Un ministre soudanais affirme qu’une normalisation avec Israël ne serait “pas grand chose”
Rechercher
Les Israéliens 'fonctionnent de manière scientifique. Ils ont un régime démocratique, leurs présidents sont traduits en justice et ils vont en prison'

Un ministre soudanais affirme qu’une normalisation avec Israël ne serait “pas grand chose”

Dans une interview télévisée, Mubarak al-FAdil al-Mahdi a salué la morale de l'Etat juif et accusé les Palestiniens de “freiner le progrès dans le monde arabe” ; le Hamas condamne ses propos

Mubarak Al-Fadil Al-Mahdi, ministre soudanais pour les investissements, interviewé à la télévision soudanaise (Capture d'écran : YouTube)
Mubarak Al-Fadil Al-Mahdi, ministre soudanais pour les investissements, interviewé à la télévision soudanaise (Capture d'écran : YouTube)

Un ministre soudanais a déclaré qu’une éventuelle normalisation des relations entre le Soudan et Israël ne serait « pas grand chose », et que les Palestiniens sont en grande partie responsables du conflit israélo-palestinien.

Dans une interview diffusée la semaine dernière à la télévision soudanaise, Mubarak al-Fadil al-Mahdi, ministre soudanais de l’Investissement, a déclaré que toute décision d’établir des relations avec Israël devrait être fondée « sur les intérêts du Soudan » et non pas sur les émotions, avant d’ajouter que « les Palestiniens eux-mêmes ont normalisé leurs relations avec Israël. »

« Je pense que les gens sont davantage investis que ce que la réalité ne le demande », a-t-il dit au sujet du conflit israélo-palestinien, selon une traduction proposée par MEMRI. « C’est une question très complexe. Ce n’est pas noir et blanc. Les Palestiniens eux-mêmes rencontrent les Israéliens. Ils cohabitent avec les Israéliens, y gagnent leur vie, et s’y fournissent en électricité. Ces peuples vivent ensemble », a-t-il ajouté.

Al-Mahdi a déclaré que les Palestiniens ont « une grande part de responsabilité » dans la perte de leurs terres et les limitations à leurs déplacements.

« Je pense que les Palestiniens sont en grande partie responsables de ce qui leur est arrivé. Ils ont vendu leurs terres et ont causé de nombreux problèmes. Les Arabes ont fait une grave erreur en rejetant le plan de partition et d’autres résolutions [des Nations unies] », a-t-il dit.

Le président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas discute avec le président soudanais Omar al-Bashir alors que le ministre des Affaires étrangères de l'Indonésie, à droite, au deuxième rang, observe, lors de la cérémonie d'ouverture du 5ème sommet extraordinaire de l'organisation de la coopération islamique sur le territoire palestinien à Jakarta, le 7 mars 2016 (Crédit : Adek Berry/AFP)
Le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas discute avec le président soudanais Omar al-Bashir. Le ministre des Affaires étrangères de l’Indonésie, à droite, au deuxième rang, lors de la cérémonie d’ouverture du 5ème sommet extraordinaire de l’organisation de la coopération islamique sur le territoire palestinien à Jakarta, le 7 mars 2016 (Crédit : Adek Berry/AFP)

Il a également accusé la « cause palestinienne » de freiner le développement du monde arabe, et a ajouté que les dirigeants s’en servent pour garder le pouvoir.

« Je pense que la cause palestinienne a retardé le progrès dans le monde arabe, et a été exploitée par les régimes arabes pour opprimer leurs peuples, sous couvert de la lutte pour la Palestine », a-t-il dit.

Al-Mahdi a ajouté que malgré les fortes critiques formulées à l’égard des régimes arabes concernant la normalisation des relations avec Israël, les Palestiniens eux-mêmes maintiennent des liens avec l’Etat juif.

« Ils rencontrent des Israéliens. Même le Hamas. Désaccords ou non, ils se rencontrent. Ils ont les accords d’Oslo et d’autres accords », a-t-il dit.

« Les pays arabes pensent à leurs propres intérêts. En Egypte, les Israéliens ont développé la culture du citron. Ils ont introduit l’irrigation au goutte à goutte. »

« Je pense que nous nous sommes faits balayer par nos émotions sans le réaliser. Les Palestiniens, partout, font tout ce qui est en leur pouvoir pour vous virer. Demandez à n’importe quel Soudanais qui travaille dans le Golfe ou ailleurs et il vous dira que lorsqu’il rencontre un Palestinien, le Palestinien ne ressent rien pour lui », a-t-il poursuivi.

Al-Mahdi a également salué les « valeurs morales » et le « régime démocratique » d’Israël.

L'ancien président Moshe Katsav (à gauche), condamné à sept ans de prison pour viol, avec sa femme, Gila, alors qu'il quitte la prison Maasiyahu pour une permission pour Pessah, le 3 avril 2015. (Crédit : Flash90)
L’ancien président Moshe Katsav (à gauche), condamné à sept ans de prison pour viol, avec sa femme, Gila, alors qu’il quitte la prison Maasiyahu pour une permission pour Pessah, le 3 avril 2015. (Crédit : Flash90)

« Les Israéliens sont des occidentaux. Ils ont été ‘importés’ d’Amérique, de Russie, d’Europe et ainsi de suite. Ils ont les valeurs morales des occidentaux, a-t-il dit. Ils fonctionnent de manière scientifique. Ils ont un régime démocratique, leurs présidents sont traduits en justice et ils vont en prison […]. Ils ont un régime transparent, que vous soyez d’accord ou non avec eux. »

Le journaliste qui l’interviewait lui a alors demandé : « Vous ne prévoyez pas de faire venir des entreprises israéliennes ici pour développer la culture du citron pour nous ? »

Ce à quoi al-Mahdi a répondu : « Eh bien, je pense que la technologie n’a pas de nationalité. Vous ne devriez pas vous préoccuper de l’origine d’une technologie. »

Le Hamas, groupe terroriste islamiste au pouvoir dans la bande de Gaza, a condamné les propos d’al-Mahdi. Dans une conférence de presse organisée mercredi dernier, il a dénoncé un « discours proactif et raciste » qui, dit-il, « nuit au peuple palestinien, au Hamas et à notre résistance courageuse. »

L’année dernière, le quotidien Haaretz avait écrit qu’Israël tentait de rallier le soutien du Soudan au sein de la communauté internationale après que le pays africain, sévèrement critiqué pour ses violations des droits de l’Homme, a rompu ses relations avec l’Iran.

Sudan's President Omar al-Bashir (photo credit: screen capture, YouTube)
Omar al-Bashir, président du Soudan. (Crédit : capture d’écran YouTube)

Les relations entre les Etats-Unis et le Soudan sont tendues depuis 1967, année où le pays africain avait rompu ses relations suite à la guerre des Six Jours. En 1997, les Etats-Unis avaient imposé des sanctions contre le Soudan en raison de ses atteintes aux droits de l’Homme, et de son soutien apporté au terrorisme international.

Jérusalem, jusqu’à récemment, s’inquiétait également de Khartoum, traditionnellement considéré comme proche de Téhéran. Toutefois, au mois de janvier, le Soudan a rejoint le Bahreïn et l’Arabie saoudite sunnites et a rompu ses liens avec la République islamique. A ce moment-là, le pays a également semblé tenter de créer des ouvertures envers Israël.

Le Soudan est hostile à l’Etat juif depuis qu’il a gagné son indépendance face aux Britanniques en 1956, affirmant qu’Israël occupait des terres arabes. Néanmoins, évoquant au mois de janvier dernier l’initiative américaine demandant comme condition préalable à la levée des sanctions sur Khartoum la normalisation des liens du Soudan avec Israël, le ministre des Affaires étrangères Ibrahim Ghandour avait indiqué que son pays était ouvert à cette idée.

« Cela ne nous gêne pas d’étudier une telle proposition », avait-il dit, selon des informations parues dans les médias soudanais.

Le Soudan aurait autrefois servi d’itinéraire pour le transfert d’armes iraniennes au groupe terroriste du Hamas dans la bande de Gaza. Israël aurait intercepté et détruit des convois transportant des armes depuis le Soudan vers le territoire.

Toutefois, depuis qu’il a rompu ses relations avec l’Iran, le Soudan n’est plus perçu comme un ennemi par l’Etat juif, mais plutôt comme un allié potentiel.

Les responsables israéliens ont indiqué ces dernières années que les intérêts communs avec les pays arabes sunnites, qui s’opposent également aux ambitions nucléaires iraniennes, pouvaient ouvrir la voie à de nouvelles relations. Le Premier ministre Benjamin Netanyahu parle depuis longtemps d’une alliance tacite entre l’Etat juif et des pays arabes sunnites dits modérés.

Selon le ministre des Communications Ayoub Kara, du Likud, le Soudan et Israël entretiennent des relations secrètes.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...