Rechercher

Un juge espagnol veut interroger le patron du groupe israélien ayant créé Pegasus

Le juge a décidé d'élargir le périmètre de la commission rogatoire afin d'auditionner Shalev Hulio ; une telle requête devra recevoir le feu vert des autorités israéliennes

Le PDG du groupe NSO, Shalev Hulio, s'entretient avec Channel 12 News dans une interview diffusée le 29 janvier 2022. (Crédit : Capture d'écran/Channel 12)
Le PDG du groupe NSO, Shalev Hulio, s'entretient avec Channel 12 News dans une interview diffusée le 29 janvier 2022. (Crédit : Capture d'écran/Channel 12)

Le juge enquêtant sur l’espionnage de plusieurs membres du gouvernement espagnol, dont le Premier ministre Pedro Sanchez, veut interroger en Israël le patron de la société NSO ayant créé le logiciel Pegasus, a indiqué mardi la justice espagnole.

Ce magistrat, dépendant du haut tribunal de l’Audience nationale, a par ailleurs convoqué le 5 juillet Felix Bolaños, un ministre très proche de M. Sanchez pour l’entendre en tant que témoin dans cette affaire hautement sensible.

« Le magistrat a décidé d’élargir (le périmètre) de la commission rogatoire envoyée à Israël afin qu’une commission qu’il dirigerait lui-même puisse se déplacer dans ce pays pour auditionner le PDG de l’entreprise commercialisant le programme Pegasus », a indiqué l’Audience nationale.

Une telle requête devra recevoir le feu vert des autorités israéliennes, une procédure qui peut prendre des mois.

Jusqu’ici, la commission rogatoire demandait uniquement des informations à NSO sur « différents aspects du programme informatique » Pegasus.

Cette illustration photographique de studio montre un smartphone avec le site web du groupe israélien NSO qui comporte le logiciel espion « Pegasus », exposé à Paris, le 21 juillet 2021. (Joel Saget/AFP)

« NSO agit conformément à un strict cadre juridique (…), c’est la conclusion à laquelle parviendra toute enquête », a indiqué un porte-parole de NSO, contacté par l’AFP.

Pegasus, qui permet d’activer à distance les caméras et micros d’un smartphone, et NSO font l’objet de graves accusations d’espionnage à travers le monde depuis l’an dernier.

L’enquête du juge espagnol José Luis Calama a été ouverte suite au dépôt d’une plainte par le gouvernement espagnol qui avait révélé le 2 mai que les téléphones du Premier ministre et de la ministre de la Défense avaient été espionnés au moyen de Pegasus.

Le gouvernement, qui a indiqué par la suite que le mobile du ministre de l’Intérieur avait également été piraté, assure qu’il s’agit d’une « attaque externe », mais affirme ne pas savoir qui peut en être à l’origine.

Plusieurs médias espagnols ont évoqué une possible implication du Maroc alors qu’une grave crise diplomatique opposait les deux pays au moment des faits.

Dans son communiqué, l’Audience nationale révèle par ailleurs que le magistrat, qui a levé le secret de l’instruction, a déjà entendu vendredi l’ex-cheffe des services de renseignement espagnols, Paz Esteban, qui a payé la facture de ce scandale et a été destituée le 10 mai par le gouvernement.

Ce scandale a éclaté initialement le 18 avril suite à la publication d’un rapport de l’organisation canadienne Citizen Lab assurant avoir identifié plus de 60 personnes de la mouvance séparatiste catalane dont les portables auraient été piratés entre 2017 et 2020 par le logiciel Pegasus. Le gouvernement espagnol a reconnu en avoir espionné 18.

Mais il a pris une toute autre ampleur avec l’annonce par le gouvernement que M. Sanchez et sa ministre de la Défense avaient eux-mêmes été espionnés en mai et juin 2021 via ce même logiciel.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...