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Une Israélienne d’extrême droite découvre que ses parents biologiques sont musulmans

Or Leibler, membre d'un groupe suprémaciste juif qui revendique "fièrement" sa judéité, a été forcée de réévaluer ses croyances suite à une découverte inattendue.

Or Leibler, militante d'extrême droite et membre de Lehava. (Capture d'écran/Twitter via Channel 13)
Or Leibler, militante d'extrême droite et membre de Lehava. (Capture d'écran/Twitter via Channel 13)

Une militante juive d’extrême droite a été contrainte de réexaminer ses croyances après avoir découvert que ses parents biologiques étaient musulmans, a-t-elle raconte dans un reportage diffusé à la télévision israélienne diffusé dimanche.

Or Leibler, 22 ans, était un visage chez les musulmans et les Juifs de la Vieille ville de Jérusalem.

Suite à la guerre de 11 jours de l’année dernière qui a opposé Israël au groupe terroriste Hamas, qui dirige la bande de Gaza, elle s’est impliquée dans des groupes d’extrême droite de la capitale, selon la Treizième chaîne et a participé à des manifestations organisées par Lehava, un groupe d’extrême droite et de suprématie juive qui s’oppose aux mariages mixtes entre juifs et non-juifs et partagé ouvertement son idéologie extrême influencée par le rabbin Meir Kahane.

Bien que vivant dans le sud d’Israël, elle se rendait chaque semaine dans l’un des quartiers les plus tendu de Jérusalem où elle se promenait en brandissant un drapeau israélien. Son activisme a été décrit par certains comme une tentative délibérée de provocation, ce qu’elle nie fermement.

« À notre époque, dans l’État d’Israël, être juif est une provocation », insistait-elle.

Leibler partageait régulièrement des vidéos d’elle affrontant des Arabes près de la porte de Damas, l’une des principales entrées de la vieille ville de Jérusalem, située au sud du quartier sensible de Sheikh Jarrah.

« Quiconque soutient la Palestine est un terroriste potentiel », a-t-elle déclaré à une occasion. « J’ai un problème avec les Palestiniens qui ne reconnaissent pas l’État d’Israël… qui ne me reconnaissent pas comme une Juive qui a sa place ici. Je les considère comme des meurtriers à tous points de vue. »

Des agents de police israéliens pendant des affrontements avec des partisans palestiniens à la porte de Damas, dans la Vieille Ville de Jérusalem, le 18 mai 2021. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

Dans une autre vidéo, on peut la voir brandissant un drapeau israélien, affirmant que « ce drapeau représente l’amour et la paix », tout en disant à un activiste arabe voisin brandissant un drapeau palestinien que son drapeau « représente le meurtre et la haine des Juifs ».

« Ils en veulent à notre sang, c’est aussi simple que cela », a-t-elle déclaré.

La découverte qu’elle était sur le point de faire était pourtant tout sauf simple pour elle.

Leibler a été adoptée à l’âge de 30 jours, parce que ses parents biologiques, apparemment des toxicomanes, avaient du mal à subvenir à ses besoins.

« Les médecins ont dû éliminer les drogues de mon corps pendant deux ou trois semaines après ma naissance », a-t-elle raconté.

Ses parents adoptifs, un couple juif du nord d’Israël, lui ont donné une nouvelle chance de vivre. Se décrivant comme une enfant agitée, Leibler dit avoir donné du fil à retordre à ses parents en grandissant, « en cherchant toujours de nouvelles façons de franchir les limites ».

Tout en décrivant ses parents adoptifs comme « soutenants et aimants », elle a quitté la maison à l’âge de 18 ans et a perdu le contact avec eux : « après mes 18 ans, j’ai décidé que leur chemin n’était pas le même que le mien. »

C’est à ce moment-là que la relation de Leibler avec Lehava s’est intensifiée, et qu’elle est progressivement devenue un membre actif de l’organisation.

« J’avais toujours été intéressée par les vidéos postées par Lehava… elles me donnaient envie de me lever et de faire quelque chose », dit-elle, affirmant que le véritable objectif de l’organisation est de « lutter contre l’assimilation ».

Après avoir donné naissance à son fils à l’âge de 20 ans, pendant son service militaire obligatoire, elle a décidé d’ouvrir son dossier d’adoption

« Je voulais savoir d’où je venais », a-t-elle confié à la Treizième chaîne.

Rien n’aurait pu la préparer à cette rencontre avec l’assistante sociale qui lui a appris que son père biologique était musulman et que sa mère biologique était née Juive mais s’était récemment convertie à l’islam.

Le député Itamar Ben-Gvir (devant), chef du parti extrémiste juif Otzma Yehudit, avec Bentzi Goptein, chef du groupe d’extrême droite Lehava, dans le quartier de Sheikh Jarrah à Jérusalem-Est, le 6 mai 2021. (Ahmad Gharabli/AFP)

« À ce moment-là, tout mon monde s’est écroulé », a-t-elle dit, réalisant qu’elle était une jeune femme de 20 ans, bientôt mère célibataire, qui traversait une crise d’identité.

« Tout à coup, ton identité vole en éclats », a-t-elle dit. « Que suis-je vraiment ? »

Leibler a dit qu’elle n’a jamais rien eu contre les musulmans ou l’islam, mais décrit sa découverte comme un coup dur pour son identité juive.

« Je ne peux pas décrire ce que je ressens, à quel point je suis heureuse d’être juive. C’est quelque chose qui vient de l’intérieur et qui me donne envie de crier : « Je suis fière d’être juive », a-t-elle déclaré. « Ce n’est pas évident… je me tenais devant le miroir et je me disais : « Je ne suis pas musulmane, il est impossible que je le sois ».

 » Tu as déjà formé ton idéologie, tu sais déjà dans quelle direction tu vas, à gauche ou à droite, et puis ça te frappe – attends, mais je n’ai pas ma place ici.  »

Leibler a finalement décidé de rencontrer ses parents biologiques, dans l’espoir d’obtenir des réponses sur son passé, et peut-être sur son avenir.

Cependant, les différences idéologiques entre Leibler et ses parents, développées au cours de 20 ans, se sont avérées trop difficiles à surmonter.

Décrivant la rencontre avec sa mère biologique comme froide, elle dit ne pas avoir eu le sentiment d’être à sa place.

« Je ne venais pas de là », dit-elle en décrivant sa première entrée dans la maison de sa mère biologique. « Je ne me sentais pas liée à elle », a-t-elle ajouté.

Elle a dit qu’elle avait serré son père dans ses bras « par respect », mais qu’il n’y avait « rien d’autre ».

Quelque temps plus tard, Leibler se rappelle avoir reçu un message d’une amie, lui disant que sa mère biologique avait posté un commentaire sur l’une de ses vidéos TikTok.

Le commentaire, posté sur une vidéo montrant Leibler confrontant des Arabes à Jérusalem, disait : « C’est ma fille, j’ai honte d’elle ».

Leibler a déclaré que le commentaire l’a renforcée dans ses croyances extrêmes. « C’est là que je suis passée au niveau supérieur, en cherchant les confrontations », a-t-elle déclaré.

Cependant, deux ans plus tard, en tant que jeune mère célibataire, Leibler dit vouloir essayer de renouer la relation avec ses parents biologiques. Elle estime que les rencontrer et les confronter à nouveau lui permettrait de tourner la page.

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