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Un discours critique du ministre de la Justice en partie tiré de Wikipédia

En citant l'exemple d'une enquête de 2003 du procureur général sur des fuites policières, Amir Ohana a semblé reprendre presque mot pour mot l'encyclopédie en ligne

Le ministre de la Justice Amir Ohana lors d'une conférence de presse au ministère de la Justice, le 29 octobre 2019 (Capture d'écran : Facebook)
Le ministre de la Justice Amir Ohana lors d'une conférence de presse au ministère de la Justice, le 29 octobre 2019 (Capture d'écran : Facebook)

Une partie du discours du ministre de la Justice Amir Ohana – une allocution qui a pris la forme d’une attaque nourrie des procureurs d’État travaillant sous son autorité, qu’Ohana accuse notamment de persécuter aveuglement des responsables publics qui, craindraient-ils, pourraient les menacer – semble avoir été reprise presque directement d’un article paru sur Wikipedia.

C’est le journaliste Nitzan Livneh qui a remarqué, mercredi, combien les mots employés par Ohana étaient proches de ceux figurant sur la page en hébreu de la célèbre encyclopédie en ligne consacrée aux déboires d’un avocat qui avait laissé fuiter auprès de la presse des informations issues d’une enquête criminelle ouverte à l’encontre de l’ex-Premier ministre Ariel Sharon, en 2003.

Au total, environ 115 mots – sur les 169 que compte la page Wikipedia – se retrouvent dans les propos utilisés par Amir Ohana lors de sa conférence de presse mardi.

Le ministre, membre du Likud, répondait à des questions sur les trois enquêtes impliquant Benjamin Netanyahu ainsi que sur une nouvelle enquête, ouverte cette semaine, portant sur le harcèlement présumé d’un témoin de l’accusation de la part de conseillers du Premier ministre.

Il a indiqué avoir tenté d’ouvrir une enquête sur les « centaines de fuites » survenues dans le cadre des enquêtes sur Benjamin Netanyahu, mais que sa demande avait été rejetée par « refus complet de découvrir la vérité ».

C’est là qu’Amir Ohana a donné l’exemple d’un incident antérieur, au cours duquel un procureur-général avait ordonné l’ouverture d’une enquête sur des fuites d’information dans le cadre d’une affaire de pots-de-vin présumés impliquant Sharon.

Les investigations avaient amené l’avocate Liora Glatt-Berkovitz à admettre qu’elle avait été à l’origine de ces fuites à la veille des élections de 2003, dans le but de nuire à la campagne de Sharon.

Glatt-Berkovitz avait été ultérieurement condamnée par le biais d’un arrangement judiciaire à une peine de huit mois de prison.

L’enquête sur ces pots-de-vin, qui avait également impliqué l’un des fils de Sharon, Gilad, avait été finalement close en 2013.

Au cours de son discours, Ohana a accusé les procureurs d’Etat de s’en prendre aux personnalités publiques susceptibles de les menacer avec l’aide d’un « culte » servile de la part des journalistes.

Il a également fait allusion à un élément soi-disant profondément ancré au cœur du système, disant qu’il existe « un autre ministère public – un ministère public au sein du ministère public. Il y a ceux qui, aux côtés d’un petit culte de journalistes de cour, sont parvenus à faire croire qu’il existe actuellement une guerre de la lumière contre l’ombre ».

Répondant aux accusations du ministre, le procureur-général Avichai Mandelblit et le procureur d’Etat Shai Nitzan ont indiqué « regretter » ces propos et « rejeter la tentative de jeter l’opprobre sur le travail de la police et des procureurs en l’absence de toute base factuelle ».

« Le système judiciaire ne se laissera pas traîner dans la sphère politique. Personne ne nous découragera ou ne nous dissuadera d’emprunter la bonne voie », ont écrit Mandelblit et Nitzan dans un communiqué conjoint.

Netanyahu doit répondre d’accusations de fraude et d’abus de confiance dans trois affaires, soupçonné de pots-de-vin dans l’un d’elles. Le Premier ministre nie tout acte répréhensible et clame être victime d’une chasse aux sorcières de la part de l’opposition, des médias, de la police et des procureurs d’Etat.

Au début du mois, le bureau de Mandelblit a organisé une audience de pré-inculpation pour le Premier ministre, après avoir fait part de son intention de le mettre en examen dans les trois affaires. Il devrait prendre une décision finale d’ici la fin de l’année.

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