Un courriel piraté suggère la préférence de Netanyahu pour Clinton au détriment de l’administration Obama
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Un courriel piraté suggère la préférence de Netanyahu pour Clinton au détriment de l’administration Obama

Selon une correspondance de 2015, le responsable israélien pense que la candidate démocrate 'a plus de sympathie instinctive envers Israël que ce n'est le cas de la Maison Blanche'

Raoul Wootliff est le correspondant parlementaire du Times of Israël

Benjamin Netanyahu et Hillary Clinton, candidate démocrate à la présidentielle américaine, à New York le 25 septembre 2016 (Kobi Gideon/GPO)
Benjamin Netanyahu et Hillary Clinton, candidate démocrate à la présidentielle américaine, à New York le 25 septembre 2016 (Kobi Gideon/GPO)

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu préfère la position adoptée face à Israël par la candidate à la présidentielle du parti Démocrate Hillary Clinton à celle de l’administration américaine en place. Ainsi, un haut-responsable israélien a confié que Netanyahu avait le sentiment que Clinton a plus « plus de sympathie instinctive envers Israël que la Maison Banche », selon le contenu d’un courriel privé rendu public par WikiLeaks.

Dans une correspondance datant de décembre 2015, Stuart Eizenstat, ancient diplomate américain et proche associé des Clinton, décrit au chef de la campagne de Clinton John Podesta et à son aide Jake Sullivan une réunion qu’il a eue avec “un haut-responsable israélien qui est très proche du Premier ministre et qui connaît sa pensée”, détaillant en longueur le nombre de positions déterminantes concernant les relations israélo-américaines entretenues par Netanyahu. L’organisation WikiLeaks a posté vendredi ce qu’elle a qualifié de milliers de mails obtenus lors du piratage du compte mail personnel du président de la campagne de Clinton.

Dans son courriel, Eizenstat a confié que le responsable israélien lui avait dit que la relation entretenue par Netanyahu et Clinton était bien éloignée de ce qui a souvent été dépeint dans les médias israéliens et américains.

Stuart Eizenstat. (photo credit: Courtesy)
Stuart Eizenstat (Crédit : autorisation)

“Le Premier ministre a toujours eu une ‘relation étonnement bonne’ avec Hillary. ‘C’est facile de travailler avec elle’ et… elle a plus de sympathie instinctive envers Israël que ce n’est le cas de la Maison Blanche”, écrit-il. « Même durant ce fameux entretien téléphonique qui a duré 43 minutes, et alors qu’il ressentait tant de colère au téléphone, il a eu le sentiment qu’on lui avait simplement dicté ce qu’elle avait à dire et qu’elle lisait des choses préparées par la Maison Blanche”.

Eizenstat se réfère là à une querelle datant de 2010 lorsque le président américain Barack Obama avait chargé la secrétaire d’Etat Clinton de contacter Netanyahu pour le réprimander concernant l’approbation accordée par un comité préparatoire de la construction de nouveaux logements dans le quartier Ramat Shlomo de Jérusalem, situé derrière la Ligne verte. Cette décision avait été annoncée durant la visite du vice-président Joe Biden en Israël.

Netanyahu s’était alors excusé pour le moment choisi – Biden avait accepté ses excuses – mais Clinton avait été chargée de relancer le débat. Le contenu de leur entretien téléphonique, dont l’accusation dévastatrice formulée par la secrétaire d’Etat selon laquelle cette querelle interrogeait la nature de l’engagement israélien dans sa relation avec les Etats-Unis, avait rapidement été divulgué aux médias américains suite à un piratage.

Dans sa biographie la plus récente, “Hard Choices,” Clinton a évoqué l’appel, disant qu’elle « n’avait pas apprécié tenir le rôle du mauvais policier, mais cela faisait partie du travail ». Sur sa relation avec le Premier ministre israélien, elle a écrit de manière ambivalente : « Cela fait des années que je le connais. C’est une personnalité compliquée ».

Mais malgré l’opinion favorable qu’il a de Clinton, au moins en comparaison avec l’administration Obama actuelle, le Premier ministre a émis des réserves sur la manière dont elle pourrait considérer Israël en tant que présidente, aurait dit le haut responsable à Eizenstat.

US Secretary of State Hillary Clinton addresses the press with Prime Minister Benjamin Netanyahu in Jerusalem, November 20, 2012 (photo credit: Avi Ohayon/ GPO/Flash90)
Hillary Clinton, alors secrétaire d’Etat, pendant une conférence de presse commune avec le Premier ministre Benjamin Netanyahu à Jérusalem, le 20 novembre 2012. (Crédit: Avi Ohayon/ GPO/Flash90)

“Il a assisté à une partie du Forum Saban et a eu le sentiment que la question palestinienne était particulièrement soulignée, et il se demande si une administration Clinton ‘sera un Forum de Saban sur quatre ans’, en raison ‘de son entourage mais pas d’elle’, dit le courriel. Son propre discours était « bon à 95 %, même s’il y avait quelque langage d’équivalence morale ».

Dans ce discours de décembre 2015, prononcé au Forum Saban organisé par la Brookings Institution, Clinton a déclaré que dès son premier jour d’exercice à la présidence, elle se tournerait vers le Premier ministre israélien et l’inviterait à la Maison Banche dans un effort de renforcement des liens entre les Etats-Unis et Israël.

Elle a également souligné que seule « une solution à deux états peut offrir l’indépendance, la souveraineté et la dignité aux Palestiniens et donner aux Israéliens la sécurité et des frontières reconnues pour un état juif démocratique ».

“L’inaction n’est pas une option et une solution à un état n’est pas une solution, c’est plutôt la prescription d’un conflit sans fin”, a-t-elle ajouté, reprenant les propos du secrétaire-d’Etat John Kerry qu’il avait tenus un jour plus tôt.

« Tout le monde doit faire sa part d’ouvrage pour créer les conditions du progrès en faisant des actions positives susceptibles de reconduire la confiance et d’éviter des actions préjudiciables, y-compris en ce qui concerne les implantations », a-t-elle expliqué. « En même temps, nous devrons nous opposer à toute action unilatérale aux Nations unies. »

L'ancienne secrétaire d'état et la candidate démocrate en course pour la présidentielle, Hillary Clinton au Forum Saban à Washington le 6 décembre 2015 (Crédit : Capture d'écran YouTube)
L’ancienne secrétaire d’état et la candidate démocrate en course pour la présidentielle, Hillary Clinton au Forum Saban à Washington le 6 décembre 2015 (Crédit : Capture d’écran YouTube)

Clinton, dans son discours, a également critiqué les leaders israéliens qui avaient suggéré que le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas n’était pas un partenaire viable pour souscrire à un accord de paix. « Il est malheureux qu [‘Abbas] ait été marginalisé alors qu’il n’y a en effet aucune initiative qui soit préférable… en particulier lorsque l’alternative pourrait bien être le drapeau noir de l’EI », a-t-elle avertit.

Le courriel n’offre pas davantage de détails concernant la relation entre Clinton et Netanyahu mais inclut de nombreuses références sur ce que pense le Premier ministre d’Obama et des relations israélo-américaines sous son administration.

Sur l’enveloppe militaire financière s’étendant sur 10 ans qui a été récemment signée et négociée au moment de l’envoi du courriel, le haut-responsable israélien indique que Netanyahu a le sentiment que « si le chiffre est trop bas, ils attendront jusqu’au prochain président. »

Finalement signée le mois dernier, cette enveloppe permettra le versement à Israël de 3,8 milliards de dollars annuels — contre les 3 milliards qui avaient été décidés sous les termes de l’ancien Protocole d’Accord qui courrait sur dix ans – de 2018 jusqu’à 2028. Tandis que cet accord représente la plus grosse somme jamais versée par les Etats-Unis à un autre pays, des critiques de Netanyahu, dont l’ancien Premier ministre Ehud Barak, se sont élevées, lui reprochant d’avoir obtenu une enveloppe ostensiblement plus réduite que celle qui était attendue.

La signature de l'accord d'aide militaire israélo-américain au département d'Etat, le 14 septembre 2016. (Crédit : ambassade israélienne à Washington)
La signature de l’accord d’aide militaire israélo-américain au département d’Etat, le 14 septembre 2016. (Crédit : ambassade israélienne à Washington)

Avant la signature de l’accord, un haut conseiller de Donald Trump avait indiqué que Netanyahu devrait attendre l’accession à la Maison Blanche du candidat républicain pour finaliser la signature d’un accord militaire avec Washington parce que Trump saurait soumettre un meilleur protocole que celui de l’administration Obama.

Dans son courriel, Eizenstat dit que lui-même et la personnalité israélienne restée anonyme ont également évoqué les “initiatives économiques possibles pour venir en aide aux Palestiniens”. Il ajoute que “le Premier ministre est vivement intéressé par la réalisation de choses positives sur le terrain”, ce qui est empêché par un certain nombre de complications, dont une “nouvelle résolution de l’ONU, que le Secrétaire américain Kerry continue à chercher », et le fait que « l’administration Obama ne va donner son accord à aucune activité d’implantation, même dans des zones comme Gilo” (un quartier Juif situé dans le sud de Jérusalem, annexé par Israël depuis 1967).

Kerry aurait dit à Netanyahu au cours du week-end que l’administration Obama n’a pas encore pris de décision sur l’appui qu’elle pourrait apporter à une résolution du Conseil de Sécurité de l’ONU sur le conflit israélo-palestinien après les élections présidentielles du mois de novembre.

Lors d’un entretien téléphonique dans la soirée de samedi, Netanyahu a dit à Kerry qu’il désirait que les Etats-Unis ne soutiennent pas une éventuelle mesure diplomatique décidée aux Nations-Unies qui serait adoptée sans le consentement d’Israël, rapporte le journal Haaretz. Le Premier ministre a également répété les propos qu’il avait tenus lors d’un discours prononcé devant l’Assemblée Générale de l’ONU le mois dernier : « La paix ne viendra pas des communiqués et des résolutions de l’ONU ».

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et le président américain Barack Obama à New York, le 21 septembre 2016. (Crédit : Kobi Gideon/GPO)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et le président américain Barack Obama à New York, le 21 septembre 2016. (Crédit : Kobi Gideon/GPO)

Les membres du gouvernement israélien s’inquiètent. Avant de quitter ses fonctions au mois de janvier mais après que son successeur ait été désigné, Obama cherchera-t-il à imposer ou à proposer une solution au conflit, ou tout du moins à établir des paramètres qui viendront déterminer son éventuelle résolution ? Ces mesures comprendraient alors le Conseil de Sécurité, où les Etats-Unis prendraient la décision de ne pas utiliser le droit de veto dont jouit le pays en tant que membre permanent pour toute décision anti-israélienne allant à l’encontre des intérêts d’Israël.

L’entretien téléphonique entre Kerry et Netanyahu intervient alors que les deux pays s’opposent dans un bras de fer dans le sillage de l’approbation, la semaine dernière, de la construction de nouveaux logements dans l’avant-poste illégal d’Amona anticipant son évacuation qui a été ordonnée par un tribunal. Le plan prévoit deux phases de construction, tandis que 200 nouveaux logements restent soumis à approbation après que 98 maisons aient d’ores et déjà été bâties.

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