Un groupe de droite veut patrouiller pour « empêcher la fraude électorale arabe »
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Un groupe de droite veut patrouiller pour « empêcher la fraude électorale arabe »

Le chef de la commission électorale doit examiner la demande, qui consiste à placer des dizaines de personnes devant les bureaux de vote pour garantir la sécurité des observateurs

Jacob Magid est le correspondant pour les questions liées aux implantations pour le Times of Israël

Un Arabe israélien se prépare à voter aux élections parlementaires israéliennes dans un bureau de vote installé dans une école à Taibé, dans le nord du pays, le 9 avril 2019. (Crédit : Ahmad Gharabli/AFP)
Un Arabe israélien se prépare à voter aux élections parlementaires israéliennes dans un bureau de vote installé dans une école à Taibé, dans le nord du pays, le 9 avril 2019. (Crédit : Ahmad Gharabli/AFP)

La commission centrale électorale a examiné dimanche une nouvelle initiative de la droite visant à lutter contre une présumée fraude électorale dans les villes arabes, quelques jours après que le Premier ministre a vu sa tentative d’autoriser des membres de partis à filmer dans les bureaux de vote rejetée par la Knesset.

La semaine dernière, un groupe de résidents d’implantations et de dirigeants religieux ont lancé une campagne de levée de fonds en ligne pour un projet appelé « Gardiens ».

Les organisateurs ont indiqué souhaiter, avec les 100 000 shekels qu’ils espèrent récolter, rémunérer des dizaines d’individus recrutés pour se tenir devant les bureaux de vote dans les localités arabes. Cette initiative est destinée à « protéger », selon eux, les responsables des bureaux de vote représentant les partis de droite.

Par conséquent, le procureur Shachar Ben Meir a déposé une requête auprès de la commission centrale électorale, lui demandant d’imposer aux « Gardiens » de cesser leurs activités. Ben Meir a affirmé que cela revenait à engager une « milice privée » qui interférera avec le processus électoral et pourrait possiblement mener à de la violence durant le scrutin.

Le chef de la Commission centrale électorale, Hanan Melcer, se prononcera bientôt à ce sujet.

Une vidéo accompagnant la demande de fonds montre quatre scènes enregistrées dans des bureaux de vote des communautés arabes en 2015, où l’on entend des membres de la commission suggérer de falsifier le décompte des voix.

Une réunion de la commission centrale électorale sur l’initiative des Gardiens, le 15 septembre 2019. (Crédit : capture d’écran Facebook)

« Nous ne laisserons pas le bloc de gauche voler les élections », indique la légende de la vidéo, employant les termes choisis par Netanyahu ces dernières semaines pour défendre la loi sur les caméras.

« Le jour de l’élection, nous déploierons des centaines de gardes qui protégeront les observateurs. Faites un don aux Gardiens et empêchez la fraude électorale dans le secteur arabe », conclut la vidéo, sur un fond sonore angoissant.

Les signataires de cette levée de fonds sont le président du conseil régional de Binyamin, Yisrael Gantz, le président du conseil local de Beit El, Shai Alon, l’ancien président du conseil général de Samarie, Benny Katzover, le président de la commission des résidents de Samarie Tzachi Dickstein, l’ancien président de la commission des résidents de Binyamin, Itzik Shadmi, l’ancien membre de HaBayit HaYehudi, Haim Falk, l’ancien président du Conseil régional du Gush Etzion, Moshe Seville, et l’acteur et résident de Beit El, Hagai Luber.

La levée de fonds ne connaît pas de succès, mais les militants insistent

Dimanche soir, la campagne n’avait atteint que 22 % de son objectif.

Haim Falk a reconnu, dans un entretien téléphonique avec le Times of Israël, que la levée de fonds était un échec et qu’ils ne disposent de fonds que pour employer 40 militants, qui patrouilleraient dans 120 bureaux de vote. Cependant, il s’est dit optimiste quant à l’arrivée de nouveaux dons au cours des deux prochains jours, ce qui permettrait de mobiliser davantage de militants. Il a ajouté qu’il s’attendait à ce que des militants se portent volontaires pour patrouiller à titre bénévole.

Durant la réunion de dimanche, il a fait savoir à Hanan Melcer que les hommes recrutés par les « Gardiens » se tiendront devant les bureaux de vote et serviront de « couverture de sécurité » pour les responsables à l’intérieur des bureaux de vote, qui sont, pour la plupart, âgés d’une vingtaine d’années.

Le juge Hanan Melcer, président de la commission centrale électorale de la 21e Knesset, assiste à une réunion de la CCE à la Knesset, le 3 avril 2019. (Yonatan Sindel/Flash90)

En avril, le parti du Likud a équipé 1 200 représentants du parti de caméras cachées dans les bureaux de vote des villes arabes. La découverte de ces caméras avait donné lieu, dans plusieurs endroits, à des altercations entre des responsables du Likud et des observateurs, qui n’ont pas apprécié d’avoir été victimes d’une opération clandestine.

Les organisateurs de cette opération se sont ensuite targués d’être à l’origine du faible taux de participation arabe.

Le Likud a recruté près de 2 400 jeunes adultes, principalement issus du secteur nationaliste religieux, pour représenter le parti dans les bureaux de vote mardi, mais cette fois-ci, Melcer a interdit la présence de caméras.

Néanmoins, les organisateurs des « Gardiens » soutiennent qu’une aide supplémentaire sera nécessaire pour protéger les jeunes observateurs au service des partis de droite dans les villes arabes.

Le leader de la Liste arabe unie, Ayman Odeh, filme le Premier ministre Benjamin Netanyahu pendant le débat sur le projet de loi des caméras à la Knesset de Jérusalem, le 11 septembre 2019. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Ben Meir a déclaré, lors de la réunion, que cette initiative n’était rien d’autre qu’une provocation « raciste », visant uniquement la minorité arabe israélienne.

Falk a rejeté l’affirmation selon laquelle les militants recrutés auraient recours à la violence pour intimider les électeurs arabes, une accusation portée par le président de Kakhol lavan, Benny Gantz, la semaine dernière.

La police s’y oppose, le procureur général hésite

Sollicité par Melcer pour connaître son avis sur cette initiative, le chef de la police israélienne a déclaré que ses équipes étaient en mesure de garantir l’ordre dans les bureaux de vote, et que la protection des observateurs relevait de ses fonctions, en cas d’urgence, et n’était pas de la responsabilité de citoyens individuels.

Le président de la Commission centrale électorale a également demandé à Falk de garantir que les militants déployés devant les bureaux de vote ne seront pas armés.

Une caméra cachée sur un observateur du Likud, dans un bureau de vote d’une ville arabe, lors des élections du 9 avril 2019. (Crédit : Hadash-Taal)

De plus, les représentants de la police ont déclaré que la présence des « Gardiens » compliquerait le travail des forces de l’ordre.

Le Parti travailliste a publié un communiqué la semaine dernière affirmant qu’il recrutait des « milliers » de militants pour se tenir devant les bureaux de vote arabes pour combattre les « harceleurs de Bibi ».

Peu après la réunion, le bureau du procureur général a émis une opinion juridique indiquant que tant que les « Gardiens » restent à 10 mètres des bureaux de vote et ne s’éloignent pas du but qu’ils se sont fixé, à savoir, apporter un soutien aux observateurs lorsque nécessaire, « rien ne justifie d’émettre une injonction ».

Dimanche, le chef de la Commission centrale électorale a refusé la demande de réunion « d’urgence » de Netanyahu pour discuter des allégations avancées par le Premier ministre sur la fraude électorale dans la communauté arabe.

La demande de Netanyahu survient quelques jours après qu’un article publié dans Maariv a indiqué que la police n’aurait interrogé que deux des 82 observateurs qui avaient signalé des irrégularités dans leurs bureaux de vote lors du scrutin d’avril.

Le Likud a récemment affirmé que Ra’am-Balad, l’alliance de deux partis arabes qui ont dépassé le seuil d’éligibilité de 3,25 % de quelques centaines de bureaux de vote, avait intégré la Knesset de manière frauduleuse. La formation au pouvoir a affirmé que cette fraude présumée avait privé le Likud d’une coalition majoritaire à la Knesset et contraint Netanyahu à ré-organiser des élections.

Les accusations soulevées par le parti ne sont pas étayées par des preuves, et l’enquête de la police sur une éventuelle fraude électorale a révélé des falsifications mineures, qui auraient en réalité bénéficié au Likud ou au parti ultra-orthodoxe Shas.

Une arabe israélienne met son bulletin dans l’urne pour les élections à la Knesset dans un bureau de vote de la ville de Tayibe, dans le nord d’Israël, le 9 avril 2019 (Crédit : Ahmad Gharabli/AFP)

Par ailleurs, la police n’a trouvé suffisamment de preuves pour justifier une enquête criminelle que dans l’un des 140 bureaux de vote signalés par le Likud pour des activités frauduleuses présumées de la part de la minorité israélienne arabe.

Le Times of Israel a obtenu des enregistrements de plus de 100 bureaux de vote où la participation électorale était irrégulière par rapport aux chiffres des bureaux adjacents. Si une partie de ces bureaux de vote sont situés dans des villes arabes, il ne s’agit que d’un tiers d’entre eux. Des irrégularités ont également été enregistrées dans les implantations ultra-orthodoxes de Modiin Illit et Beitar Illit, ainsi qu’à Petah Tikva, Afula, Netanya et Rosh Ha’Ayin.

Certains analystes estiment que les allégations du Likud sur le vol des élections par les partis adverses est une façon d’obtenir le soutien des électeurs de droite et l’ont associé aux propos que Netanyahu avait tenus lors des élections de 2015, lors desquelles il avait affirmé que « les électeurs arabes affluent en meute dans les urnes ». Il s’était ultérieurement excusé pour ces propos, qui avaient été vivement condamnés.

Pour contrer la présumée fraude électorale, Netanyahu avait fait la promotion d’un texte de loi visant à autoriser les partis à utiliser des dispositifs d’enregistrement dans les bureaux de vote, mais ce texte n’a pas réuni assez de soutien pour dépasser le stade du vote préliminaire la semaine dernière.

Le gouvernement avait soumis ce texte malgré l’opposition du procureur général, du chef de la Commission centrale électorale et du conseiller juridique de la Knesset.

Les détracteurs de la loi ont déclaré qu’elle visait à dissuader les Israéliens arabes de voter.

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