Israël vise à détecter les futures épidémies de COVID dans les eaux usées
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Israël vise à détecter les futures épidémies de COVID dans les eaux usées

Une dizaine de villes vont sonder leurs égouts pour détecter des traces du virus ; le Technion analysera les toilettes des dortoirs pour trouver un virus avant sa propagation

L'installation de stations de contrôle des eaux usées au Technion - Institut israélien des technologies. (Autorisation : Technion - Institut israélien des technologies)
L'installation de stations de contrôle des eaux usées au Technion - Institut israélien des technologies. (Autorisation : Technion - Institut israélien des technologies)

Les habitants de 14 villes pourront dorénavant accomplir leur devoir civique lié à l’épidémie de COVID-19 en allant aux toilettes. Israël vient en effet de lancer un programme-pilote qui prévoit d’analyser les eaux usées pour y détecter des traces du coronavirus.

Ce programme sera aussi mis en œuvre sur le campus d’une université – ce qui devrait permettre, selon ses initiateurs, aux étudiants de reprendre les cours dans de meilleures conditions de sécurité.

Au début de l’épidémie, les scientifiques israéliens avaient développé une expertise permettant de déterminer les secteurs frappés par l’épidémie en analysant la part de traces génétiques ou de protéines du virus retrouvées dans les fèces humaines. Ils avaient déclaré que dans la mesure où le virus apparaissait dans les excréments très tôt après l’infection, ces derniers pouvaient potentiellement servir de sonnette d’alarme pour avertir d’un début d’épidémie locale.

Mais le gouvernement n’avait pas mis en place ces programmes de contrôle et cette technologie avait été bloquée pendant des mois au stade de la recherche, avec un seul essai-pilote mené à Ashkelon.

Mais aujourd’hui, les eaux usées de Jérusalem, Kfar Saba, Netanya, Beer Sheva et de dix autres villes israéliennes seront dorénavant analysées, le ministère de la Santé ayant accepté de financer un projet pilote à grande échelle qui pourrait ensuite être mis en œuvre sur l’ensemble du territoire.

Karin Yaniv, étudiante en doctorat, analyse des échantillons du nouveau système de suivi des eaux usées dans un laboratoire de l’université Ben-Gurion du Negev. (Autorisation : Université Ben-Gurion du Negev)

De son côté, le Technion – Institut israélien de la technologie de Haïfa a installé, en privé, des infrastructures dans tous les dortoirs accueillant ses étudiants qui permettent de collecter des prélèvements d’eaux usées toutes les 30 minutes, avec pour objectif de détecter une recrudescence d’infections avant qu’elles ne se propagent sur tout le campus.

Le Technion, première université israélienne à contrôler les eaux usées de son établissement, emboîte en cela le pas à environ 65 universités américaines qui ont d’ores et déjà mis en œuvre ce suivi.

Ces deux programmes s’appuient sur les recherches d’une seule équipe universitaire. L’un de ses membres, Eran Friedler, explique au Times of Israel qu’ils seront des « outils significatifs » dans la lutte menée au sein de l’État juif contre le virus, ajoutant que « la seconde vague est actuellement en train de retomber et c’est fascinant de se dire que si l’examen des eaux usées dans les villes porte ses fruits, des stations de contrôle pourront être installées dans tout le pays, ce qui signifiera que la sonnette d’alarme pourra être actionnée de manière précoce pour aider à prévenir une nouvelle épidémie ».

Concernant le suivi effectué sur le campus du Technion – où il est lui-même professeur de génie civil et environnemental – Friedler note que « des milliers d’étudiants doivent faire leur retour sur les campus – certains sont déjà revenus – et cela pourrait être très utile de faire en sorte que cette reprise des cours se fasse avec le plus de sécurité possible ».

L’un des principaux experts ayant pris part à ce programme urbain est déjà connu pour sa lutte contre des maladies par le biais du contrôle des eaux usées. Pendant une épidémie de poliomyélite, en 2013, Yakir Berchenko, professeur en génie industriel au sein de l’université Ben-Gurion, avait étudié l’ampleur de l’épidémie en examinant et en analysant les égouts et avait ainsi donné aux services sanitaires le temps d’effectuer une campagne de vaccination avant que la maladie ne vienne paralyser d’autres enfants.

Photo d’illustration : Des ingénieurs travaillent sur de nouvelles canalisations pour les eaux usées à Netanya. (Crédit : Chen Leopold/Flash90)

Ce projet, qui a débuté il y a quelques jours, est mené par l’université Ben-Gurion du Negev. Il résulte d’une collaboration entre Friedler, le docteur Itay Bar-Or, virologue au centre médical Sheba, et la compagnie Kando. Il est similaire aux autres programmes de contrôle des eaux usées qui sont actuellement en test dans d’autres pays.

Il a été créé pour orienter les efforts du ministère de la Santé dans la lutte contre le virus, en permettant par exemple de mettre en place des dépistages à grande échelle ou des campagnes de prévention spécifiques dans les zones dont les égouts révèlent des signes laissant penser à une possible épidémie.

Mais Friedler a noté que pendant la phase pilote du programme, les scientifiques travailleront encore à perfectionner leurs méthodes de traitement des analyses de données. Ce qui signifie que le ministère de la Santé ne s’appuiera pas sur les données issues de l’analyse des eaux usées, mais qu’il prêtera attention à ces dernières si elles semblent indiquer un début d’épidémie.

Eran Friedler, au centre, avec des collègues du Technion – Institut israélien des technologies. (Autorisation : Technion – Institut israélien des technologies)

Au Technion, des stations de prélèvement d’échantillons automatiques ont été installées dans tous les dortoirs accueillant des étudiants. Les toilettes situées à côté des salles de conférence et autres endroits publics devaient être inclus dans le programme mais les chercheurs ont renoncé à le faire, concluant que « les gens s’abstiennent actuellement de déféquer dans les toilettes publiques », dit Friedler.

Il précise que « des échantillons sont prélevés toutes les 30 minutes et deux fois par semaine, nous allons les faire analyser. S’il y a une épidémie, nous saurons où elles ont lieu par rapport aux différents dortoirs. On pourra aussi avoir une idée à partir des traces de coronavirus trouvées, de l’éventuelle gravité d’une épidémie que nous serions amenés à connaître ».

« L’alerte nous permettra de nous rendre immédiatement dans les dortoirs concernés pour effectuer des tests de dépistage et mettre en garde. Aucun de nos efforts de contrôle n’a l’ambition de remplacer les méthodes existantes pour combattre le virus, mais ils ont pour objectif d’aider à tirer la sonnette d’alarme suffisamment tôt et de permettre le déploiement efficace des autres outils dont nous disposons ».

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