Un tableau de Paul Signac spolié par les nazis retrouve ses héritiers juifs
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Un tableau de Paul Signac spolié par les nazis retrouve ses héritiers juifs

D’après la German Lost Art Foundation, le tableau appartenait à Gaston Prosper Lévy, un agent immobilier juif qui avait fui en Tunisie durant la guerre

« Quai de Clichy » de Paul Signac. (Crédit photo : Atelier Gerhard Walde)
« Quai de Clichy » de Paul Signac. (Crédit photo : Atelier Gerhard Walde)

En début de semaine, parmi les tableaux de la collection Gurlitt, un septième d’entre eux a été reconnu comme ayant été volé par des soldats nazis durant l’Occupation, en France.

Il s’agit d’une œuvre de Paul Signac, intitulée « Quai de Clichy, temps gris », datée de 1887. Suite à cette découverte, la ministre de la Culture allemande, Monika Grütters, a annoncé qu’elle serait remise à ses héritiers. « Chaque œuvre restituée est un pas de plus dans la quête d’une justice historique », a-t-elle affirmé.

D’après la German Lost Art Foundation, le tableau appartenait à Gaston Prosper Lévy, un agent immobilier juif qui avait fui en Tunisie durant la guerre, après avoir caché sa collection dans sa résidence secondaire en Centre-Val de Loire, qui sera pillée par des soldats nazis peu après son transfert. Elle sera ensuite acquise par Hildebrand Gurlitt entre 1943 et 1947.

Hildebrand Gurlitt était un grand marchand d’art durant l’époque nazie à partir de 1938. À sa mort, en 1956, l’homme a légué à son fils, Cornelius Gurlitt, quelque 1 500 œuvres d’art, découvertes en 2012 et 2014, dont certaines ont été spoliées à des Juifs durant la guerre.

La découverte avait fait les gros titres et déclenché une polémique sur la façon dont l’Allemagne a géré après 1945 la problématique des œuvres dérobées sous le régime hitlérien.

Le trésor de Cornelius Gurlitt avait été mis au jour lors d’une descente de la douane dans son appartement de Munich puis dans un autre logement, à Salzbourg en Autriche.

Des photos diffusées par le parquet d’Augsburg, en Allemagne, le 12 novembre 2013, montrant cinq des 1 400 tableaux volés par les nazis et saisis au domicile de Cornelius Gurlitt à Munich. (Crédit : Lostart.de/parquet d’Augsburg/AFP/File)

À sa mort, Cornelius Gurlitt a légué l’ensemble de sa collection au musée de Berne, qui l’a acceptée. Environ 500 œuvres sont restées en Allemagne où un comité d’experts créé par le gouvernement tente de retracer leur origine.

Mais les progrès sont très lents. Les chercheurs ont pu à coup sûr identifier six œuvres ayant bien été dérobées à leurs propriétaires juifs.

Quatre d’entre elles, dont « Femme assise » d’Henri Matisse et « Deux cavaliers sur la plage » de Max Liebermann, ont été rendues à leurs héritiers. Les autres œuvres sont de Menzel, Thomas Couture et Pissaro.

Une cousine de Gurlitt avait contesté la donation de la collection au musée de Berne, avançant que son parent n’était pas sain d’esprit quand il a rédigé son testament.

Mais un tribunal allemand a rejeté sa plainte en décembre 2016, permettant la tenue de deux expositions en 2017 avec 450 pièces issues de la collection, en Suisse et en Allemagne.

En France, en octobre dernier, une mission de recherche et de restitution des biens culturels dont les Juifs ont été spoliés pendant l’Occupation a été créée. Rattachée au ministère de la Culture, elle a pour tâche de piloter l’ensemble des actions existantes pour identifier des œuvres et leurs propriétaires spoliés, mieux comprendre leur parcours, les présenter au public et les restituer.

Aujourd’hui, en France, on compterait encore environ 2 100 oeuvres non-restituées, dont 2 000 sans propriétaire identifié, auxquelles s’ajoutent
17 000 livres dans les bibliothèques publiques.

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