Un député du Meretz condamne la politique de « haine » de la droite
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Un député du Meretz condamne la politique de « haine » de la droite

Mossi Raz a expliqué penser que son parti de gauche saura conserver sa part de sièges à la Knesset, ajoutant que le "mode de vie libéral" du pays est en danger

Simona Weinglass est journaliste d'investigation au Times of Israël

Mossi Raz parle au public de Tel Aviv, aux côtés de Miriam Herschlag du Times of Israel, le 21 février 2019 (Crédit : Simona Weinglass/Times of Israel)
Mossi Raz parle au public de Tel Aviv, aux côtés de Miriam Herschlag du Times of Israel, le 21 février 2019 (Crédit : Simona Weinglass/Times of Israel)

S’exprimant devant une salle comble de Tel Aviv, Mossi Raz, membre de la Knesset, a déclaré jeudi que son parti – qu’il a qualifié de « social démocrate » et de représentant le plus authentique de la gauche israélienne – était le contrepoids de ce qu’il a qualifié de politique de la « haine » épousée par le Premier ministre Benjamin Netanyahu et la droite israélienne.

« Netanyahu a compris que la haine était populaire. La chose la plus facile à faire, c’est de haïr. Les gens votent à cause de ce qu’ils ressentent, pas de ce qu’ils pensent. Il a compris cela. Il a réalisé que si en Israël, vous séparez les citoyens palestiniens et les citoyens juifs, il restera au pouvoir ».

Raz s’est exprimé lors d’une soirée co-organisée par le Times of Israel,avec le Salon international de Tel Aviv et la fondation Konrad Adenauer. Tamar Zandberg, dirigeante de la formation du Meretz, devait initialement prendre la parole mais elle n’est pas venue en raison de négociations de dernière minute avec le parti Travailliste sur la possibilité de la formation d’un parti unifié. Ces négociations ont finalement échoué.

Interviewa par la responsable de la plate-forme des Blogs du Times of Israel, Miriam Herschlag, Raz a expliqué que tandis qu’aux Etats-Unis et au Royaume-Uni, la gauche retrouve un nouveau dynamisme, Israël semble suivre le chemin emprunté par de nombreux pays européens où les partis de droite font des avancées sans précédent en raison de la crainte des immigrants et de la xénophobie.

« Voyez ce qu’il se passe à l’international, aux Etats-Unis et au Royaume-Uni. La gauche se réveille. Mais en Europe, la gauche obtient des scores médiocres lors des scrutins et les élections se jouent sur la haine des demandeurs d’asile, des musulmans et des juifs, la haine de ceux qui sont différents. En Israël, c’est la haine des Palestiniens dans les territoires occupés, la haine des citoyens palestiniens en Israël, la haine de la gauche, la haine des médias et même la haine de Gideon Saar, » a-t-il dit, entraînant les rires du public.

Selon Raz, le Likud est devenu plus extrémiste ces dernières années.

« En 1984, quand [le politicien de la droite radicale] Meir Kahane s’était exprimé, les représentants du Likud avaient quitté la plénière ».

Raz a comparé ce comportement avec la récente négociation par Netanyahu d’un accord permettant au parti ultra-nationaliste de droite Otzma Yehudit d’entrer à la Knesset en tant qu’allié de la formation HaBayit HaYehudi.

« C’est le meilleur exemple qui montre que la haine est entrée dans leur jeu aujourd’hui », a-t-il affirmé. « La mission de Meretz est de combattre cela. Nous travaillerons ensemble, citoyens palestiniens et juifs d’Israël, à changer les choses ».

Alors qu’il lui était demandé si la démocratie israélienne était en danger, Raz a noté que la démocratie diminuait année après année dans le pays.

Evoquant le récent renforcement des liens par Netanyahu avec des pays comme le Tchad, le Brésil et la Hongrie, Raz a déclaré : « je comprends pourquoi il est important d’être en contact avec des dirigeants problématiques. Mais Israël était, dans le passé, populaire auprès des pays démocratiques et il ne l’était pas auprès des pays non-démocratiques. Et de plus en plus, c’est le contraire qui se vérifie. C’est un problème pour nous. Une partie de cela doit être due aux différences dans le monde, ce n’est pas totalement à cause de nous. Mais une autre partie est due à ce que nous faisons et à ce que nous pratiquons chaque jour – avec bien sûr, l’occupation en tout premier lieu ».

Le logo des élections 2019 du « Times of Israel ». (Montage photos par Flash90)

Raz, ancien président de l’organisation de gauche La Paix maintenant, a indiqué que le chef de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas était un véritable partenaire de paix mais que les leaders israéliens, dans les dernières décennies, n’ont pas suffisamment agi pour conclure un accord avec lui.

« Il y a eu l’Initiative de paix arabe à Beyrouth il y a 17 ans qui était soutenue par 22 Etats arabes et 57 Etats islamiques. Ils avaient accepté la paix et la normalisation avec Israël si l’Etat juif se retirait de tous les territoires occupés. Il n’y a jamais eu de réponse du gouvernement israélien en 17 ans. »

« Nous n’en parlons même pas. Nous savons tous quel est le prix d’un accord de paix. Ce prix, c’est revenir aux frontières de 1967 avec des échanges de terres du même périmètre. Nous savons depuis 1979 quel est ce prix, quand Begin avait signé le traité avec l’Egypte. Après 52 années d’occupation, pas un seul Premier ministre en Israël n’a dit : ‘Je suis d’accord’. »

Et quel est, selon lui, le plus grand problème en Israël qui n’est pas lié au conflit avec les Palestiniens ? A cette question, Raz a évoqué le fait que de nombreux Israéliens quittent le pays.

« L’année dernière, nous avons connu le nombre d’Israéliens quittant le pays le plus élevé. OK, nous vivons à l’ère de la mondialisation. Des gens partent et d’autres arrivent. Mais le nombre d’Israéliens qui arrivent depuis l’étranger est le plus faible de la décennie passée ».

« Les Israéliens éduqués partent. Et pourquoi partent-ils ? Le logement est une raison importante, le prix élevé du logement. Mais c’est également le fait que notre mode de vie libéral est remis en question en permanence. Par exemple, il y a quelques mois, la Knesset a adopté une loi interdisant l’ouverture des supérettes lors du Shabbat. On ne ressent pas l’effet de cette loi à Tel Aviv mais on la ressent dans les autres villes ».

« Il y a le fait que les gens ne peuvent pas se marier comme ils le souhaitent. Ou qu’il n’y a pas de transports publics le samedi. Le monde est global, et tout le monde peut voir qu’il y a des alternatives et décider de partir. Les Israéliens libéraux et éduqués partent ».

Interrogé sur une éventuelle baisse des votes en faveur du Meretz lors du prochain scrutin, Raz a expliqué : « je pense que nous sommes stables. Que nous glanions 5 ou 6 sièges, je pense qu’il est prématuré de le dire ».

Alors qu’il lui était demandé comment le Meretz pouvait s’attendre à changer les choses dans la mesure où la gauche sera probablement une minorité dans la prochaine Knesset, Raz a répondu que « parfois, on ne peut changer les choses parce qu’on est dans la minorité mais il reste toujours nécessaire de dire la vérité ».

Il a ajouté que même dans l’opposition, le Meretz avait réorienté avec succès les politiques israéliennes sur les demandeurs d’asile envoyés au Rwanda, sur les droits LGBT et qu’il avait aidé à mettre un terme à la détention, pour des raisons politiques, des visiteurs dans le pays, à l’aéroport.

« Les citoyens israéliens doivent voter pour le Meretz pour défendre notre mode de vie libéral, défendre les droits de l’Homme, mettre un terme aux haines dans la société israélienne ainsi que pour lutter en faveur d’un accord de paix entre nous et les Palestiniens », a-t-il ajouté.

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