurs peuvent eux aussi apprendre de leur expérience.

« Ce qu’ils vivent ici est si lointain du stress quotidien », estime Oz. « Ce camp de vacances donne l’impression que le conflit qui a déclenché l’opération Aube ce mois-ci, s’est déroulé il y a six mois, un an. »

Oz, dont la famille vit au kibboutz Erez, adjacent à la frontière de Gaza, a participé aux initiatives annuelles du « Projet Hallelujah », et il a rejoint le camp d’été cette année, pour la première fois. Lui et ses frères et sœurs faisaient partie de ceux qui ont été évacués vers le nord d’Israël pendant l’opération Aube, qui a eu lieu moins d’une semaine avant le début du camp estival. De nombreux évacués, qui prévoyaient de participer au camp d’été, ne savaient alors pas s’ils seraient en mesure de le faire.

« Des adolescents habitant le Sud d’Israël m’ont envoyé des textos : ‘Doron, je viens directement du nord… Je n’ai pas de vêtements, peut-on en acheter sur place ?' », raconte-t-il.

« En fin de compte, tout s’est déroulé comme prévu, en grande partie grâce aux efforts des conseillers et du personnel à la suite de l’embrasement à Gaza », déclare Moshe.

Paulina, une jeune fille âgée de 14 ans, originaire d’Ukraine, explique qu’elle a été heureuse d’avoir pu participer au camp de vacances « Hallelujah » – malgré la saveur douce-amère de sa joie d’être là. « Le camp était divertissant », affirme-t-elle, ajoutant avec regret qu’elle aurait aimé pouvoir vivre cette expérience « non pas à cause de la guerre, mais simplement pour visiter Israël ».

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...