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« Une bataille après l’autre » triomphe aux Oscars

La soirée a aussi été marquée par la consécration technique de "Frankenstein" de Guillermo del Toro, récompensé par 3 Oscars pour ses costumes, son maquillage et sa conception visuelle

Un technicien installant une toile de fond le long du tapis rouge en prévision de la cérémonie des Oscars, à Los Angeles, en Californie, diffusée le 14 mars 2026. (Crédit : John Locher/AP Photo)
Un technicien installant une toile de fond le long du tapis rouge en prévision de la cérémonie des Oscars, à Los Angeles, en Californie, diffusée le 14 mars 2026. (Crédit : John Locher/AP Photo)

« Une bataille après l’autre », thriller déjanté sur les dérives extrémistes aux États-Unis, a triomphé aux Oscars dimanche avec six trophées, dont celui du meilleur film, et a ainsi remporté son duel face à « Sinners », honoré par quatre prix.

La plongée démoniaque de Ryan Coogler dans le blues des Afro-Américains partait avec un record historique de seize nominations, mais le film de Paul Thomas Anderson, plébiscité pour son intrigue dans l’air du temps, s’est révélé inarrêtable.

Il dresse le portrait d’une Amérique irréconciliable, déchirée entre l’héritage politique du « Black Power » et du Ku Klux Klan, où tout se résout par les armes : « Une bataille après l’autre ».

« J’ai écrit ce film pour mes enfants, pour leur demander pardon pour le bazar que nous leur léguons dans ce monde, mais aussi pour les encourager à devenir la génération qui, je l’espère, nous apportera un peu de bon sens et de décence », a expliqué Paul Thomas Anderson, également récompensé par l’Oscar du meilleur réalisateur.

« Vous faites travailler dur un homme pour un de ces prix », a plaisanté le cinéaste de 55 ans, qui n’avait jamais gagné malgré ses multiples nominations, notamment pour « Magnolia », « There Will Be Blood » et « Licorice Pizza ».

On trouve quelques références juives mineures dans « Une bataille après l’autre », qui comptait treize nominations à l’approche de la cérémonie et qui a finalement remporté les prix du meilleur réalisateur, du meilleur montage, du meilleur casting (pour Cassandra Kulukundis), du meilleur scénario adapté et du meilleur acteur dans un second rôle (pour Sean Penn).

Le réalisateur américain Paul Thomas Anderson, tenant ses Oscars du meilleur film, du meilleur scénario adapté et du meilleur réalisateur pour « Une bataille après l’autre », aux côtés de la productrice américaine Sara Murphy, qui tient son Oscar du meilleur film pour « Une bataille après l’autre », lors du 98ᵉ bal annuel des Oscars (Governors Ball), au Dolby Theatre, à Hollywood, en Californie, le 15 mars 2026. (Crédit : Angela Weiss/AFP)

Jonny Greenwood, membre du groupe Radiohead, qui a essuyé des critiques de la part de ses fans pour ses collaborations avec des musiciens israéliens, n’a pas remporté le prix de la meilleure musique. L’actrice et musicienne israélo-américaine Alana Haïm, qui collabore fréquemment avec Anderson, tient également un petit rôle et l’un des fils narratifs du film met en scène une cabale secrète de suprémacistes blancs limitant l’adhésion aux « personnes nées non juives ».

Fidèle à sa réputation de rebelle d’Hollywood, Sean Penn, 65 ans, n’était pas présent pour recevoir son troisième Oscar. Il incarne le méchant caricatural du film : un militaire suprémaciste blanc ultra-rigide qui ne recule devant rien pour traquer un ex-révolutionnaire d’extrême-gauche maladroit, incarné par Leonardo DiCaprio, et sa fille métisse (Chase Infiniti).

Michael B. Jordan, meilleur acteur

Ode à l’identité noire, où la mélancolie du blues conjure des vampires suceurs de culture pour raconter les blessures de la ségrégation, « Sinners » repart notamment avec l’Oscar du meilleur scénario original et celui du meilleur acteur pour Michael B. Jordan.

L’acteur, brillant dans le rôle de deux jumeaux mafieux qui se rebellent contre les démons et le racisme, rejoint ainsi le cercle très fermé des comédiens noirs ayant remporté le prix ultime.

« Je suis ici grâce aux gens qui m’ont précédé : Sidney Poitier, Denzel Washington, Halle Berry, Jamie Foxx, Forest Whitaker et Will Smith », a déclaré l’Américain de 39 ans.

Il devance Timothée Chalamet, longtemps favori pour son incarnation d’un joueur de ping-pong à l’ambition insatiable dans « Martyrs Supreme », mais qui s’est effondré et a fini par servir de « running gag » de la soirée.

Le maître de cérémonie, Conan O’Brien, l’a taquiné en présentant un tambour à l’effigie de son postérieur, en référence à la fessée qu’il reçoit dans le film.

L’actrice irlandaise Jessie Buckley tenant son Oscar de la meilleure actrice pour « Hamnet » alors qu’elle assiste à la soirée des Oscars organisée par Vanity Fair, au Los Angeles County Museum of Art (LACMA), à Los Angeles, le 15 mars 2026. (Crédit : Jean-Baptiste Lacroix/AFP)

Il a également évoqué ses craintes quant à d’éventuelles attaques provenant à la fois du monde de l’opéra et de celui du ballet. Une référence aux propos polémiques récents de l’acteur franco-américain sur ces arts qui attirent moins les foules que le cinéma.

Comme prévu, l’actrice irlandaise Jessie Buckley a remporté l’Oscar de la meilleure actrice pour sa prestation magistrale dans « Hamnet », une tragédie inspirée de la vie de William Shakespeare. Elle y incarne Agnes, l’épouse du dramaturge anglais, dévastée par la mort de leur fils.

Amy Madigan a, quant à elle, été élue meilleure actrice dans un second rôle pour son interprétation terrifiante d’une sorcière dans le film d’horreur « Evanouis ».

« Frankenstein » primé pour son esthétique

Cette 98ᵉ cérémonie, qui se déroulait en pleine guerre au Moyen-Orient déclenchée par Donald Trump, a adopté un ton plutôt consensuel, avec peu d’allusions politiques, hormis le « non à la guerre, libérez la Palestine » lancé par Javier Bardem sur scène, et l’Oscar du meilleur documentaire remis à « Mr. Nobody Against Putin ».

La soirée a également été marquée par la consécration technique de « Frankenstein » de Guillermo del Toro, récompensé par trois Oscars pour ses costumes, son maquillage et sa conception visuelle.

Dans la catégorie très relevée du meilleur film international, c’est le film norvégien « Valeur Sentimentale » qui a remporté la mise. Cette émouvante chronique des retrouvailles crispées entre un père cinéaste revenant de nulle part et ses deux filles ayant appris à vivre sans lui a su convaincre le jury.

Le long-métrage de Joachim Trier a notamment battu la Palme d’or cannoise, « Un simple accident », du dissident iranien Jafar Panahi, qui représentait la France.

La conservatrice américaine Natalie Musteata et le cinéaste américain Alexandre Singh posent avec leur prix du meilleur court-métrage de fiction pour « Deux personnes échangeant de la salive » lors du 98ᵉ bal des gouverneurs des Oscars, au Dolby Theatre, à Hollywood, en Californie, le 15 mars 2026. (Crédit : Angela Weiss/AFP)

Les films d’animation français « Arco » et « Amélie et la métaphysique des tubes » n’ont également rien pu faire face au phénomène Netflix « KPop Demon Hunters », récompensé par l’Oscar du meilleur film d’animation.

Mais le cinéma français pourra se consoler avec l’Oscar du meilleur court-métrage, décerné à la production française « Deux personnes échangeant de la salive ».

Il partage ce prix ex aequo avec « The Singers », un fait rarissime qui n’est arrivé que sept fois en presque un siècle.

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