Un manifestant convoqué par la police après une interview sur son agression
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Un manifestant convoqué par la police après une interview sur son agression

Les avocats dénoncent une "incroyable tentative d'intimidation" d'Avichai Green, tabassé par Niso Guetta, puis accusé d'agression par les collègues de Guetta

Niso Guetta, commissaire en chef de la police israélienne, lors d'une manifestation anti-Netanyahu à Jérusalem, le 22 août 2020. (Capture d'écran : Twitter)
Niso Guetta, commissaire en chef de la police israélienne, lors d'une manifestation anti-Netanyahu à Jérusalem, le 22 août 2020. (Capture d'écran : Twitter)

La police israélienne a été accusée mardi de tenter de faire taire ses détracteurs après qu’un manifestant anti-Netanyahu, attaqué samedi par un haut responsable de la police, a été convoqué pour un interrogatoire suite à une interview accordée aux médias sur l’incident.

Dans une vidéo largement diffusée, on peut voir le commissaire en chef de Jérusalem, Niso Guetta, bousculer et gifler un manifestant lors de la manifestation contre le gouvernement du Premier ministre Benjamin Netanyahu, puis pousser les gens sur le côté, alors qu’il poursuit un autre manifestant, qu’il frappe au visage avant de le pousser au sol. Guetta et d’autres officiers ont ensuite traîné la personne sur le trottoir avant de la faire tomber.

Les images prises par un photographe d’une agence de presse montrent Guetta agenouillé sur un manifestant couché sur le dos et appuyant sa tête sur le sol avec son coude devant la résidence officielle de Netanyahu, qui se trouve dans la rue Balfour à Jérusalem.

Guetta affirme qu’il a été agressé par les manifestants et qu’il n’a pas fait usage d’une force excessive.

Avichai Green, le premier manifestant vu dans les images de l’attaque de Guetta, a parlé dimanche au diffuseur public Kan de l’incident. Il est également apparu sur la Treizième chaîne de télévision et a déclaré qu’il craignait des représailles policières s’il donnait une interview.

« Il n’y a pas eu de violence dans mon entourage, la personne qui a commencé la violence était l’officier », a déclaré M. Green. « Sans raison, j’ai reçu un coup de poing, un doigt dans l’œil, et un autre coup comme si cela ne suffisait pas. »

Green, qui n’a à aucun moment été détenu ou arrêté pendant la manifestation de samedi, a été soudainement convoqué pour un interrogatoire immédiat lundi, sans explication.

Mardi, les officiers – les collègues de Guetta – ont dit à Green qu’il était soupçonné d’avoir agressé un officier et de perturber son travail, bien que les images ne montrent rien de tel.

Les policiers ont exigé que Green accepte de rester à l’écart des manifestations anti-Netanyahu pendant 14 jours, alors que Guetta n’avait été suspendue que pour 24 heures.

Green a refusé, a accepté de rester à l’écart pendant 24 heures, et a l’intention de contester la demande de la police au tribunal mercredi, ont déclaré ses avocats.

Les avocats, Gaby Lasky et Daniel Haklai, ont publié une déclaration dénonçant cette « incroyable tentative d’intimidation ».

« Un citoyen respectueux des lois qui manifeste contre le Premier ministre et en faveur de l’État de droit est passé à tabac par un officier de police supérieur », ont-ils déclaré. « C’est très grave. Parce qu’il a osé donner une interview à ce sujet, il est ensuite convoqué pour être interrogé sur un soupçon infondé d’agression sur un officier. »

« L’effort pour le tenir à l’écart des manifestations de Balfour pendant 14 jours est une tentative de réduire au silence et de porter un coup critique à la liberté d’expression et à la liberté de manifester », selon la déclaration.

Les avocats ont déclaré que Green avait déposé une plainte au département des enquêtes internes de la police pour l’agression, et qu’ils exigeraient que le tribunal « précise à la police israélienne qu’elle doit défendre les droits de l’homme, et non les violer ».

Interrogé lundi lors d’une discussion à la Knesset sur les raisons pour lesquelles M. Green avait été convoqué par la police pour un interrogatoire avec mise en garde, le chef de la police de Jérusalem, Doron Yadid, a indiqué qu’il était recherché et que sa présence à la télévision avait permis aux agents de l’identifier.

Guetta a été suspendu pour une seule journée dimanche et a repris le travail lundi, malgré une enquête interne en cours sur ses actions présumées. Il devait de nouveau participer à des rassemblements prévus pour le week-end.

Un responsable de la protestation anti-gouvernementale a averti que ce serait une provocation de permettre à Guetta de se rendre aux rassemblements en uniforme avant que l’enquête ne soit terminée.

Lundi soir, une autre vidéo est apparue dans laquelle on voit Guetta pousser d’autres manifestants, apparemment sans aucune provocation.

Dans la vidéo, on voit Guetta repousser un homme avant d’approcher un autre homme, qui est menotté et emmené par la police, et le pousser au sol.

Ces derniers mois, les protestations se sont intensifiées devant la résidence du Premier ministre à Jérusalem, certains demandant à Netanyahu de démissionner en raison de trois inculpations à son encontre – pour corruption, fraude et abus de confiance – et d’autres se plaignant des retombées économiques de la crise du coronavirus.

La manifestation de samedi a été marquée par une flambée de violence, avec des échauffourées généralisées entre les forces de police et les manifestants et plusieurs rapports faisant état d’un usage excessif de la force par la police.

Lundi, Kan TV a rapporté que l’officier supérieur Shimi Marciano faisait l’objet d’une enquête du département des enquêtes internes de la police sur des allégations de comportement violent survenu samedi.

Selon la Treizième chaîne, un autre officier, vu dans une vidéo giflant la manifestante Nili Lerman, fait également l’objet d’une enquête.

Un manifestant qui a été vu se faire frapper par Guetta a déclaré lundi à la radio de l’armée qu’il avait été battu par la police alors qu’il était menotté, après avoir été placé dans une voiture de police.

Sue Surkes a contribué à cet article.

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