Une célèbre mannequin soudanaise, qui a grandi en Israël, redoute une expulsion
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Une célèbre mannequin soudanaise, qui a grandi en Israël, redoute une expulsion

À 7 ans, Monica Joseph a survécu à un voyage atroce vers l'Etat juif - elle se confie aujourd'hui pour aider les autres

Le mannequin Monica Joseph dans un entretien publié le 2 août 2019 (Capture d'écran : Douzième chaîne)
Le mannequin Monica Joseph dans un entretien publié le 2 août 2019 (Capture d'écran : Douzième chaîne)

Une mannequin soudanaise ayant grandi au sein de l’Etat juif clame être sous la menace d’une expulsion même si elle est l’égérie de certaines des plus importantes marques de la mode israélienne.

Monica Joseph, 19 ans, était arrivée au sein de l’Etat juif en 2007 après avoir survécu à un voyage atroce à travers l’Egypte. Elle a raconté lors d’un reportage diffusé vendredi par la Douzième chaîne qu’elle revivait souvent ce parcours traumatique qui l’avait amené jusqu’en Israël, ajoutant qu’elle vit toujours dans la crainte des autorités.

« Quand je vois la police, j’ai peur – même si les agents ne font que me croiser dans la rue. Il y a toujours une chance qu’ils me demandent ma carte d’identité ou quelque chose comme ça », explique-t-elle à la chaîne.

Née au Soudan, sa mère avait fui pour l’Egypte lorsqu’elle était bébé. Elle devait faire appel ultérieurement à des passeurs pour entrer en Israël avec Monica, alors petite fille.

Monica Joseph lors d’un shooting photo dans un reportage diffusé le 2 août 2019 (Capture d’écran : Douzième chaîne)

Devant les caméras, la jeune mannequin se souvient de ces passeurs bédouins rassemblant la famille, aux côtés d’autres demandeurs d’asile, dans une caisse de livraison, dans l’obscurité, sans nourriture et sans eau. Après le départ, son petit frère, autiste, avait commencé à pleurer. L’un des passeurs avait arrêté le véhicule et ouvert la caisse, une arme à la main. Il avait dit à sa mère qu’il ouvrirait le feu sur le bébé ou qu’il le jetterait du véhicule.

Son frère avait soudainement arrêté de pleurer et le passeur l’avait laissé dans la caisse, a-t-elle raconté.

Après quelques jours, les passeurs avaient ouvert la porte de la caisse, en pleine nuit, faisant sortir les réfugiés. Monica avait vu des lumières du côté israélien de la frontière avec l’Egypte et elle avait commencé à courir vers la clôture frontalière. Les soldats égyptiens avaient aperçu le groupe et ouvert le feu.

Elle avait trouvé un trou dans la clôture qui avait vraisemblablement été ouvert par les trafiquants et elle avait couru vers les soldats israéliens de l’autre côté. Sa mère, ajoute-t-elle dans le reportage, s’était coincée dans la clôture et elle avait jeté son petit frère au-delà de la frontière.

Tous les trois étaient finalement parvenus à traverser la frontière et ils avaient été transférés dans le centre de détention de la prison Saharonim où ils étaient restés pendant quatre mois. A sept ans, la structure ressemblait à ses yeux à un camp d’été, raconte-t-elle.

Puis la famille s’était installée dans la ville d’Arad, au sud du pays, où sa mère avait trouvé du travail. Joseph, pour sa part, était restée s’occuper de son petit frère. Plus tard, ils avaient déménagé dans le quartier Shapira, dans le sud de Tel Aviv.

 

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Joseph avait fréquenté l’école Bialik-Rogozin de Tel Aviv, dans une classe accueillant des élèves originaires d’une dizaine de pays différents. L’une de ses meilleures amies, à l’école, avait été expulsée vers le Soudan en 2012.

Sa mère avait lutté contre la dépression et elle avait eu des problèmes d’alcoolisme, et Joseph avait commencé à rester hors de chez elle, tard dans la nuit, pour échapper à l’atmosphère familiale pesante. Ses enseignants l’avaient remarqué et ils avaient facilité son transfert dans une pension du nord de Tel Aviv lorsqu’elle avait neuf ans.

Artiste et mannequin, Shelly Gaffney, était venue à la pension pour maquiller un groupe de jeunes filles qui célébraient chacune sa bat mitzvah. Gaffney avait remarqué Joseph dont le physique l’avait frappée.

« Je me suis dit qu’elle serait vraiment étonnante », confie Gaffney à la Douzième chaîne.

Joseph était réticente à l’idée d’entrer dans le monde du mannequinat, craignant qu’elle ne soit rejetée à cause de la couleur de sa peau.

« Ce que je voyais, à ce moment-là, c’était des mannequins blondes aux yeux bleus », dit-elle à la Douzième chaîne.

Elle avait contacté une agence de mannequins à l’âge de 18 ans et elle représente dorénavant, entre autres, les marques Castro et Adika.

 

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Le mannequinat lui fournit un revenu pour soutenir sa famille et une sorte d’apaisement, explique-t-elle.

« C’est quelque chose qui vit encore en moi : La crainte est toujours là. Les expériences se répètent en permanence dans mon esprit. Quand je fais une séance photo, je ne pense pas à comment je suis arrivée en Israël », s’exclame-t-elle. « C’est un échappatoire vers une vie meilleure. A ce moment-là, je ne pense pas à l’expulsion, ça ne me vient pas à l’esprit ».

Ziva Michael, directeur de l’agence de mannequins July, estime que Joseph est une « étoile montante ».

« On fait tout ce qui est possible en ce moment pour l’encourager », explique Michael. « La prochaine étape naturelle pour elle, c’est qu’elle quitte Israël et qu’elle parte à la conquête du monde ».

Joseph est dans l’incapacité de quitter l’Etat juif, n’ayant ni statut légal, ni passeport.

Tous les deux ou trois mois, elle doit se présenter dans les bureaux d’une structure en charge de l’immigration de Bnei Brak pour obtenir un statut – un processus long et éprouvant.

« Je ressens une crainte à chaque fois que je viens ici. Il y a toujours une possibilité que je vienne un jour et qu’on me refuse mon statut », dit-elle.

Depuis des années, elle s’est montrée quelque peu réticente à l’idée de parler de ses expériences, mais a décidé de s’exprimer en public dans l’espoir de venir en aide aux autres.

« Il y a beaucoup de gamins dans une situation similaire à la mienne et il faut faire quelque chose », note-t-elle.

Il y a environ 35 000 demandeurs d’asile en Israël, la grande majorité entrés en Israël en 2005, venant du Soudan et de l’Érythrée. Beaucoup ont fui les persécutions dans leur pays d’origine, mais les politiciens de droite estiment que la plupart des demandeurs d’asile ne sont en Israël que pour des raisons économiques.

En 2018, le Premier ministre Benjamin Netanyahu avait intensifié ses plans d’expulsion forcée de près de la moitié des demandeurs d’asile en Israël vers l’Ouganda et le Rwanda, un programme qui avait auparavant été entrepris clandestinement.

En avril de l’année dernière, il avait accepté un plan du Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés qui aurait permis à certains réfugiés de se réinstaller dans d’autres pays et à d’autres de rester en Israël. Mais, sous la pression des activistes anti-immigration, Netanyahu avait annulé le plan quelques heures plus tard – et la communauté des demandeurs d’asile a continué à vivre dans un vide juridique qui leur permet de travailler, vivre et accéder aux services sociaux en Israël sous des conditions strictes.

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