Un site israélien met la sagesse des aînés au service de ceux coincés chez eux
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Un site israélien met la sagesse des aînés au service de ceux coincés chez eux

Esther Hershcovich a conçu son site en anglais pendant sa quarantaine ; "les personnes âgées ont tant à transmettre. Nous avons tant à apprendre, et maintenant nous avons le temps"

Les personnes âgées à la retraite ont tant de connaissances à transmettre, affirme Esther Hershcovich, une immigrante canadienne en Israël, qui lance la plateforme SAGE. (Zinkevych/iStock/Getty Images)
Les personnes âgées à la retraite ont tant de connaissances à transmettre, affirme Esther Hershcovich, une immigrante canadienne en Israël, qui lance la plateforme SAGE. (Zinkevych/iStock/Getty Images)

Comme des milliers d’autres Israéliens, Esther Hershcovich s’est retrouvée en quarantaine récemment – dans son cas, après être rentrée d’un séjour de ski en Autriche. Mais ces deux semaines de confinement, et le fait qu’il y en avait des millions d’autres dans le monde, également bloqués chez eux, lui ont donné l’occasion de développer une plateforme d’apprentissage en ligne destinée à permettre aux seniors de partager leurs savoir-faire avec d’autres personnes qui ont soudainement du temps libre.

Ce n’était pas son plan initial. Esther Hershcovich, une architecte d’intérieur de 32 ans travaillant dans un cabinet d’architecture de Tel Aviv, avait passé son temps libre limité à développer et à piloter en Israël un programme visant à mettre en relation des retraités qualifiés avec des personnes de leur propre communauté désireuses d’apprendre avec eux en tête-à-tête.

Visant à encourager l’interaction entre voisins, la plateforme devait être lancée en Israël, puis aux États-Unis et au Canada, à son retour de ses vacances au ski.

Mais pendant la période de quarantaine qui a suivi, l’immigrante canadienne a réalisé non seulement que les rencontres physiques n’allaient pas être possibles à l’ombre du coronavirus, mais aussi que les personnes âgées étaient parmi les plus touchées par les mesures visant à contrôler la propagation de la pandémie, et que beaucoup se sentaient isolées.

À ce moment-là, elle a changé de direction et, avec son ami skieur qui était en quarantaine avec elle et qui travaille pour Powtoon – un producteur de logiciels pour les vidéos d’animation – elle a créé une plateforme en ligne de portée mondiale appelée SAGE.

Esther Hershcovich, fondatrice de SAGE. (Autorisation)

« Mes parents à Montréal ont été l’étincelle qui a donné naissance à cette idée », a expliqué Esther Hershcovich au Times of Israel. « Ils ont tant de compétences, tant à transmettre. Il s’agit pour moi de leur rendre la pareille ».

Sa mère, une sage-femme à la retraite, est déjà inscrite comme SAGE, comme on appelle les enseignants de la plateforme, pour former aux soins prénataux. Parmi les autres experts en cours d’examen figurent un rabbin et un coach de vie en Italie, un professeur de mahjong du New Jersey, un psychologue et expert en gestion de l’anxiété d’Australie, un chiropraticien spécialisé dans les douleurs lombaires et les soins du Canada et un Israélien qui veut enseigner « du gribouillage au design ».

Le site propose déjà des thèmes allant des arts, des affaires et de l’éducation à la maison, la santé et la spiritualité.

L’architecte de formation, qui a immigré il y a six ans, tente d’établir un premier groupe de 100 experts – elle a recueilli une trentaine d’inscrits jusqu’à présent – et 200 étudiants. Elle envisage de l’élargir dans un court laps de temps.

Au cours de la première étape, les personnes qui souhaitent apprendre paieront un petit montant et à la fin des cours (dont la durée varie), il leur sera demandé si elles souhaitent donner un pourboire au professeur.

Le site sera lancé au public dans quelques jours, et certains cours commenceront la semaine prochaine. Les SAGE auront tous plus de 60 ans, mais les personnes de tous âges, ainsi que les familles, sont invitées à s’inscrire en tant qu’étudiants.

« Les gens prennent leur retraite et ont tout ce temps supplémentaire à leur disposition, et après ? », commente Esther Hershcovich. « Beaucoup d’entre eux sont en bonne santé et ont tant d’énergie et d’expertise, et nous pouvons apprendre tant d’eux. Alors même que je construisais le programme, j’ai fait appel à la communauté des retraités pour m’aider en matière de stratégie, de marketing et de rédaction ».

Étonnamment, lorsqu’elle a étudié le marché, elle n’a rien trouvé de comparable à son idée. Une entreprise en Israël proposait de réintégrer les seniors dans la vie active quelques jours par semaine. « Mais je n’ai rien vu de pertinent pour l’économie du partage [qui relie les fournisseurs de services et les consommateurs en ligne de manière flexible] qui permettrait aux gens de travailler quelques heures, en faisant quelque chose qu’ils aiment ».

« En faisant cela, j’ai rencontré des gens à l’esprit si brillant. J’ai rendu visite à une dame à la retraite de la région du Sharon qui occupait un poste très élevé dans le milieu musical. Quand j’ai commencé à lui parler d’enseigner quelque chose en rapport avec la musique, elle m’a dit : ‘Oh non, je veux enseigner l’origami !’ Sa maison était remplie des créations d’origami les plus remarquables ».

Esther Hershcovich a également rencontré un couple qui a immigré du Texas en 2005. Michael et Kathy Pincus, les premiers experts en intelligence artificielle, ont été engagés par la NASA après la catastrophe de Challenger en 1986 pour aider à déterminer ce qui a provoqué l’explosion de la navette spatiale.

« Quand ils sont venus en Israël, ils étaient enthousiastes à l’idée de partager leurs informations avec la Startup Nation, mais ils ont constaté que leur expérience n’était pas recherchée », indique la jeune femme.

Les passe-temps de Michael Pincus sont le tir à l’arc traditionnel – il a apporté un stand de tir à l’arc avec lui en Israël – et la collection d’art publicitaire du 19e siècle.

Selon Esther Hershcovich, « la génération des plus de 60 ans est beaucoup plus épanouie en matière de loisirs ».

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