Un inspecteur des terres de Cisjordanie s’est emparé de parcelles palestiniennes
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Un inspecteur des terres de Cisjordanie s’est emparé de parcelles palestiniennes

L'ancien chef de l'organisme du ministère de la Défense qui supervise l'utilisation des terres a planté des oliviers sur les parcelles il y a 30 ans et continue à s'en occuper

Jacob Magid est le correspondant pour les questions liées aux implantations pour le Times of Israël

David Kishik-Cohen dans son oliveraie à l'extérieur de l'implantation de Kochav Hashahar. (via WhatsApp)
David Kishik-Cohen dans son oliveraie à l'extérieur de l'implantation de Kochav Hashahar. (via WhatsApp)

L’ancien chef de l’organe du ministère de la Défense chargé de faire respecter les règles relatives à l’utilisation des terres en Cisjordanie a planté une oliveraie sur des terres palestiniennes alors qu’il occupait ce poste, et a entretenu de façon illégale les arbres jusqu’à ce jour, a établi le Times of Israël.

David Kishik-Cohen a occupé le poste de chef principal de l’unité de supervision dans l’administration civile de 1984 à 2007. Il a été licencié sur la base d’allégations selon lesquelles il aurait participé à l’autorisation de l’établissement d’une carrière appartenant à sa femme en dehors de l’implantation de Kokhav HaShahar sans signaler le conflit d’intérêt.

Pendant son mandat, Kishik-Cohen a planté une oliveraie à l’extérieur de cette localité du centre de Cisjordanie.

Il l’a confirmé lors d’une conversation avec le Times of Israël lundi dernier, disant qu’il pensait avoir planté environ la moitié de ses arbres vers 1988. Il a insisté sur le fait qu’ils sont situés « à l’intérieur de l’implantation », mais lorsqu’on lui a demandé s’il voulait dire à l’intérieur de la clôture de Kokhav HaShahar, il a refusé de préciser.

En 1980, l’armée israélienne a saisi environ 200 acres [81 hectares] de terres dans les villages voisins de Kafr Malik et Deir Jarir, en Cisjordanie, en raison de la prétendue nécessité de protéger un avant-poste établi à l’époque par un groupe d’anciens soldats de la brigade d’infanterie du Nahal. Kokhav HaShahar a été établi peu de temps après sur les terres saisies.

Une carte aérienne de l’implantation de Kokhav HaShahar utilisant les données de l’administration civile identifiant la saisie de terres par Israël en 1980 en rouge, diverses parcelles de terre en jaune et la zone de l’oliveraie de David Kishik Cohen en bleu. (Crédit : Dror Etkes/Kerem Navot)

Une clôture au sud-est de l’implantation entoure des dizaines d’hectares d’oliviers, qui sont situés bien au-delà de la localité de Kokhav HaShahar.

Les données cartographiques de l’administration civile montrent que la plupart des oliveraies mises en place par les habitants de Kokhav HaShahar sont situées à plusieurs centaines de mètres au-delà de la limite de la saisie des terres de 1980 sur ce que les autorités israéliennes reconnaissent être des terres palestiniennes.

Kishik-Cohen a enregistré ses trois parcelles de terre sur lesquelles il a planté les oliviers auprès du Grand Rabbinat d’Israël, et elles ont été incluses dans la liste actualisée des arbres fruitiers approuvés pour la consommation par l’autorité rabbinique à partir de janvier dernier.

La photo de profil publique WhatsApp de l’ancien inspecteur en chef de l’administration civile est une photo de lui debout dans ce qui semble être sa plantation lors d’une récente récolte.

Le Times of Israël s’est rendu à Kokhav HaShahar mardi pour vérifier l’emplacement exact des arbres et identifier l’endroit d’où Kishik-Cohen a pris la photo WhatsApp. En outre, un résident de l’implantation ainsi qu’un travailleur étranger sur le terrain ont désigné la parcelle illégale comme appartenant à Kishik-Cohen.

L’oliveraie de David Kishik Cohen devant l’implantation de Kokhav HaShahar, le 26 mai 2020. (Crédit : Jacob Magid/Times of Israël)

Contacté et invité à identifier ses oliviers sur une photo aérienne mardi, Kishik-Cohen a dit qu’il était occupé mais qu’il le ferait plus tard dans la soirée. Il a finalement cessé de répondre après avoir reçu les différents éléments de preuve le reliant à l’oliveraie illégale.

L’administration civile a refusé de commenter le dossier, mais un fonctionnaire de la Défense qui a échangé avec le Times of Israël a reconnu que l’oliveraie était illégale et avait été plantée sur des terres palestiniennes auxquelles les villageois voisins se sont vus interdire l’accès depuis des décennies.

Toutefois, le fonctionnaire a ajouté qu’aucune pétition n’avait été déposée pour demander l’accès aux terres sur lesquelles se trouve l’oliveraie de Kishik-Cohen, et que puisque plus de cinq ans se sont écoulés depuis sa plantation, l’administration civile n’a pas le pouvoir de raser l’oliveraie sans une plainte corroborée.

Dror Etkes, du groupe de surveillance de l’implantation de Kerem Navot, a déclaré : « M. Kishik-Cohen n’est qu’un pourri qui a travaillé dans un organisme pourri qui est chargé de préserver une réalité pourrie. »

« Quiconque connaît la réalité en Cisjordanie comprend que ce n’est que la pointe d’une réalité bien plus grande qui dépend entièrement de la dépossession de millions de Palestiniens qui vivent en Cisjordanie », a affirmé M. Etkes.

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