Un ex-conseiller à la sécurité nationale israélienne félicite le prince saoudien
Rechercher

Un ex-conseiller à la sécurité nationale israélienne félicite le prince saoudien

Yaakov Nagel affirme que Mohammed ben Salmane dirige son pays "vers la bonne direction", mais que Ryad n'officialisera pas ses relations avec Israël avant un accord de paix

Raphael Ahren est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Yaakov Nagel pendant la signature de l'accord d'aide militaire israélo-américain au département d'Etat, le 14 septembre 2016. (Crédit : capture d'écran de la diffusion en direct du département d'Etat)
Yaakov Nagel pendant la signature de l'accord d'aide militaire israélo-américain au département d'Etat, le 14 septembre 2016. (Crédit : capture d'écran de la diffusion en direct du département d'Etat)

Le prince héritier d’Arabie saoudite, Mohammed ben Salmane, dirige son pays « vers la bonne direction », a déclaré un ancien conseiller à la sécurité nationale mercredi, une louange explicite sans précédent, au sujet d’un dirigeant arabe.

Le général de brigade Yaakov Nagel a déclaré que les autorités à Ryad aimeraient évoquer publiquement leurs relations bilatérales secrètes avec l’État hébreu, mais ne le feront probablement pas avant qu’un accord de paix israélo-palestinien ne soit conclu.

Face à des journalistes à Jérusalem, Nagel qui a été directeur de la sécurité nationale pour le Premier ministre Benjamin Netanyahu de janvier 2016 à mai 2017, a déclaré qu’il y avait actuellement quatre clans principaux qui luttaient pour dominer le Moyen Orient : les pays sunnites modérés, les Frères musulmans, l’Iran chiite et les djihadistes sunnites radicaux.

« L’Arabie saoudite cherche à savoir si elle appartient au camp sunnite modéré ou aux Frères musulmans, ou un peu des deux. Cela dépend de votre interlocuteur », a déclaré Nagel, dans une interview en anglais.

Nagel a ajouté qu’il avait prédit l’ascension de Mohammed ben Salmane il y a deux ans, bien avant qu’il ne soit nommé prince héritier en juin 2017. « Je suis content d’avoir eu raison », a-t-il dit.

« Il dirige l’Arabie saoudite vers la bonne direction, mais je pense qu’il a des défis plus grands à relever que les Palestiniens ou Israël. »

Mohamed ben Salmane Al Saoud, prince héritier d’Arabie saoudite. (Crédit : AFP)

Le prince héritier, qui est également ministre de la Défense, est tenu pour responsable de la politique étrangère agressive, notamment contre l’Iran, son allié libanais le groupe terroriste du Hezbollah, et les Houthis, soutenus par l’Iran au Yémen. Il s’en est aussi pris à ses ennemis en interne, menant une politique de répression de la corruption au sein de la famille royale.

Les louanges de Nagel au sujet de MBS, comme il est souvent appelé, s’inscrivent dans un contexte de rumeurs et de spéculations sur la coopération israélo-saoudienne. Au début de la semaine, Yuval Steinitz, ministre de l’Énergie, semblait confirmer l’existence de relations secrètes avec l’Arabie saoudite et d’autres pays arabes.

« Nous respectons les souhaits de l’autre partie quand des relations se développent, qu’il s’agisse de l’Arabie saoudite ou d’autres pays arabes ou musulmans », a-t-il dit.

Le chef d’état-major Gadi Eizenkot a récemment accordé une interview au journal saoudien Elaph, dans laquelle il a proposé de coopérer en matière de renseignement avec Ryad, afin de contrecarrer l’Iran, un ennemi qu’Israël et le royaume saoudien ont en commun.

Mais le ministre des Affaires saoudiens étranger, Adel al-Jubeir, a ensuite démenti l’existence de relations entre Israël et le royaume. Il a cependant indiqué que des relations bilatérales fructueuses pourraient être mises en place après qu’un accord de paix final, entre Israéliens et Palestiniens, basé sur l’Initiative de Paix arabe soit conclu.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, à gauche, et le conseiller à la sécurité nationale Yaakov Nagel, pendant la réunion hebdomadaire du cabinet dans les bureaux du Premier ministre, à Jérusalem, le 18 septembre 2016. (Crédit : Marc Israel Sellem/Flash90)

Nagel, durant un briefing organisé par The Israël Project, a affirmé que les Saoudiens ne se préoccupent pas vraiment des paramètres de l’accord de paix. « Il se préoccupent des relations publiques », a-t-il dit. Pour Ryad, il suffirait que les Israéliens et les Palestiniens prennent un poème de Nathan Alterman, signent en bas de la page, et le déclarent accord de paix, a-t-il plaisanté.

« Ils doivent juste pouvoir dire qu’il y a un accord de paix entre Israël et la Palestine. Ils se fichent pas mal du contenu de cet accord », a assuré Angel. « Il n’aiment pas [les Palestiniens] plus ou moins que nous. Ils doivent pouvoir dire qu’il y a un accord afin de prendre des mesures [vers la normalisation]. Donc cela constitue toujours un obstacle. »

Dans le cadre de l’Initiative de paix arabe, qui a été soumise par l’Arabie saoudite en 2002, et qui a ensuite remporté le soutien de l’ensemble du monde musulman, tous les pays arabes et musulmans établiraient des relations diplomatiques normales avec Israël en vue d’une conclusion positive d’un accord de paix avec les Palestiniens.

« Tout le monde sait que l’Initiative de Paix arabe ne veut rien dire. Elle contient des choses qui n’ont pas de sens », a expliqué Nagel, qui a accédé au poste de conseiller à la sécurité nationale après une longue carrière d’ingénieur au ministère de la Défense.

Lorsqu’un journaliste lui a demandé si Israël pouvait contourner les Palestiniens et normaliser ses relations avec l’Arabie saoudite sans accord de paix, il a répondu : « je suis sûr qu’ils le souhaitent. Parce que nous partageons les mêmes intérêts ».

Cependant, il a concédé que l’opinion publique au sein du Royaume rend cette idée très improbable. D’un autre côté, il a souligné que les dirigeants du monde arabe ont surpris le monde à plusieurs reprises ces dernières semaines. « Peut-être qu’ils nous surprendront encore », a-t-il dit.

Netanyahu a salué une « coopération fructueuse » avec les pays arabes, soutenant que les liens secrets actuels finiront pas devenir publics et contribueront à la paix.

Lors d’un évènement qui célébrait les relations israélo-égyptiennes, Netanyahu a affirmé que l’opinion publique était la raison principale de l’absence de relations officielles entre Israël et les pays arabes sunnites.

« Le plus grand obstacle à l’expansion de la paix aujourd’hui ne repose pas sur les dirigeants des pays qui nous entourent. Cet obstacle, c’est l’opinion publique dans les rues arabes, l’opinion publique qui a été endoctrinée pendant des années par une présentation déformée et trompeuse de l’État d’Israël », a-t-il déclaré à la Knesset.

« Je vois du changement, un début de changement dans l’opinion publique dans le monde arabe, et je ne parle pas des dirigeants », a-t-il poursuivi.

« Nous voyons certains changements opérer dans certaines parties du Moyen Orient. Je pense que cela doit être encouragé et développé dans la région, parce qu’au final, cela sera bénéfique et rejaillira vers l’intérieur. »

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu à la Knesset, le 24 octobre 2017. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...