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Une technologie israélienne pour détecter le Covid-19 dans les égouts

Kando, spécialisée dans la gestion des eaux usées, affirme que ses systèmes peuvent aider à surveiller les taux de morbidité dans les villes de plus de 20 000 habitants

Des techniciens de l'entreprise israélienne Kando réalise des prélèvements dans les égouts depuis une bouche située près d'une plage de la ville d'Ashkelon, dans le sud du pays, le 11 juin 2020. (Crédit : MENAHEM KAHANA / AFP)
Des techniciens de l'entreprise israélienne Kando réalise des prélèvements dans les égouts depuis une bouche située près d'une plage de la ville d'Ashkelon, dans le sud du pays, le 11 juin 2020. (Crédit : MENAHEM KAHANA / AFP)

Le ministère de la Santé a annoncé mardi qu’il va étendre un projet pilote visant à surveiller les systèmes d’égouts municipaux pour y déceler des traces de coronavirus et devancer l’épidémie. Le projet pilote a débuté à la mi-2020 à Ashkelon et a ensuite inclus des villes comme Binyamina, Beer Sheva, Kfar Saba, Netanya, Jérusalem et Tira.

Le projet s’étendra désormais à plus d’une centaine de villes de plus de 20 000 habitants dans tout le pays, où les systèmes d’égouts municipaux seront contrôlés deux fois par semaine.

Le projet de surveillance a été mené à bien par la société israélienne Kando, une entreprise d’analyse de données et de renseignements sur les eaux usées, avec des chercheurs de l’université Ben-Gurion du Neguev et du Technion – l’Institut israélien de technologie, ainsi que du laboratoire de virologie de l’hôpital Sheba.

Kando déploie un réseau de capteurs, de passeurs d’échantillons et de contrôleurs sous les bouches d’égout des villes et utilise des algorithmes originaux et l’intelligence artificielle pour analyser les données. Les autorités sanitaires peuvent ainsi surveiller la morbidité latente et détecter les éventuelles vagues d’infections à venir en fonction de la localisation géographique, a indiqué la société dans un communiqué mardi.

Un médecin tient un récipient utilisé pour prélever un échantillon d’un patient lors d’une démonstration d’un test d’écouvillonnage de réaction en chaîne par polymérase (PCR) pour le coronavirus COVID-19, à Fujisawa, dans la préfecture de Kanagawa, au sud-ouest de Tokyo, au Japon, le 27 avril 2020. (Philip Fong / AFP)

La solution permettra « la collecte d’échantillons représentatifs d’une manière qui optimise le potentiel de localisation des indications du virus, en fonction de la charge virale dans les eaux usées, et de surveiller le niveau de la morbidité dans une zone particulière », a déclaré Kando.

La société basée à Tsur Yigal a déclaré précédemment qu’elle était capable d’identifier les foyers jusqu’à des quartiers spécifiques et des rues dans certains quartiers.

Les échantillons seront soumis à un test PCR remis à l’université Ben-Gurion, où des tests de laboratoire sont disponibles pour les eaux usées. Si les résultats indiquent une concentration élevée du virus, un test supplémentaire sera effectué pour déterminer la présence de variantes afin de fournir une image plus complète aux autorités sanitaires, a expliqué la société.

Ari Goldfarb, qui a fondé Kando en 2011, a démarré l’entreprise pour repérer les déchets industriels dans les systèmes d’égouts. Il s’est mis en tête d’essayer de détecter le coronavirus dans ces systèmes il y a deux ans, lorsque la pandémie avait commencé à prendre de l’ampleur. « Quand cette pandémie de COVID-19 est arrivée, il était clair pour nous que nous pouvions utiliser ce système, ou ces connaissances, pour donner un meilleur aperçu » du virus, a-t-il déclaré à l’AFP en 2020.

Le personnel médical analyse les tests PCR COVID-19 dans un laboratoire des services de santé Clalit à Jérusalem, le 22 juillet 2021.(Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

Ari Goldfarb a déclaré que la vision de l’entreprise était « d’améliorer la santé publique et l’environnement grâce aux données provenant des eaux usées. » Se concentrer sur ces données « peut améliorer nos vies, notre santé publique et notre environnement », a-t-il déclaré dans une interview accordée mardi au Times of Israël.

Les données peuvent « avertir des changements dans une ville à travers les eaux usées et communiquer aux décideurs qu’ils peuvent améliorer la santé publique », a-t-il ajouté. Bon nombre de ces changements peuvent être attribués aux déchets industriels qui peuvent polluer les eaux usées, et Kando peut aider à identifier la source exacte du mal, a déclaré Goldfarb.

L’entreprise travaille avec des villes en Israël, au Royaume-Uni, en Italie et aux États-Unis, dans des États comme le Texas, la Californie et le Colorado.

Lorsque la pandémie a éclaté, Ari Goldfarb a annoncé que Kando s’est associé au ministère de la Santé et aux deux universités pour mettre au point une solution « qui puisse fournir une image plus complète aux décideurs. »

Après plusieurs projets pilotes réussis, notamment à Ashkelon où le gouvernement avait installé un hôtel pour les patients confirmés atteints de coronavirus, Kando a prouvé sa capacité à détecter une épidémie à l’avance, a déclaré Goldfarb.

« Les gens peuvent être porteurs du virus pendant des jours avant d’avoir des symptômes et cela nous donne une alerte précoce avant qu’il y ait une épidémie officielle », a-t-il déclaré.

Les systèmes de Kando vont désormais « couvrir l’ensemble du pays » pour aider les décideurs à rester en alerte sur les concentrations de virus, a-t-il ajouté, précisant que la technologie peut également indiquer les abattements à venir.

En mai 2020, Kando s’est associé à des scientifiques et des mathématiciens en Israël, en Europe et aux États-Unis pour déterminer la précision de sa technologie. Les résultats, a déclaré Ari Goldfarb, ont confirmé les données du ministère de la Santé montrant l’étendue et la localisation quasi-exacte des porteurs de virus confirmés à l’époque.

La technologie de Kando s’était déjà révélée efficace pour aider les autorités à contenir une épidémie de polio en 2013 dans la ville de Hura, dans le sud d’Israël, a ajouté M. Goldfarb.

L’expansion du projet intervient alors qu’Israël lutte contre une cinquième vague d’infections, entraînée par le variant hautement contagieux Omicron, apparu fin novembre. Les taux de morbidité n’ont cessé d’augmenter ces dernières semaines.

Des personnes font la queue pour subir un test de dépistage du coronavirus à Tel Aviv, le 4 janvier 2022 (Avshalom Sassoni/Flash90)

Les experts de la santé estiment que le nombre total d’Israéliens infectés est, en réalité, beaucoup plus élevé que ce qu’indiquent les chiffres du ministère de la Santé et que de nombreux cas ne sont pas détectés en raison du manque de disponibilité des tests. Avec des milliers de cas quotidiens en Israël ces derniers jours, les centres de dépistage ont été submergés dans tout le pays.

Le nombre de cas continuant d’augmenter, Israël a lancé une campagne visant à renforcer la protection du vaccin COVID-19 pour les personnes les plus exposées. Dimanche, le Premier ministre Naftali Bennett a annoncé que tous les Israéliens âgés de 60 ans et plus et les travailleurs médicaux seraient éligibles pour les vaccins, rejoignant ainsi les personnes immunodéprimées.

L’AFP a contribué à cet article.

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