Un leader extrémiste juif interrogé par la police pour ses propos antichrétiens
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Un leader extrémiste juif interrogé par la police pour ses propos antichrétiens

Bentzi Gopstein a déclaré la semaine dernière qu'il prônait l'incendie des maisons chrétiennes et des autres formes d'« idolâtrie »

Le président de Lehava, Benzi Gopstein, amené à la cour de Jérusalem, le 16 décembre 2014. (Crédit : Yonathan Sindel/Flash90)
Le président de Lehava, Benzi Gopstein, amené à la cour de Jérusalem, le 16 décembre 2014. (Crédit : Yonathan Sindel/Flash90)

La police israélienne a convoqué pour l’interroger ce mardi le chef d’une organisation extrémiste juive qui a défendu l’idée de brûler les églises chrétiennes de Terre sainte, en pleine inquiétude devant les récentes exactions imputées à la mouvance, a-t-elle indiqué. 

Bentzi Gopstein est sorti libre de cet interrogatoire, a dit la porte-parole de la police Luba Samri.

Il avait été convoqué par une unité en charge des crimes de nature politique pour s’expliquer « sur ses déclarations relatives à l’incendie des églises » selon la police.

Lors d’un débat avec des étudiants d’écoles talmudiques, Ben-Zion (« Bentzi ») Gopstein avait défendu la semaine passée l’idée de brûler les églises chrétiennes, en invoquant un commandement du Moyen Age ordonnant de détruire l’idolâtrie.

Pendant le débat Benny Rabinovitch, le rédacteur en chef du journal ultra-orthodoxe Yated Neeman, a demandé de but en blanc à Gopsein s’il plaidait pour l’incendie des églises, selon un enregistrement du débat publié mercredi dernier par le site d’informations ultra-orthodoxe Kikar Hashabat .

« Selon Maïmonide … », a débuté Gopstein, faisant apparemment allusion aux Sage juif du 12ème siècle, « vous devez brûler [les églises], êtes-vous contre Maïmonide ou en faveur de Maïmonide ? ».

« Ne me parlez pas de Maïmonide, je vous ai demandé ce que vous en pensez », lui a répondu Rabinovitch.

« Bien sûr que je suis pour », a alors déclaré Gopstein.

Gopstein a plus tard réagi aux articles qui indiquait qu’il prônait l’incendie des églises en disant : « La loi est simple, l’interprétation de Maïmonide est que l’on doit brûler l’idolâtrie. Il n’y a pas un seul rabbin qui peut contester ce fait. Je pense que le gouvernement d’Israël doit l’appliquer ».

Ces propos ont été tenus dans un climat sensible après une série de méfaits d’extrémistes juifs contre des Palestiniens et des lieux chrétiens en Israël et en Cisjordanie. Les services du gardien des lieux catholiques en Terre sainte, le custode qui tient sa charge du pape, ont pressé la justice israélienne d’agir immédiatement contre Bentzi Gopstein et d’interdire Lehava, l’organisation qu’il dirige. L’Eglise catholique a dit avoir porté plainte.

« Notre client a été convoqué pour être interrogé sous la pression du Vatican », a dit son avocat Itamar Ben Gvir à la radio publique, « je me demande bien quelle est la prochaine étape. Est-ce que c’est le pape lui-même qui va l’inculper ? »

Bentzi Gopstein, un résident d’implantation qui vit dans la poudrière d’Hébron, en Cisjordanie, avait déjà été arrêté avec d’autres membres de Lehava à la suite de l’incendie fin 2014 de la seule école bilingue arabe-hébreu de Jérusalem.

Lehava est un groupe organisé qui dit lutter contre la perte de l’identité juive, en particulier à travers le mariage entre juifs et Arabes. Il s’inspire de l’idéologie de Meir Kahane, fondateur du mouvement raciste anti-arabe Kach.

Les militants de Lehava se mobilisent régulièrement contre les relations personnelles ou commerciales entre les Juifs et les non-Juifs, y compris pour protester contre les célébrations de mariage interreligieux.

L'un des graffitis tagués sur les murs de l'école bilingue Hand in Hand à Jérusalem : "Arabes à l'abattoir", le 30 juin 2015. (Crédit : Autorisation Hand in Hand)
L’un des graffitis tagués sur les murs de l’école bilingue Hand in Hand à Jérusalem : « Arabes à l’abattoir », le 30 juin 2015. (Crédit : Autorisation Hand in Hand)

En décembre, suite à l’incendie d’une école juive-arabe à Jérusalem et son arrestation pour des soupçons d’incitation au terrorisme, Gopstein avait déclaré que son organisation n’agissait pas illégalement et a accusé le service de sécurité du Shin Bet d’essayer de faire tomber Lehava pour un crime qu’il n’a pas commis dans le but de contrecarrer son « œuvre sainte de sauver les filles d’Israël » pour les empêcher de se marier avec les Arabes. En juillet, deux membres de Lehava, les frères Shlomo et Nachman Twitto, ont été reconnus coupables d’avoir mis le feu à l’école Max Rayne Yad Beyad.

Plus tôt cette semaine, un rapport interne des services de sécurité du Shin Bet a conclu qu’il n’y avait pas suffisamment de preuves pour mettre Lehava sur la liste noire. Le rapport a été un coup dur pour les efforts du ministre de la Défense Moshe Yaalon, qui avec l’agence de la sécurité et des experts juridiques souhaitait monter un dossier pour interdire l’organisation.

Les appels à l’interdiction de Lehava se sont multipliés depuis qu’Israël se retrouve à nouveau confronté à l’extrémisme juif violent. Celui-ci est mis en cause dans l’incendie commis le 18 juin contre un haut lieu du christianisme en Israël, l’église de la Multiplication, et dans l’incendie qui a causé la mort d’un bébé palestinien de 18 mois et de son père le 31 juillet en Cisjordanie. Une adolescente israélienne est également morte poignardée par un ultra-orthodoxe lors de la Gay Pride à Jérusalem le 30 juillet.

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