Un élu druze quitte le Camp démocratique
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Un élu druze quitte le Camp démocratique

Ali Salalha a expliqué qu'il n'avait pas été pris au sérieux après avoir amené des milliers de votes au Meretz, estime que les Arabes ne voteront pas pour Ehud Barak

Ali Salalha après le résultat des primaires du Meretz à Tel Aviv, le 14 février 2019 (Crédit :  Gili Yaari/Flash90)
Ali Salalha après le résultat des primaires du Meretz à Tel Aviv, le 14 février 2019 (Crédit : Gili Yaari/Flash90)

Un législateur druze a quitté le Camp démocratique de gauche cette semaine, disant que la faction ne le prenait pas au sérieux et que la communauté arabe ne soutiendrait pas la formation en raison de son ressentiment envers l’ex-Premier ministre Ehud Barak.

Ali Salalha, originaire du village de Beit Jann, a expliqué mardi qu’il avait sauvé le parti du Meretz lors du dernier scrutin du mois d’avril et qu’il avait été mécontent de son placement médiocre sur la liste du Camp démocratique, a noté Haaretz samedi.

Il a souligné que les votes que les Arabes avaient apportés au Meretz à ce moment-là avaient aidé la formation à dépasser le seuil électoral.

Le Camp démocratique est une union entre la formation de gauche du Meretz, la députée Stav Shaffir, ex-Travailliste, et l’ancien Premier ministre Ehud Barak.

Le parti devrait remporter 6 ou 7 sièges. Salalha, à la 20e place sur la liste, n’a en réalité que très peu de chances d’entrer à la Knesset, forte de 120 membres.

« Ces gens ne prennent pas au sérieux Ali Salalha », a-t-il commenté, évoquant sa frustration. « Tout à coup, vous abandonnez la star des médias des dernières élections ? L’éducateur légendaire qui a amené le système d’éducation des Druzes à la première place ? », a-t-il interrogé.

Salalha est un directeur pédagogique qui a remporté des distinctions dans le passé, a fait savoir Haaretz.

Le président de Meretz Nitzan Horowitz, à droite, le chef du Parti démocratique israélien Ehud Barak, gauche, et la députée Stav Shaffir font une conférence de presse pour annoncer leur nouvelle alliance, le Camp démocratique, avant les élections du 17 septembre, à Tel Aviv le 25 juillet 2019. (Tomer Neuberg/Flash90)

Il avait pris la cinquième place sur la liste électorale du Meretz à l’issue des élections internes pour le dernier vote national. Le Camp démocratique est dirigé par Nitzan Horowitz du Meretz.

Salalha estimerait par ailleurs que le Camp démocratique se trouvera dans l’incapacité de gagner le vote arabe en raison du ressentiment nourri par cette communauté envers Barak. Au mois d’octobre 2000, alors que commençait la Seconde intifada, quand Barak était Premier ministre, la police avait tué 13 manifestants arabes israéliens. Ehud Barak a depuis présenté ses excuses et exprimé ses regrets.

« Quand le Meretz a commencé à négocier avec Ehud Barak, on ne m’a pas pris en compte », aurait dit Salalha, selon des sources. « Vous êtes tous devenus fous ? Je vous ai amené des dizaines de milliers de Druzes. Où se trouvait le vote druze, dans le passé ? A droite. Pour le Likud, pour Liberman, pour le Shas. Je vous les ai amenés et vous me mettez à la 20e place ? », se serait-il exclamé.

« Nous, les Druzes, nous n’avons aucun problème avec Barak. Mais les Arabes ont un problème avec lui », a continué Salalha. « Les électeurs arabes ont voté pour nous quand je me trouvais aux côtés du Meretz. Après l’atterrissage de Barak, j’entends des Arabes dire : ‘On n’ira pas avec Barak’. »

Ehud Barak, membre du Camp démocratique, s’exprime lors d’un événement culturel dans la ville du centre du pays de Shoham, le 24 août 2019. (Tomer Neuberg/Flash90)

Barak a également été critiqué par ses opposants politiques, ces derniers mois, en raison de ses liens avec le financier américain Jeffrey Epstein, tombé en disgrâce.

Salalha s’est refusé à dire pour qui il voterait.

Le vote arabe est devenu une question sensible pour les élections du 17 septembre. Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et son parti du Likud tentent actuellement de faire adopter en hâte une législation, avant le scrutin, qui permettrait à des observateurs issus des différents partis politiques de s’équiper de caméras dans les bureaux de vote.

Le projet de loi dit des caméras est condamné avec force par la commission centrale électorale et par le procureur-général Avichai Mandelblit, qui a averti dans un avis juridique publié vendredi qu’il pourrait rendre le processus de vote chaotique. Les opposants politiques de Netanyahu et notamment Barak ont fait part de leur opposition véhémente à ce projet.

Au cours des élections du 9 avril, le parti du Likud avait ainsi équipé environ 1 200 de ses observateurs déployés dans les bureaux de vote des centres de population arabes de caméras cachées pour empêcher ce qui, selon la formation, était une « fraude effrénée » au sein de la communauté.

Le Likud a évalué cette semaine que sans fraude électorale, l’un des partis arabes du pays, Raam-Balad, n’aurait pas franchi le seuil électoral de
3,25 % qui permet l’entrée des candidats à la Knesset – et qui équivaut à quatre sièges au parlement. Il avertit dorénavant que la situation pourrait se répéter si les caméras devaient ne pas être autorisées dans les bureaux de vote.

Ces accusations du Likud sont douteuses et la formation n’a aucune preuve de ce qu’elle avance. Un haut-responsable du Likud qui s’est exprimé sous couvert d’anonymat auprès de Haaretz a expliqué que les clameurs portant sur un scrutin volé étaient « pure spéculation. Ce n’est pas un scénario dont on peut penser qu’il a vraiment des bases ».

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