Une réprimande mais pas de procès pour l’officier qui avait ordonné un tir d’ “hommage” à Gaza
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Une réprimande mais pas de procès pour l’officier qui avait ordonné un tir d’ “hommage” à Gaza

Pendant la guerre de 2014, Neria Yeshurun avait ordonné aux tanks qu'il commandait de bombarder un bâtiment en mémoire d'un camarade assassiné

Un tank israélien dans la bande de Gaza pendant l'opération Bordure protectrice, le 31 juillet 2014. (Crédit : unité des portes-paroles de l'armée israélienne)
Un tank israélien dans la bande de Gaza pendant l'opération Bordure protectrice, le 31 juillet 2014. (Crédit : unité des portes-paroles de l'armée israélienne)

Le procureur général militaire de l’armée israélienne a recommandé mardi de ne pas poursuivre un officier qui avait ordonné à son unité de tanks de tirer une volée d’obus sur un bâtiment de la bande de Gaza en hommage à un camarade tué la veille par un tir de sniper provenant de ce même bâtiment.

Le général de brigade Sharon Afek a décidé que le lieutenant colonel Neria Yeshurun, qui commandait un bataillon de tank pendant la guerre de 2014, quand s’est produit l’incident, serait réprimandé par le chef d’Etat-major adjoint Yair Golan mais ne serait pas jugé en l’absence de preuve que le bombardement n’avait pas de justifications opérationnelles.

Les enquêteurs de l’armée avait révisé en juin dernier les accusations sur Yeshurun, qui avait ordonné une frappe massive sur le complexe comme moyen d’« honorer » son subordonné assassiné, le capitaine Dimitri Levitas, qui avait été tué la veille par un sniper palestinien caché au moment d’une clinique médicale dans un quartier du nord de Gaza Ville, Chajaya.

Dans un enregistrement d’une communication interne de l’armée israélienne obtenue à l’époque par le site d’informations israélien NRG, on peut entendre Yeshurun ordonner à ses soldats de saluer la mémoire de Levitas au lieu d’assister à son enterrement, qui avait lieu ce même jour. A cause des opérations en cours, les soldats de l’unité de Levitas ne pouvaient être libérés pour assister aux funérailles.

Le capitaine Dimitri Levitas, 26 ans, originaire de Jérusalem, tué au combat pendant l'opération Bordure protectrice dans la bande de Gaza, à l'été 2014. (Crédit : unité des portes-paroles de l'armée israélienne)
Le capitaine Dimitri Levitas, 26 ans, originaire de Jérusalem, tué au combat pendant l’opération Bordure protectrice dans la bande de Gaza, à l’été 2014. (Crédit : unité des portes-paroles de l’armée israélienne)

« J’aimerais que pour nous, ici, au milieu de Chajaya à Gaza, nous nous joignons à ceux qui accompagnent Dima dans son dernier voyage, et tirions un barrage d’honneur pour saluer notre officier », l’entend-on dire d’une voix tremblante.

Les procureurs militaires ont estimé que le court message de Yeshurun à ses soldats étaient inacceptables parce qu’il envoyait un message disant qu’une volée de tirs comme acte de revanche était légitime.

« Un tel message va probablement flouter les frontières entre ce qui est autorisé et ce qui est interdit, et induire en erreur les soldats et les commandants qui y sont exposés, particulièrement pendant le combat, a déclaré le procureur général. Le message ne correspond pas aux valeurs de l’armée israélienne et dans son expression, il y a un échec du commandement. »

Le procureur militaire a également conseillé que les résultats de la procédure disciplinaire soit pris en compte dans les décisions sur les déploiements futurs de Yeshurun et ses possibles promotions.

Après l’annonce de l’ouverture d’une enquête contre lui, une page de soutien à Yeshurun avait été ouverte sur Facebook, rassemblant des milliers de likes et des messages d’identification avec l’officier.

צילום: דובר צה"ל

Posted by ‎כולנו עם סא"ל נריה ישורון‎ on Sunday, 31 May 2015

Yeshurun n’avait pas contesté ses déclarations, mais avait déclaré que la décision de bombarder le bâtiment n’avait en fait pas été prise pour les raisons données à ses troupes. Après l’annonce de l’enquête l’année dernière, il avait révélé à NRG que sa décision de bombarder la clinique faisait partie d’une opération plus large ciblant les hommes armés du Hamas qui se cachaient dans la région. Il a affirmé que sa référence à Levitas était uniquement destinée à remonter le moral des troupes qui ne pouvaient pas assister à ses funérailles.

Breaking The Silence (« Briser le silence »), une ONG israélienne offrant une plate-forme aux soldats pour dénoncer les agissements selon eux condamnables de l’armée avait publié en mai 2015 un recueil de témoignages sur la guerre de Gaza.

Le document, compilant les témoignages anonymes de plus de 60 officiers et soldats, accuse l’armée israélienne d’avoir fait un usage aveugle de la force qui aurait causé un nombre sans précédent de victimes civiles.

Une conférence d'un membre de Breaking The Silence (Crédit : Gili Getz)
Une conférence d’un membre de Breaking The Silence (Crédit : Gili Getz)

« Breaking the silence » dénonçait une centaine de cas de mauvais comportements imputables pour une grande part au principe du « risque minimum » adopté par l’armée pour protéger ses soldats.

Un soldat raconte notamment comment son unité blindée a lâché une salve contre un immeuble au loin sur ordre de son commandant pour rendre hommage à un soldat tué.

« Le commandant a déclaré que nous allions tirer à la mémoire de notre camarade […], nous avons tiré un missile antichar contre un bâtiment situé à 4,5 km de notre position sans rien savoir de ce bâtiment et sans aucune menace pour nous ».

Pour Yehouda Shaul, un des fondateurs de Breaking the silence, les autorités ne veulent pas de procès susceptibles de soulever la question des règles d’engagement et de l’usage de la force.

« Ce qui est clair c’est que toute affaire qui touche aux règles d’engagement sera enterré », a-t-il souligné à l’AFP.

Il a fait état d’une trentaine d’enquêtes ouvertes sur la guerre de Gaza, sans pouvoir préciser combien avaient donné lieu à des poursuites.

L’armée a affirmé à plusieurs reprises son engagement à enquêter « de la manière la plus sérieuse possible » sur toutes les informations « crédibles » sur les agissements de ses soldats.

La guerre de 50 jours a tué plus de 2 100 Palestiniens, dont la plupart étaient des civils, selon des sources palestiniennes de la bande de Gaza, dirigée par le Hamas. L’armée israélienne affirme que la moitié des victimes étaient des combattants. Soixante-treize Israéliens ont été tués pendant les combats, dont 66 étaient des soldats.

Israël avait lancé il y a deux ans une opération dans la bande de Gaza pour faire cesser les tirs de roquettes incessants par les terroristes du Hamas. Le Hamas a pris le pouvoir dans le bande de Gaza pendant un violent coup d’état contre l’Autorité palestinienne en 2007.

L’équipe du Times of Israël a contribué à cet article.

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